Les 150 ans de la IIIème République et nous

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Le discours prononcé ce matin par le président E. Macron au Panthéon, à la faveur de l’anniversaire de la proclamation de la IIIème République par Gambetta demanderait de longs commentaires. Le Président en a profité pour y associer la naturalisation de nouveaux Français, dont une Algérienne… Ce n’était pas fortuit.

Il y aurait beaucoup à dire à propos de cette République-là qui a duré de 1870 à l’avènement de Pétain en juin 1940. Il s’en est passé des choses en 70 ans… Et dès 1870 dans nos montagnes en Kabylie.

Passons.

Deux observations. Limitées par ce qu’il ne m’appartiens pas de commenter. D’autant moins d’ailleurs que de larges parts de ce discours pourraient être repris dans les termes qui conviennent dans de nombreux autres pays.

Ne vous ai-je pas dit combien l’histoire de France est pour nous une vaste leçon, et une abondance d’erreurs et de contre-exemples, qui nous ferait gagner bien du temps et nous éviter bien des malheurs.

1.- « En bloc »

Ce n’est pas la première fois que E. Macron enjoint à prendre la France « en bloc ».

Ce n’est pas une expression originale. C’est un emprunt sans référence, en fait un plagiat.

Les Français lisent de moins en moins et il y a toute une équipe qui ramasse tous les bons mots qui hantent la littérature française. Ils sont allé jusqu’à retrouver l’ordonnance de François 1er pour faire écho à Camus. C’est cocasse pour un président qui cesse de parler français dès qu’il franchit les limes de l’Hexagone oubliant le titre 1 («  De la souveraineté ») article 2, alinéa 1 de la Constitution.

Le mot « bloc » c’est chez G. Clemenceau qu’ils l’ont trouvé, dans ses controverses à propos de la Révolution française dont les bourgeois, c’est toujours vrai à ce jour, n’en prennent réellement qu’un seul héritage, la « liberté ». Quitte à jouer Danton contre Robespierre. Le reste, c’est de la « terreur ».

Clemenceau a rappelé le 29 janvier 1891, à la « Chambre », à propos d’une pièce de Victorien Sardou, «Thermidor», à la Comédie Française, « dirigée contre la Révolution française » que celle-ci, clame Clemenceau, « est un ‘bloc’, qu’il faut accepter ou rejeter dans son intégralité, car le combat révolutionnaire continue.»

E. Macron répète et adapte. (Louchant avec inquiétude sur les suites universelles de ce qui est arrivé à G. Floyd le 25 mai 2020 à Minneapolis.)

Les bourgeois n’ont jamais voulu d’une Révolution. Ce qu’ils voulaient et c’est ce qui été entrepris dans les autres monarchies européennes, pour éviter la tragédie française, un compromis, un partage des rôles et des pouvoirs.

Et c’est d’ailleurs ce qui s’est produit après la mort de Napoléon 1er, dès 1815…

Que de bourgeois sont devenus comte, marquis ou prince. Par les vertus du commerce triangulaire ou celui des produits coloniaux. Les particules étaient cotées à l’argus.

Cela rappelle la tirade gaullienne finale de J. Gabin dans le Président (H. Verneuil, 1962).

Depuis, les Français sont nostalgiques de la monarchie. Nostalgie dont de Gaulle bien plus tard a tiré parti. C’est ce qui explique à la fois le mot de Charles PÉGUY et sa reprise par Macron aujourd’hui : « la République, notre royaume de France ».

J’invite les plus curieux qui ne confondent pas la France et Paris avec TATI (fermé en juillet dernier), de visiter la « Conciergerie » (juste collée à la préfecture de Paris). Vous y découvrirez ce qui a été fait de Maximilien Robespierre avec une adulation continue et sans bornes de la République bourgeoise actuelle pour la monarchie (avec les larmes chaudes versées pour la « boulangère » avant son exécution)

A quelques métrages près, la Révolution française a été plus représentée par Hollywood que par le cinéma français, comme tous les bourgeois nostalgiques des cours royales et des apparats monarchiques parce que la révolution s’est imposée à eux par les sans-culottes qu’on retrouvent massacrés à la Commune de Paris en 1870. A ce sujet, pour masquer ce massacre on y a construit le Sacré Choeur.

C’est Louis Philippe qui a fait le château du Versailles qu’on offre au regard des millions de touristes moutonniers qui viennent admirer les lustres des monarques qui ont succédé à Louis XIV, dont la statue à l’entrée du château a été édifiée par le papa du Duc d’Aumale (le bourreau de Abdelkader en 1843) restaurée en 2009, (Ô glorieuse histoire !), par la Française des jeux… bourgeois ils sont bourgeois ils restent.

Jacques Brel n’avait pas tort.

E. Macron, rhéteur en chef, est décidément bien placé pour dire : « En France, décidément, tout commence par les mots. »

2.- Le deuxième commentaire m’est plus pénible.

Cette question je rappelle ne concerne que les naturalisés placés aujourd’hui sous les feux de rampe républicaine. Pas ceux qui se réveillent un jour coincés par les circonstances entre le bois et l’écorce, entre le sol et le sang.

Je propose aux nouveaux ou aux futurs nouveaux Français de bien relire le discours du président. C’est à eux qu’il s’adresse pour les situer et pour les circonscrire : on ne devient pas français par convenance. Il ne s’agit pas d’une simple opération administrative prestement liquidée, dit-il.

Je ne m’adresse évidemment pas aux bricoleurs apatrides munis de plusieurs passeports et aux passe-murailles qui naviguent discrètement entre chiens et loups, les trabendistes de l’identité, les opportunistes multicolores. Chacun son business : spéculation sur une cafetière électrique ou l’espoir un futur Goncourt ou encore quelques chutes de table.

Macron dit clairement qu’on ne peut servir une patrie avec des « papiers » à géométrie variable.

Qui récuserait son point de vue ?

Qui oserait s’adresser directement à nos dirigeants qui ont oublié ce que Algérien veut dire ?

Leur responsabilité en cette affaire est première, majeure et primordiale.

Pour ainsi dire historique.

En aucune manière il s’agirait ici d’entreprendre une querelle hostile contre quiconque.

Nous sommes, nous Algériens, les principaux et uniques responsables de notre état.

Avec une mention particulière pour les amnésiques qui dirigent notre destin national, qui se préoccupent de réviser une Constitution alors que l’essentiel n’est pas dans les lois, mais dans la volonté de les appliquer, de les mettre en oeuvre.

Avec une police et une justice qui font leur boulot !

Et rien qu’avec la Constitution actuelle il y a de quoi faire. Pour peu qu’on veuille le faire.

L’inflation législative cache, comme toujours, la stérilité de l’action.

Pourquoi en vouloir aux chacals et aux requins qui chassent en meutes, armés jusqu’aux dents qui piétinent à nos frontières, guettant la bonne occasion ?

J’arrête. Je vous joins ci-après la retranscription du discours du Président français. J’ai surligné quelques passages remarquables qui renvoient à mon billet ci-dessus.

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