Faut-il encore espérer en la Nahdah ?

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Il y a longtemps déjà, – des siècles –, que ce que l’on appelé la civilisation musulmane est entrée en décadence. On a proposé des dates marquant le début de ce phénomène qui signe le moment où la formidable énergie cinétique imprimée par l’impulsion de la prédication prophétique a cessé de maintenir active la diffusion du message de l’islam. Désormais ce sera le reflux, la stagnation. Suscitée par le Prophète, la vague miraculeuse de l’avancée de l’islam s’est arrêtée, alourdie par les erreurs et les péchés des croyants…

Si nous comptons depuis la chute de Grenade (1492), cela fera plus de 5 siècles que nous sommes entrés en décadence. Et si nous prenons en compte le point de vue de Bennabi qui fait remonter la décadence à la fin du règne des Almohades, cela ferait plus de 7 siècles. Autant dire que nous avons jusqu’ici traversé plus de temps dans la décadence que dans la civilisation dont le cycle actif dure généralement 6 siècles d’après les philosophes de l’histoire. 7 siècles à nous mentir à nous-mêmes !

Ces dates diffèrent selon le critère de l’observateur. On savait que la fin de la mission du Prophète de l’islam (S) constituait déjà un indicateur de la fin de quelque chose. Puis il y eut d’autres dates, d’autres évènements qui auraient pu servir de repères des phases de la maladie qui rongeait peu à peu le corps de la Oumma.

En tout cas, l’ambiance de leur “civilisation dominante” avait distrait les esprits des musulmans qui ne mesuraient pas la gravité de la maladie. Comme ce qui se passe de nos jours en Occident où les puissances agissent comme si de rien n’était, dans l’insouciance du danger qui les guette.

Les musulmans n’ont accepté de reconnaître que leur grandeur était finie que lorsqu’ils ont vu et entendu l’Occident frapper à leurs portes. Certes, ils avaient auparavant traversé des épreuves graves, très graves, mais ils avaient pensé que cela n’était que des accidents de parcours, dont on pouvait se relever, par quelques réformes, quelque effort collectif. Il y a notamment l’épisode des mongoles qui au 13 ème siècle, ont déferlé sur l’Orient musulman, et détruit et incendié la capitale du monde d’alors, la Bagdad des mille et une merveilles.

Puis des sauveurs providentiels téméraires sont venus servir de locomotives de remplacements aux ruines abbassides, avant de finir eux-mêmes par manifester des signes de fatigue. Les Ottomans, une grande dynastie turque, se sont retrouvés incapables de contenir la puissance montante de l’Occident. Bientôt les pays occidentaux vont se saisir des rênes des musulmans, et décider de leur destinée, avec un esprit de vengeance. La colonisabilité n’est pas un vain mot.

C’est alors que tous les musulmans ont compris que ça allait vraiment mal pour eux.

Une idée a germé alors dans les têtes de quelques chefs religieux et laïcs : on lui donna le nom de Nahda, la renaissance, italienne. On ne sait comment l’idée est née (influence de la Renaissance en Europe) pas plus qu’on ne sait pourquoi elle a connu un si grand succès. Pour parler autrement, on se demande comment le simple fait de nommer une velléité, un rêve de grandeur, avait pu suffire pour convaincre tout le monde, sans qu’il n’y ait personne qui osât penser la faisabilité, la possibilité pratique d’une nahda.

C’est peut-être aussi le succès du Japon dans son effort d’imitation de l’Occident (ère Meiji) qui a convaincu les musulmans de l’inéluctabilité de la renaissance, et à se passer de l’analyse préalable ? Et cela a pris une ampleur encore plus assurée suite à la victoire de la marine japonaise sur la marine russe en 1905.

Depuis, le projet que dis-je, le rêve, d’un réveil a été entretenu par toute une littérature sunnite, chiite et salafiste, chacune promettant monts et merveilles.

La renaissance allait de soi. “Il suffirait que le calife d’Istanbul parte en guerre avec l’étendard de l’Imam Ali pour chasser le colonialisme”, comme disaient ma grand-mère et beaucoup d’autres grand-mères.

Cet espoir tenait si bon que lorsqu’Atatürk apparut sur la scène, beaucoup de musulmans virent en lui le sauveur et donnèrent son prénom de Kamal à leur progéniture mâle. On ne voulait pas voir que la renaissance n’était pas du tout à son programme. Que son mouvement n’avait pas d’autre but que de consommer la fin de la civilisation musulmane, de tourner la page définitivement pour voir ailleurs… Même avec son déguisement occidental, Atatürk appartenait aussi à la décadence, il avait révélé sa tare de musulman décadent par son simplisme, en pensant qu’il suffirait de latiniser les caractères de la langue turque, pour désislamiser les Turcs. Or cela s’est avéré faux. Pas plus qu’on ne peut islamiser les peuples par “l’arabisation”, on ne peut les désislamiser par la désarabisation. Les pays arabes qui ont gardé l’arabe ne se sont pas développé davantage que les Turcs.

Atatürk ne voulait pas du “califat”, et ne pouvait pas concevoir d’autre solution que la solution “nationale” d’un espoir d’accrocher son vieux train de wagons rouillés, – avec lequel les califes ottomans avaient tracté le corps moribond de l’Orient – à la locomotive rutilante de l’Occident, ce que continue d’ailleurs de faire inlassablement son héritier Recep Erdogan, quoique mieux disposé envers l’islam.

