Réponse à Boujedra

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Réponse à Boujedra pour son article paru dans le Monde et intitulé « L'honneur de l'armée algérienne »

Avec un simplisme de soldeur, l'écrivain algérien BOUDJEDRA, met dans un même package bonheur des Algériens et honneur de l'armée, package qui lui sert d'argumentaire pour justifier dans le Monde du 6 juillet sa décision de servir à la fois de témoin de moralité et de blanchisseur politique au Général Khaled NEZZAR dans son procès contre l'ex-ex sous lieutenant de l'armée algérienne et auteur de la " sale guerre " Monsieur SOUAÏDIA. Si on le fait en conscience, il n'y a aucun déshonneur à venir servir de caution à son idole, même si cette idole est le personnage le plus vomi des officiers supérieurs algériens. Là où ça ne va, c'est lorsque l'écrivain, s'accompagnant du refrain de Luky Luke – je ne suis qu'un pauvre artiste solitaire – et sur un ton messianique s'adresse aux lecteurs du Monde qu'il essaye de séduire en citant H.MICHAUX dont il transforme ce qui ne peut être qu'une boutade littéraire – la fameuse définition du bonheur qui consisterait " … à rendre le réel inoffensif " – en aphorisme universel, pour prêcher foi ( il écrit : " Je ne démontre rien " ) en la magnifique sainteté du général " sauveur de l'Algérie " et prévenir de ce qu'il en coûterait si on ne devait pas le croire sur parole !

Il est désolant et même affligeant de voir un écrivain établi se prendre pour un Raspoutine, ébouriffé et écumant. Mais il devient tout simplement intolérable d'entendre tuer une seconde fois les morts , ces victimes expiatoires d'une guerre civile déclenchée par le brutal arrêt des élections législatives de 1991 : on n'a pas le droit de rire, ni même de se taire devant la profanation du grand cimetière qu'est devenue l'Algérie entière.

Dans son désir fou d'émasculer la réalité pour la rendre inoffensive ( pardon Monsieur Michaux, je sais que vous n'y êtes pour rien dans cette affaire ) – cela bien sûr pour le grand bonheur des Algériens qui, je ne doute pas apprécieront, Boudjedra occulte des faits pourtant évidents et qui ne laissent aucun doute quant à la responsabilité de la caste des hauts gradés de l'armée algérienne dans la transformation d'une immense espérance démocratique en tragédie de tous les jours.

D'abord et avant tout, il n'est pas permis de draper d'oubli la mémoire des plusieurs centaines d'adolescents ( 400 à 500 morts : mais là aussi les velléités des " démocrates algériens " faisant bien les choses, l'enquête n'a jamais abouti ) fauchés par la mitraille des chars de l'armée algérienne. Y a-t-il discussion sur qui a tué ce jour-là ? Et ce jour là même, n'en déplaise à l'auteur de " La répudiation ", l'armée algérienne a perdu son honneur… Sans état d'âme aucun, l'Etat major a commandé et les officiers ont exécuté l'ordre de canarder à coups de tourelles de tank, des jeunes manifestants qui criaient " Démocratie " et d'autres " Peuple, armée, tous unis … ". C'est faire preuve de forfaiture que d'accepter que soit bafouée toujours et toujours la mémoire de ces martyrs de la démocratie, car – n'est-ce pas Monsieur Boudjedra et autres exorciseurs de la réalité – la brèche démocratique en Algérie, on ne la doit ni à vous ni à l'auteur de ces lignes ni à nul autre qu'à ces jeunes d'octobre 1988 ! et qui à l'époque ont été traités de " gamins chahuteurs " par quelques auto-proclamés démocrates d'aujourd'hui.

Le napalm ensuite ! Ne reculant devant aucune extrémité, les responsables militaires algériens en sont venus à asperger de napalm les maquis au nom de la lutte antiterroriste comme l'a fait l'armée française au nom de la lutte contre les fellaghas. Cela a plusieurs reprises. Croyant bien communiquer, ses services de propagandes ont livré des images à la presse étrangère sur le honteux exploit ( TF1 par exemple a diffusé pendant une poignée de seconde l'image ) ! C'est là une innommable offense faite à ces montagnes qui ont abrité la lutte de libération. La pierre et les arbres en portent les stigmates ce qui rend les choses facilement vérifiables ! Les islamistes possèdent -ils du Napalm ? ! L'utilisation de cette essence incendiaire contre les populations civiles pose le problème de la responsabilité du pays fournisseur à l'armée algérienne !

Autre fait univoque : les nombreux crimes exécutés en prison, réalisés selon la recette mafieuse ce qui a permis d'éliminer les témoins gênants (par exemple le présumé assassin de l'ancien secrétaire générale de la centrale syndicale, Monsieur Benhamouda ) . Les prisons d'El-Harrach , de Serkadji ont connu de véritables carnages. Très récemment, pratiquement toutes les prisons algériennes ont vécu des événements similaires…

Il y a encore tous ces disparus ! Et toutes ces mères qui attendent qu'on leur dise qu'est-ce que les militaires ont fait des enfants qu'ils sont venus chercher la nuit ( autre méthode reprise aux amis de LE PEN pendant les " événements " d'Algérie°) !

Boudjedra a l'audace de parler des jeunes circonscrits ! Par milliers préférant rejoindre le maquis ou basculer dans une vie de clandestinité et d'errance plutôt que rejoindre l'A.N.P. Par milliers aussi désertant ! Et par milliers exécutés si tôt retrouvés. Et les autres jeunes recrues, " troufions " que le commandement militaire a basculées dans une guerre, non pour défendre la patrie, mais pour tuer des Algériens comme eux. Non ! ils ne sont responsables mais les victimes de ces hauts officiers algériens qui depuis le coup d'Etat contre Ben Bella en 1965, fonctionnent selon le paradigme : monopole des armes égale monopole du pouvoir !

Et s'il est besoin de rappeler ce que sont les brutalités de l'armée algérienne, un seul fait suffit : le jeune adolescent tué par une rafale à bout portant dans une gendarmerie près de TIZI-OUZOU ? Avec les conséquences que l'on sait : depuis, toute la Kabylie est en crise et réclame le départ définitif des gendarmes de la région ! Est-ce la preuve d'un amour immodéré d'un peuple pour son armée ? Et dire qu'il y a des imbéciles qui croient que la sensibilité artistique ou littéraire se doit de mentir vrai et non de mentir faux !

Leur honneur les hauts officiers algériens l'ont perdu ces jours d'octobre 1988 ! Et fin décembre 1991, en donnant un coup de botte dans les urnes, ils ( et le général NEZZAR avec eux ) ont perdu leur âme. En vertu d'une loi très simple et toujours vérifiée : lorsqu'une armée sort de sa mission première pour se consacrer aux opérations de police, elle se met automatiquement sur la pente conduisant infailliblement à perdre et son honneur et son âme. L'armée française d'abord, puis Pinochet, les généraux argentins et même l'armée soviétique en Afghanistan sont autant d'exemple. Rien que pour ça, Monsieur SOUAIDIA ( Monsieur c'est quoi ? selon Boudjedra ) a déjà gagné contre le Général NEZZAR ( Monsieur " TOUT " donc ! ), le principal responsable du coup d'état contre le président élu – M.CHADLI et contre le verdict des urnes.

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