A propos de la quête de la Sharî’a

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L’Etat « islamique » est la forme extérieure de la Shari’a, quand il a à sa tête le Prophète ou un homme nommé par le Prophète (SAW).

Ce qui a suivi l’Etat du Prophète à Médine, a été un état régi par le fiqh, c’est-à-dire un ensemble de lois faites par des hommes pour répondre aux nécessités qu’impose l’exercice du pouvoir.  Cet état fonctionnait comme tous les autres états d’alors, avec la même finalité, celle de l’empire et de la gloire.

Comme les nécessités sont nombreuses, et que chaque jour apporte son lot de questions à résoudre par l’administration, le pouvoir a tôt fait de se réserver l’essentiel des affaires, laissant aux fuqaha les questions habituelles relatives à la pureté rituelle, la prière, le jeûne du mois de ramadhan et le pèlerinage…

Ce qui revient à dire que la partie « islamique » du droit qui régissait la société musulmane, ne concernait que ces domaines, le reste était à la discrétion des khalifes et des émirs plus ou moins motivés par l’intérêt de la religion, la plupart du temps préoccupés par le seul pouvoir…

L’intérieur de la Shari’a, c’est l’ensemble des significations ésotériques des gestes et rites d’adoration qui sont à caractères universels, par ce que « le halâl de Muhammad est halâl jusqu’à la fin des temps et le harâm de Muhammad est harâm jusqu’à la fin des temps », et aussi parce que « La religion auprès de Dieu est l’islam» ; cela implique qu’aux yeux de Dieu, le voleur a déjà  perdu sa main, même s’il n’existe pas d’état pour faire exécuter la sentence, ou même si  l’état refuse de le faire, ou encore si le voleur échappe à la police ou parvient à passer inaperçu, dans ce monde. Il en va de même de  l’adultère, car les versets qui les concernent,- le voleur et l’adultère-, sont énoncés de façon universelle, sans préciser  la « religion » du voleur ou de l’adultère.

La religion de Dieu n’est jamais suspendue… Elle continue de s’appliquer à chaque instant, même à notre insu.

Depuis la disparition du Prophète (SAW), les musulmans ont tenté de retrouver les traces de la Loi Muhammadienne en se servant d’un effort rationnel, en recueillant des traditions afin de s’en servir pour énoncer des qualifications juridiques acceptables.

Cela s’est appelé fiqh. Cet effort a été justifié par un hadith selon lequel le Prophète (Saw) aurait accepté les réponses de Mu’adh ibn Jabal qui aurait dit qu’il allait juger des situations et des hommes selon trois principes : primo, interpréter les cas selon le Coran ; secundo, les interpréter selon la parole du Prophète et, tertio, en cas d’absence de solutions dans ces sources, s’en remettre à son propre jugement.

Cette tradition semble bien entendu suspecte ou incomplète, car elle fournit les réponses qui sont celles que les fuqaha souhaitaient pour fonder leur pratique. Cela serait bien entendu l’idéal, sauf que l’on imagine mal un homme certes musulman,  avoir l’audace, voire l’impertinence, d’affirmer devant le Prophète, encore vivant, qu’il va interpréter le Coran !!, sans que le Prophète ne lui fasse remarquer que c’est à lui (SAW) de juger, de trancher.

Et d’ailleurs il existe une tradition selon laquelle, le Prophète aurait dit à Mu’âdh ibn Jabal : « Non, tu m’écriras ! »

Quoiqu’il en soit, l’Etat musulman s’est continué jusqu’à sa chute fracassante au 13ème siècle, avec la prise de Bagdad par les Mongols.

Durant les siècles qu’a vécus cet état, il a existé des fouqaha pour l’encenser ou pour le blâmer. Il a aussi existé une pensée audacieuse qui l’ignorait  tout simplement, car elle voyait en cet état une hypocrisie, une imposture.

Cette pensée se situait au plan des significations ésotériques qui sont les sources et les critères de la Shari’a extérieure qu’on appelle aussi Fiqh, par métaphore.

Seul celui qui connaît la signification ésotérique des lois peut les appliquer en toute autorité. Ainsi Jésus (AS) a fait libérer la femme adultère qu’on voulait lapider parce que les juges qui avaient énoncé la sentence ont implicitement  reconnu être des pécheurs eux-mêmes.

A plus forte raison, comment un Etat de corrompus et d’usurpateurs  peut-il faire appliquer des lois dans le sens réel que la religion a révélé.

La compétence des fuqaha du monde sunnite aussi bien d’ailleurs que du monde chiite, est aujourd’hui loin d’être à la hauteur de l’attente du monde actuel, encore moins de ce que la Religion attend d’eux.

Par conséquent ils agiraient au mieux des intérêts de la religion, s’ils faisaient profil bas et cessaient de publier à tout-va des fatwas malodorantes qui empestent l’atmosphère respirée par les musulmans et les non-musulmans.

Ils profiteraient notamment de garder à l’esprit que quelque temps avant l’écroulement de la dynastie abbasside, ou juste après, on a vu apparaître au sein des juristes musulmans la notion d’intentions finales de la Loi (Maqâsid al-Sharî’a). On venait de se rendre compte que la Loi n’est qu’un moyen, pas une fin en soi. Elle ne saurait être instrumentalisée.

Omar Benaïssa
19 janvier 2011

Source : Majlis al-Uns

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