Alors, y a-t-il un espoir que l’idée de nahda ait encore un sens après tant de siècles d’attente et de déceptions?

Repose-t-elle vraiment sur quelque vérité ou bien ne fut-elle, elle aussi, qu’une invention qui dès l’origine était destinée à garder les musulmans dans leur sommeil ?

Il m’aurait été facile de répondre avec certitude que la nahda n’est qu’un mythe, pas de ces mythes féconds qui ont fait la Grèce, mais de ces mythes au sens ordinaire de chimères.

Mais je me la pose aussi parce que Malek Bennabi, le plus grand penseur algérien du 20 ème siècle, y avait cru dur comme fer.

Je relève cependant que c’est sans doute la seule idée sur laquelle il n’a pas élaboré une critique poussée. Cela se comprend : en tant que musulman, il ne pouvait pas ne pas être optimiste quant au destin de l’islam et des musulmans. Le seul mot de Nahda devait avoir un pouvoir enchanteur.

Il a donc même écrit un livre intitulé : Les conditions de la renaissance algérienne. Déjà, il a limité cette renaissance à l’Algérie, parce que homme prudent, les troubles qui continuent de miner la société musulmane ne pouvaient pas laisser espérer une renaissance globale. Il s’est donc limité aux horizons d’une société qu’il connaissait très bien, celle de la colonie française appelée Algérie. Il l’a d’ailleurs écrit en français. Et pour lui, la renaissance possède un sens concret, comme s’emploie à le démontrer et à l’illustrer son ouvrage.

Mais sa pensée est une doctrine de la renaissance musulmane dans son ensemble, et l’Algérie ne devait servir que de modèle, de laboratoire d’essai avant sa généralisation à l’ensemble des musulmans. Bennabi ne parlait jamais de société islamique, mais de société musulmane.

Comment se fait-il donc que Bennabi ait lui aussi cru en la Nahda, sans même vérifier la validité du concept, ni examiner la problématique dans tous ses aspects ?

Il a aussi popularisé le “cycle de la civilisation” conçu par Ibn Khaldûn. Mais alors que ce dernier le construisait a posteriori, comme le schéma expliquant ce qui se passe généralement dans l’alternance des asabiya, esprits de corps qui animent les luttes pour le pouvoir, pour indiquer les étapes qui conduisent une ‘asabiya de son moment de solidification jusqu’à son moment de liquéfaction puis à son remplacement par une autre force nouvelle, autrement motivée. Ibn Khaldûn a constaté lui-même que les cycles de ‘asabiya étaient gros consommateurs d’énergie et épuisaient les tribus, et que le moment fatal arrive où la société n’est plus capable de générer une ‘asabiya capable de maintenir la civilisation à un niveau optimum. Cela est arrivé après la fin de l’expérience almohade. Comme une balle qui rebondit en faisant des bonds de moins en moins amples jusqu’à l’inertie.

Bennabi a lu le cycle khaldunien comme un message à décrypter dans le bon sens : il suffirait de retourner au point zéro du cycle, pour pouvoir déclencher un nouveau cycle de civilisation. Facile en théorie. Mais il faudrait alors retourner au Prophète (S) lui-même. Parce que l’énergie première, celle qui imprime un mouvement puissant à la société, nous fait défaut depuis de siècles. On ne peut pas reconstruire la société musulmane sur une idéologie salafiste qui ne s’appuierait que sur les actes des Compagnons dont on sait que ce sont justement leurs divergences qui ont justifié tant de positions aberrantes aujourd’hui.

Nous sommes tout au plus capables de produire des “groupes” aptes à s’emparer d’un fantôme de “pouvoir”, créé sur la base d’un pacte ressemblant à un pacte maffieux. Un pouvoir qui n’a que de souci que de réprimer les musulmans, pas de les unir et de les motiver pour une action civilisatrice, qui les sortirait de l’arriération.

Notons au moins ici que Bennabi a tenté de poser les fondations de la théorie du cycle, en d’autres termes que ceux des “théoriciens” de la nahda pour qui, en somme, il suffirait de redonner le pouvoir aux “ulémas” et autres enturbannés, et d’appliquer la sharia, celle-ci étant souvent confondue avec un mazhab particulier. Aucune critique des erreurs du passé, de peur de réveiller les vieilles rancœurs, aucune évaluation sincère des compétences requises. Rien, seulement une envie paresseuse que ça aille mieux.

Intellectuel rigoureux et honnête, pourfendeur de charlatans et d’obscurantistes, Bennabi a jusqu’à la fin de sa vie cru en la possibilité qu’un cycle de civilisation nouveau était possible et même nécessaire. Un cycle fondé d’abord sur l’efficacité, sur l’action, car le problème, – et il avait tout à fait raison en cela –, était celui de l’homme musulman, pas celui de la doctrine de l’islam…

Mais rien n’y fait. A l’exception de quelques uns, la plupart des “leaders” musulmans sont toujours persuadés que c’est par une “réislamisation” qu’il faudrait commencer, et aussi par une arabisation. Cela par tentation de la facilité, trompeuse d’ailleurs, plus que par conviction…

Mais restons dans notre sujet.

Pourtant, il n’existe aucun cas connu de civilisation renaissant de ses cendres. Les musulmans ont manqué aux ordres du Prophète (S) et c’en est fini pour eux. Ils n’ont plus qu’à attendre l’apparition du Mahdî. C’est cela, en termes ramassés, l’enseignement de la religion. “Tout ira bien tant que vous vous attacherez au Coran et à ma Famille” (ou ma sunna selon d’autres traditions tardives) Mâ in tamassaktum bihimâ lan tazillû ba‘dî abadan… Nous sommes dans cet état parce que nous n’avons pas suivi la mise en garde du Prophète (S).

Toutes les civilisations successives qui ont animé les époques historiques ont été bâties sur des bases nouvelles, avec des hommes et des idées, voire des religions nouvelles. Elles ne sont jamais la réédition d’une civilisation antérieure.

Mais tous ceux qui sont familiers avec la pensée de Bennabi, se rappellent que le dernier séminaire qu’il avait animé avait pour titre général : Le rôle du musulman dans le dernier tiers du 20ème siècle. Et quand on examine bien l’enseignement qu’il y dispensa, on s’aperçoit que Bennabi devenait sceptique quant à la nahda. D’abord parce qu’une autre idée qu’il développait, bien avant les politiciens actuels, était ce qu’il avait appelé le mondialisme. Or s’il avait su prédire avec justesse l’effondrement prochain du communisme, il avait aussi enseigné que les musulmans n’avaient pas d’autre choix que de s’insérer dans un projet mondial. Ils ont manqué trop d’occasions de se “réveiller”. Et il était désormais impossible et inutile de réveiller la société musulmane uniquement dans son aire historique quoiqu’elle doive quand même sortir de ses aberrations afin de se rendre apte à tenir un rôle. Dans le nouveau projet que Bennabi proposait aux musulmans, il assignait à ces derniers le rôle de garants de la paix mondiale, à l’image de celui qui fut longtemps celui de la défunte URSS, rôle que Poutine a su refaire vivre en redonnant sa puissance à la Russie que les USA se proposaient de reléguer au statut de république bananière. Sur le sujet du mondialisme, Bennabi a été un pionnier. Et ce fut surement cette perspective d’un monde devenu un, qui lui a suggéré la relativisation d’une “renaissance musulmane” éventuelle. Celle-ci ne saurait intervenir sans tenir compte de ce nouvel environnement qui dicte des contraintes insurmontables par la force, mais seulement par le dialogue et la non-violence.

S’il avait fixé aux musulmans le dernier tiers du 20ème siècle, comme dernier délai pour agir dans un sens salutaire, c’était une façon pour lui d’annoncer qu’il ne croyait plus au cycle de civilisation. Ce qui fut à son honneur car en privé il ajoutait que s’il ne se réveillait pas durant le dernier tiers du 20ème siècle, le monde musulman fera faillite (yeflès). Aussi clair que cela.

De toute façon, Bennabi ne voyait pas la nahda comme un mouvement politique, mais plutôt comme une renaissance culturelle dans le sens fort qu’il donne à ce mot (voir Le Problème de la Culture) qui implique une transformation foncière des mentalités et des comportements, et pas seulement l’avènement d’un nouveau “calife” de Bagdad. “Les musulmans n’ont pas besoin d’un état pour dominer ce monde…” écrivait-il.

La chance des musulmans est de ne pas appartenir à une puissance militaire. La tentation du pouvoir a été ce qui a causé le plus de dommage à l’histoire des musulmans. Des hommes ont profité de l’immense vague d’adhésion suscitée par l’apparition de l’islam, pour en faire une idée d’empire, au lieu de l’enrichir de la renforcer pour en faire le vecteur d’une civilisation universelle. Dès que l’intérêt des hommes se mêle à la religion comme moyen du pouvoir, Dieu cesse d’alimenter leur moteur et le voue à l’épuisement. Parce que Dieu s’engage à défendre Sa religion mais pas les musulmans…

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’islam continue de progresser, porté par la foi des âmes simples.

Il reste encore une énigme : peut-on considérer que la révolution islamique en Iran a été la réponse attendue par lui ? Certes il en aurait béni l’avènement. Mais c’est dans les prochaines années que l’on saura si l’Iran a été l’initiateur de quelque chose qui sera salutaire pour tous les musulmans. Car de même que, dans son esprit l’Algérie pouvait servir de modèle aux autres pays musulmans, l’Iran aussi peut finalement avoir gagné l’honneur de cette place enviable. E tout cas, ses disciples dont je fus, étions certains que le rôle de pionnier dans cette entreprise devait revenir à l’Algérie qui avait l’expérience nécessaire à la conception d’un islam capable d’éviter l’écueil intégriste – que Bennabi fut le premier à dénoncer –, et qui garde le souvenir vivant des millions de martyrs de l’époque coloniale.

Une autre question : s’il n’y a plus de “nahda” à l’horizon, devrait-on aussi engager une recherche méthodologique pour s’assurer que la notion de “civilisation musulmane” n’a pas caché elle-aussi un mythe que l’on aurait peur de révéler ?

Après tout, d’autres civilisations sont apparues après elle, qui ont égalé et surpassé les performances musulmanes. La corruption politique occidentale n’a rien à envier à la corruption qui a régné dans notre histoire et continue de faire des petits.

Au moment où partout, l’heure est à la répression de la pensée, il n’en demeure pas moins que la nécessité d’une critique de toutes nos “convictions” politiques les plus affichées, même celles qui se dissimulent sous le voile de la sacralité, s’impose plus que jamais. C’est le travail des intellectuels et des ulémas. Il ne s’agit pas de condamner, de douter de tout, mais de s’assurer au moins que nos convictions résistent à la critique.

Je suis persuadé pour ma part que moins les musulmans traineront de fantasmes sur leur passé, plus ils seront aptes à l’action fructueuse.

Les musulmans ont encore peur de porter un regard critique sur eux-mêmes, sur leur passé et leur présent. Ils ne pourront pas en faire l’économie. Ils y seront bien obligés tôt ou tard. Car c’est la condition de leur insertion dans le monde de demain.

Quoiqu’il en soit, tout cela ne menace en rien l’islam, parce que l’islam est au-dessus des musulmans. Il ne reviendra en force que lorsque les hommes en seront dignes. Il ne contredit en rien non plus le devoir de respecter les obligations religieuses pour tous ceux qui y croient et qui sont nombreux, grâce à Dieu.

Il ne s’agit de rien d’autre que d’une épreuve pour les hommes…

Nous nous sommes tellement attachés à ce passé idéalisé à outrance, que nous avons oublié de faire notre devoir, comme écrasés par lui. En réalité, l’apparition de l’islam comme “civilisation” a été comme une répétition de ce qui se passera lors de son retour miraculeux et glorieux avec d’autres hommes plus décidés et plus sérieux. Wa sa-ya’ûdu ghariban

Omar Benaissa
27 avril 2016

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9 Comments

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    Nahda ou “modernistion de l’islam” ?
    Salamu alaïkum, La Nahda ne pouvait être qu’un échec. Pourquoi ?. Parce dès le départ, son projet, qui était de “moderniser” l’islam sur le modèle occidental, était une erreur. Un croyant ne peut prendre pour modèle quelqu’un qui abandonne sa spiritualité, même si cet abandon procure à ce dernier les merveilles des merveilles !.
    Les Réformistes ont proposé de chercher ailleurs ce que l’on possèdait au plus profond de nous tant ils étaient éblouis et terrifiés à la fois par l’expansion – extraordinaire il est vrai – de cet Occident que René Guénon Abdelwahid Yahia décrit comme étant une “monstruosité” !. Changement de paradigme : l’Occident est en déclin. Allons-nous continuer encore longtemps à courir après lui ?.

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    Omar Benaïssa on

    Réponse à Madame Daoudi
    wa ‘alayki al-Salam Madame,
    Tout à fait d’accord avec vous, en particulier avec la référence à René Guénon (rahmatullâh ‘alayh).
    C’est cette fascination par l’Occident qui a pu causer le désir stérile de nahda, stérile parce qu’il ne consistait qu’en une ”envie” dans le double sens du mot, celui de ”hasad” et celui de désir de paresseux, de roublard.
    Cependant, je me suis étonné quand même qu’il n’y ait pas eu d’hommes pour se poser la question du crédit à accorder à cette nahda. En réalité, et je pense que vous serez d’accord avec moi, tout le monde y est allé, sans aucune retenue, musulmans enturbannés et cravatés. J’ai essayé de rendre justice à Bennabi, parce que ceux qui l’ont connu, savent qu’il fut un homme tout à fait conscient des faiblesses de l’Occident, dont il dénonçait l’impitoyable lutte idéologique contre l’islam.
    Ce qui est pire, c’est que le salafisme a commencé à s’insinuer dans le conscience porté par cette idée de nahda. et comme par un hasard (il n’y a jamais de hasard), la nahda était opposée à toute dimension métaphysique de l’islam, comme vous le dites. ce qui est désolant. et ce qui est normal aussi, parce qu’u bout du compte, ‘important ce que l’on en prenne conscience à un moment.
    Comme dirait René Guénon, il faut que l’humanité aille au bout de ce manvatara, pour voir s’enclencher une “nahda” authentique.

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    Distraite
    Omar Benaissa a dû avoir une lecture distraite de Bennabi en osant écrire à propos du mouvement de la Nahda que ce dernier ” y a cru dur comme fer (…)sans même vérifier la validité du concept, ni examiner la problématique sous tous ses aspects.”
    D’abord Bennabi n’a jamais étalé dans ses livres aucune “croyance” mais a délivré une analyse rigoureuse sur les phénomènes sociaux et historiques.
    Sa pensée est universelle et le cas musulman n’en est que l’illustration.
    Il a donné de la civilisation une définition précise et a montré l’universalité des cycles pour toute civilisation.
    Revenons à l’auteur de l’article. Il fait une lamentable confusion en pensant que c’est dans le livre les conditions de la renaissance que Bennabi ausculte la Nahda alors que c’est dans un autre livre Vocation de l’islam qu’il nous livre une analyse pointue de ce mouvement.
    Ce dernier est le fait de deux tendances que Bennabi nomme réformateur et moderniste.
    Que le lecteur juge si Bennabi “y croit dur comme fer” à la Nahda:
    “… le mouvement réformateur n’a pas su transformer l’âme musulmane, ni traduire dans la réalité la “fonction sociale” de la religion. Il a toutefois réussi à rompre l’équilibre statique de la société post-almohadienne en introduisant dans la conscience musulmane – partiellement et sur le seul plan intellectuel – la notion de son drame séculaire. mais pour que la renaissance dépassât l’état embryonnaire, il restait à poser le problème de la culture” (Vocation de l’islam, ed Anep, Alger, 1906, p 55)
    “Le mouvement moderniste ne reflète en fait aucune doctrine précise: il est indéfinissable dans ses moyens comme dans ses buts. C’est qu’en réalité il ne cristallise qu’un engouement. Sa seule voie précise est celle qui conduit l’homme musulman à n’être que le client et l’imitateur sans originalité d’une civilisation étrangère…” (Op. cit, p 64)
    Un point de détail que l’auteur de l’article ignore. Si Bennabi a ajouté algérienne à la renaissance c’est qu’alors l’Algérie vivait le drame de la colonisation et il voulait montrer qu’elle n’était pas éternelle et Bennabi lors de la première réédition française de son livre par les soins de l’Association des Étudiants de La Mosquée de l’Université d’Alger, cette mention fut supprimée. Il ignore aussi les raisons qui ont poussé Bennabi à écrire ce livre et je l’invite à lire l’avertissement à l’édition citée.
    Quant au rôle du musulman dans le dernier tiers du vingtième siècle, il ne fut pas seulement l’intitulé de son dernier séminaire mais fut consigné dans deux conférences insérées dans le recueil Madlalis Dimaschek (traduit en français sous le titre les Rencontres de Damas) et je renvoie Omar Benaissa à l’excellent article d’Abderrahman Benamara sur le sujet dans on article le Testament de Bennabi publié par Hoggar.
    Un dernier point où notre auteur de l’article essaie de raisonner. Il nous dit si Bennabi propose de construire un nouveau cycle de la civilisation islamique, il faut revenir alors au Prophète, non pas à son enseignement mais qu’il soit présent physiquement. Mais encore une fois c’est ne rien comprendre à Bennabi.Pour Bennabi, il faut revenir au Coran.
    ” Cette reconstruction implique le retour à l’islam, c’est à dire en particulier le dépouillement du texte coranique de sa triple gangue, théologique, juridique et philosophique.” (Op.cit, p 56)
    Bennabi n’a de cesse dans ce domaine d’appeler à lire le Coran comme s’il venait d’être révélé à notre conscience.
    Et pour cela nous n’avons que faire de la fable du Mahdi…

    L. Dib

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    Abderrahman Benamara on

    Dogmatisme
    Le commentaire de Dib m’a laissé sur ma faim. Dans sa fougue polémique,et même s’il démonte l’argumentaire d’Omar Benaissa, il ne nous renseigne pas sur les motivations de ce dernier.
    Je voudrai d’abord féliciter Omar Benaissa pour avoir soumis au débat ce point nodal qu’est l’idée de renaissance.
    L’auteur de l’article nous donne l’impression d’avancer masqué, de ne pas délivrer le fond de sa pensée ou plutôt de sa croyance. Le vrai problème qu’il pose n’est pas la Nahdha mais plutôt la civilisation arabo-islamique. Car au-delà des digressions oiseuse du genre de l’influence de la Renaissance italienne, il est trivial de penser à renaître quand on a eu le sentiment d’avoir été mort.
    Mais en quoi la civilisation arabo-islamique lui pose problème? Surtout qu’il connait la définition de Bennabi sur la civilisation et elle y satisfait pleinement comme ses sœurs, la sumérienne, l’égyptienne, la babylonienne, la chinoise, la grecque ou l’occidentale.
    Si elle lui pose problème ce ne peut-être que par parti-pris.
    Mais lequel?
    Essayons d’avoir des éléments de réponse dans son article.
    Je pense que le paragraphe-clé de son article est celui-ci: ” [b]Les musulmans ont manqué aux ordres du Prophète (S) et c’en est fini pour eux. Ils n’ont plus qu’à attendre l’apparition du Mahdî. C’est cela, en termes ramassés, l’enseignement de la religion. “Tout ira bien tant que vous vous attacherez au Coran et à ma Famille” (ou ma sunna selon d’autres traditions tardives)[/b]
    C’est le credo chiite qui avec ce hadith controversé et l’épisode du Ghadir Khum encore plus controversé, s’exprime pleinement dans cet article.
    La parenthèse se voulant exprimer le point de vue de l’immense majorité des musulmans aurait pu être le signe d’une ouverture vers eux si ce n’est le perfide adjectif de tardives qui ne veut dire au fond qu’une déviation a eu lieu plus tard.
    La notion du Mahdi et la désobéissance au Prophète ne sont que les conséquences de ce credo.
    Deux remarques:
    La première est que, d’après ce que je sais, la “taquiya” chiite qui consiste à ne pas se déclarer comme tel, n’est admise dans leur “madhab” que si la vie du fidèle est en danger et non pour tromper les gens.
    La deuxième est d’ignorer le hadith du Prophète qui disait que l’incroyance peut durer mais non l’injustice.
    Si, d’après les chiites, l’immense majorité des musulmans auraient désobéi au Prophète en refusant les prétentions alides c’est-à-dire qu’ils sont assimilés aux incroyants, il n’en reste pas moins qu’ils ont fondé une brillante civilisation, à l’instar des autres incroyants et Omar Benaissa a grandement tort sur ce point tort.
    J’ai écrit, prétentions alides car savons que le dogme chiite a été construit bien après Ali et ses deux fils issus de Fatima, fille du Prophète.
    L’article d’Omar Benaissa montre dans quelle abîme intellectuel le dogmatisme peut plonger ses adeptes.

    Abderrahman Benamara

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    Omar Benaissa on

    Désolant!
    Mon contradicteur est tombé dans le piège que je lui ai tendu!
    Il est allé de son exposé sur le chiisme, nous administrant un cours si peu magistral tirant des conclusions faciles puisqu’il est le seul à parler avec lui-même sur un sujet… hors sujet. Je lui laisse le mérite d’être le seul à découvrir la clé de mon article!!! quel ignorant!
    Le hadith que j’ai cité dans ces deux versions pour donner un exemple d’explication de la décadence est tout à fait admis parmi les savants sunnites ou chiites…
    Comme je n’ai pas le temps de développer le sujet ni même l’envie de donner des cours gratuits à mon très savant contradicteur, je lui signale seulement, et c’est la dernière fois que je le fais gratuitement, que les deux hadiths cités sont tirés du très réputé recueil de Muslim ibn Hajjâj.

    Je le croyais au moins au courant de ça…
    Que Dieu le guérisse de sa phobie du chiisme et des berbères!

    Ensuite il est tombé si bas, dans la délation, indigne d’un homme de science… si indigne que je ne la commenterai pas, à moins que je me permette une tirade à la Abdelaziz Khaldi… mais je n’ose pas.

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    RE: Faut-il encore espérer en la Nahdah ?
    Le sieur Omar Benaissa, dont je ne suis pas le contradicteur car il ne nous oppose aucune analyse et encore moins d’arguments, qui se cache sous de faux airs de savant mérite d’être dénoncé comme tel.
    Encore une fois, tellement enfermé dans “son sac de jute multiple”, qu’il ne lit pas ce que j’écris.
    Je ne me situe, contrairement à lui, dans aucune école politico-juridique du passé. Je ne me suis pas présenté comme analyste du hadith et je n’ai fait que rappeler sur quoi se base le credo chiite: ” C’est le credo chiite qui avec ce hadith controversé et l’épisode du Ghadir Khum encore plus controversé…”. Et j’ai attiré l’attention sur la flèche de Parthe lancée dans la parenthèse qu’il a ouverte après l’énoncé du hadith controversé montrant ainsi toute sa perfidie (ou ma sunna selon d’autres traditions tardives).
    En outre, je ne vois pas où se situe la délation à moins que d’être chiite soit un délit. Or c’est lui-même qui nous le dit à mots couverts que je n’ai fait qu’expliquer.
    Quant aux insanités faciles, je les laisse à sa seule responsabilité.
    En ce qui concerne le Docteur Khaldi dont je suis l’éditeur et le préfacier de ses pamphlets qui, je le rappelle, étaient destinés ” à donner un coup de cravache sur quelque vilain museau”, il n’est pas à la portée de tous de manier son ironie féroce et son humour implacable.

    Abderrahman Benamara

  7. Avatar
    Omar Benaissa on

    Un commentaire pour ne rien dire (1)
    Ceci est la réponse au commentaire de Dib intitulé: distraite.

    Merci de m’avoir lu, et d’avoir mis du temps à réunir les éléments de votre commentaire qui, je le déplore, ne répond en rien à mon propos et qui me désole par sa superficialité. On parle ici d’idées pas de slogans, de jugements à l’emporte pièce. J’ai dû faire un effort immense pour ne pas renoncer à vous répondre tant votre commentaire n’est qu’un bidouillage, une sorte de khalouta où vous confondez des niveaux du discours.
    Comment peut-on écrire tant de contresens et ne pas s’en apercevoir.
    Commencer par placer une masse de texte informe et hors sujet sous le nez du lecteur, permet de faire croire que l’on a quelque chose à dire. C’est sans doute une bonne technique pour le préparer à avaler toutes les couleuvres, et à le détourner de l’essentiel.
    Si au moins vous aviez suivi le conseil du moine bouddhiste : ” Si tu as quelque chose à dire de plus fort que le silence… sinon garde le silence…”
    Quelle recherche pressante d’effet magique quand vous étalez inutilement votre connaissance d’archiviste, de l’édition des textes relatifs au dernier enseignement de Bennabi! Qu’est-ce que cela ajoute au débat?
    Je possède aussi les livres, mais j’ai mieux encore, j’ai été l’auditeur de Bennabi. Et on sait combien compte dans l’islam et ailleurs, le savoir acquis par l’écoute (sam’), et par la présence assidue ”aux pieds du maître”.
    Vous insinuez que j’ignore les textes de Bennabi, alors que la façon dont vous malmenez les passages cités prouve déjà suffisamment au lecteur averti que vous n’êtes qu’un amateur, entré par effraction dans les études bennabiennes.

    Monsieur Dib, une petite leçon de méthodologie: Critiquer les positions de ceux qui se réclament de la Nahda est différent de la critique de la Nahda.
    Mon article prend en compte ce point. Je n’en ai pas parlé en détail parce que j’aurais alors fait une ” histoire de l’idée de Nahda” chez les musulmans de la décadence” ou une khalouta comme la vôtre. Ma démarche est claire, et mon raisonnement est rectiligne pour transmettre clairement mon opinion sur un sujet précis connu de ceux qui connaissent Bennabi et qui sont déjà rares. Même si je ne suis pas compris, je suis sûr au moins d’une chose, c’est que je suis le premier à l’avoir soulevé. Y avez-vous pensé une seule fois avant ce jour où vous m’avez lu?

    Bennabi n’est pas n’importe qui. Et il va de soi que sa conception de la Nahda et de façon plus générale, toute sa pensée est incomparablement plus riche au regard de la façon dont d’autres, musulmans on non, ont envisagé le ”réveil” de la Oumma.
    Ce serait commettre un manque d’adab envers lui de mettre ses idées en face de toutes les idées saugrenues de quelques uns qui pour célèbres qu’ils sont n’en furent pas moins ineptes.
    J’ai donc considéré Bennabi en tant que représentant le plus éminent de l’idée de Nahda, et cela dans le but de montrer son mérite, pas de le dénigrer.
    J’aurais pu par exemple citer les grandes idées qui l’ont fait connaître et qui sans doute lui seront reconnues dans le futur; comme la colonisabilité, sa définition de la civilisation, sa formule ”chimique” de la civilisation = l’homme + le sol + le temps, l’étude scientifique de la lutte idéologique, l’amélioration apportée au cycle de civilisation avec l’angle alpha indicateur de la tension originelle qui préside au lancement de la civilisation, ses analyses fines de la post-almohadinité, etc. Car il va de soi que Bennabi se démarque, par sa hauteur, de tous les penseurs de l’islam moderne. Mais cela m’aurait fait sortir du sujet, ou si l’on veut, cela demanderait le format d’un livre pas celui d’un article.
    Lorsqu’on veut critiquer scientifiquement une idée, il faut la critiquer chez celui qui en est le représentant le plus qualifié, pas le pauvre bougre qui croit qu’il suffit d’être musulman pour savoir où se trouve l’intérêt de la communauté.
    Sur ce site, Abû al-Atâhiya a parlé souvent, en termes bennabiens, des erreurs de jugements des leaders musulmans (religieux ou politiques), erreurs qui ont été fatales à leurs mouvements, et surtout qui n’aboutissent pas parce qu’elles ont été fondées sur de mauvaises prémisses.

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    Omar Benaissa on

    Un commentaire pour ne rien dire (2)
    A la fin de sa vie, Bennabi a remis en cause l’idée que lui-même s’était fait de la nahda. Il lui aurait été un jeu d’enfant de critiquer cette idée telle qu’elle se trouve exposée dans les écrits de ses contemporains médiocres. Mais son ambition était autre, et son esprit au-dessus de ces vilenies.
    L’intérêt pour moi était de montrer comment l’auteur de la meilleure vision de notre passé, qui nous a ouvert les yeux sur la mécanique secrète de la civilisation, nous a aussi ôté le dernier voile qui gênait notre vision en évacuant la Nahda. Quand je dis que Bennabi a cru dur comme fer en la Nahda, c’est aussi un éloge, car prendre au sérieux la Nahda, c’est œuvrer avec foi et sincérité à la construire intellectuellement, à ne pas la laisser à l’état d’un rêve. Seul celui qui a tout fait pour la penser sérieusement, peut s’autoriser à la déclarer inapte, à la disqualifier, le moment venu. Bennabi détruit les idoles même quand elles s’appellent nahda.
    Dib croit trouver dans les livres des vérités qui doivent être perçues dans les consciences, et exprimées autrement qu’en copiant-collant des citations recueillies çà et là.
    Seul l’enseignement de Bennabi concernant ce sujet et dans le cadre de son dernier séminaire, enseignement que j’ai reçu oralement, a compté dans la rédaction de mon article.

    Dib se risque même dans un débat théologique en voulant faire d’une citation relative aux ”trois gangues” qui sont dans un contexte de nature sociologique, une preuve que Bennabi prônait le retour au Coran et pas au Prophète!!!!!!. Bennabi n’a rien à voir avec ce débat. J’ai parlé de l’impossible retour au Prophète (S) dans la perspective de la pensée salafiste qui domine la nahda, pas dans l’absolu. En effet le salafiste entretient une utopie à rebours. Comme les utopies fondées sur un retour à une grandeur passée mythique ou réelle, elle ne pouvait s’arrêter qu’aux Compagnons, et encore à ceux d’entre eux qui ont été adoubés par Moawiya. Alors que l’utopie pour une société dont l’histoire a commencé par une Révélation, ne peut consister que dans une projection de renaissance par les idées, donc une renaissance tournée vers l’avenir pas vers le passé. L’une repose sur l’histoire manipulée, artificiellement magnifiée et faussée, alors que l’autre repose sur une pensée métaphysique soucieuse de dégager l’âme de ce qui la retient de s’accomplir. Ce qui d’ailleurs est un sujet difficile que je ne m’aventurerai pas à traiter ici en deux lignes, comme le fait Dib.
    L’ignorance ose tout.
    Il ne voit pas que si le système de pensée basé sur la Nahda est rejeté, cela implique que ses parties constitutives sont aussi rejetées, même si elles sont vraies. Rien n’assure en effet que les ”trois gangues” entrevues par Bennabi en son temps ne soient pas devenues entre-temps trente-trois mille gangues, au rythme où se poursuit l’écroulement…
    Les gangues ne sont perceptibles que pour celui qui est convaincu de l’inanité de la nahda salafite. Sinon, on n’aurait pas persévéré dans l’erreur.
    Dans mon modeste article, je m’en suis tenu au sujet annoncé, sans me mêler d’autre chose. C’est la règle à suivre quand on traite en format court un sujet de cette importance. Pas besoin d’aller fouiller dans les archives.

    Par conséquent je me demande ce qui a décidé L. Dib à rédiger son commentaire. Veut-il dire qu’il ne croit pas en la fin de la Nahda, ou cherche-t-il seulement à se poser en s’opposant? C’est son droit…
    En tout cas, s’il avait eu l’intention de répondre, voire de riposter à mon article, il aura tiré ses flèches en vain.

    J’ajoute que lorsque j’ai mentionné le Mahdi à la fin de mon article, c’était encore Bennabi qui parlait…de parousie, mot qui m’a paru assez rare pour être compris de tous, et que j’ai remplacé par ”mahdi” pour ne pas obliger mes lecteurs à consulter le dictionnaire. La parousie est chez les chrétiens le ”retour glorieux de Jésus”… Bennabi voulait signifier que le moment serait alors arrivé où seul un événement miraculeux pourrait sauver la oumma.
    Or le hadith connu du Mahdi, se retrouve dans toutes les écoles de l’islam. Il existe diverses opinions musulmanes le concernant: l’une dit que le Mahdi est précisément Jésus(S). Une autre dit qu’il y aura un Mahdi descendant du Prophète, qui sera rejoint par Jésus (S)… une rencontre entre un homme revenant du Ciel et un autre sortant de l’anonymat.
    Traiter de fable la croyance dans le Mahdi n’est pas digne d’un musulman… à moins que Dib soit un représentant de la ”libre-pensée” musulmane…, un négateur du hadith. Ce qui expliquerait alors pourquoi il a décrit un Bennabi qui lui ressemble: ennemi du hadith, coraniste, et salafite.
    Je témoigne que Bennabi fut un admirateur du Prophète (S), un grand lecteur du hadith et du Coran, un homme de prière, ouvert, sans le moindre atome de sectarisme dans le cœur.
    La haine fait souvent dire n’importe quoi!

  9. Avatar

    Pénible
    Les musulmans ont l’habitude de commencer leur discours par un tribut d’éloges du Prophète et Omar Benaissa ne peut commencer les siens par que par une bordée d’insultes contre celui qui déconstruit son pauvre laïus. Il a été obligé de partager son commentaire en deux pour le faire. Le premier n’a été qu’ainsi et le second un pénible exercice de justifier ce qu’il voulait faire accroire.
    Quant à moi, j’ai essayé de faire la critique de son texte. Cette critique a pour objet d’expliquer ce que l’auteur veut dire sans uniquement s’arrêter à ce qu’il avance explicitement.
    C’est un travail scientifique qui a ses maîtres, et je saisis l’occasion pour leur rendre hommage, et dont j’ai voulu m’inspirer. Ce travail a ses règles et l’une d’elles est la comparaison entre les différents écrits. C’est ainsi que tout un chacun, y compris ceux qui ne sont pas spécialistes d’une question, peut démêler le vrai du faux.
    Bennabi n’a jamais “cru” à la Nahdha. Il a vu un mouvement où des musulmans d’origine et de formation diverses ont voulu rompre avec l’état statique de leurs sociétés. Il l’a analysé scientifiquement, a salué ses efforts, et a montré que la base sur laquelle il était bâti était erronée et c’est ainsi qu’il est arrivé à la notion de civilisation et de la nécessaire construction d’un nouveau cycle de civilisation. En prouvant l’authenticité de l’idée islamique, il démontre que la construction d’un nouveau cycle est possible. Il appelle vigoureusement les musulmans à assumer leur rôle et leur mission.
    Omar Benaissa a voulu sûrement faire allusion aux Carnets de Bennabi où ce dernier s’est laissé aller au découragement, même si ce fut rarement, tellement il était déçu par les attitudes des musulmans. Mais dans aucun de ses textes, articles ou livres, nous ne lisons qu’il était revenu sur aucune de ces idées et encore moins sur le cycle de civilisation.
    Omar Benaissa confond gravement idole et idée : la construction d’un nouveau cycle de civilisation est une idée et non une idole. La Nahdha n’a jamais été salafite comme il le prétend et ses raisons sont sectaires. Le salafisme, quiétiste pour la grande majorité de ses adeptes et violent pour une infime partie ignore complètement cette problématique et croit à l’éternel retour du même(pas comme Nietzsche bien entendu)c’est à dire en mimant jusqu’au ridicule le passé, il pense revenir à l’authenticité et à la grandeur. Alors que pour Bennabi ce nouveau cycle s’inspirera de l’esprit coranique et de celui du Prophète pour fonder un ordre nouveau qui n’aura rien à voir sur le plan sociétal avec l’ancien.
    J’ai bien dit l’esprit qui a animé le Prophète alors qu’Omar Benaissa voulait par une pauvre démonstration nous expliquer qu’il ne peut y avoir un nouveau cycle puisque son premier architecte n’est plus de ce monde. Et pour bien le faire voir j’avais écrit qu’il ne visait pas son enseignement mais sa présence physique.
    Il se targue d’avoir recueilli le savoir de Bennabi par la bouche même de ce dernier. Veut-il dire par là que les centaines de personnes qui ont suivi de vive voix son enseignement, du Caire à Alger, sont de grands savants de sa pensée? Il ne le croit pas lui-même puisqu’il nous dit que les connaisseurs de sa pensée sont rares. Quant à lui, il est remarquable qu’il a raté des pans entiers de la compréhension de son œuvre.
    Bennabi a respecté ceux qui se sont adonnés à la métaphysique et certains de ses articles portent ce titre mais son apport universel concerne le social et le sociétal. Sa pensée ne peut s’intéresser au Mahdi dont la notion n’existe pas dans le Coran bien qu’elle soit présente dans la Tradition. Le pourquoi de cette”anomalie” est à chercher dans l’histoire de l’Islam et ce qui n’est pas le sujet de mon commentaire. Croire au Mahdi revient à abolir les lois sociales et historiques et rendre inutile toute la pensée de Bennabi.