Le 25 août 1958 : le FLN ouvre un second front en métropole.

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A l’initiative de la fédération de France du FLN, et conformément aux instructions du CCE (comité de coordination et d’exécution), un organe exécutif issu du congrès de la Soummam, plusieurs attentats sont perpétrés en métropole, le 25 août 1958. Evidemment, ces actions ont pour but de fixer les troupes en France afin que le quadrillage des maquis en Algérie soit allégé. Depuis le retour du général de Gaulle au pouvoir en mai 1958, l’intensification de l’action militaire en Algérie est à son comble. N’ayant pas les coudées franches, le général va dans le sens souhaité par ceux qui ont réalisé son retour, à savoir les tenants de l’Algérie française. Ainsi, bien qu’il ait, dans la tête, un autre projet pour l’Algérie, pour l’heure, il doit jouer le jeu des ultras.

Cependant, si l’action en métropole avait permis d’alléger les souffrances des maquisards, pourquoi la fédération aurait-elle attendu quatre ans pour se lancer dans l’action ? Dans les premiers temps, c’est-à-dire en novembre 1954, force est de reconnaitre que la fédération de France du FLN a eu du mal à se structurer. Tout lui était hostile. Du MNA, un mouvement concurrent créé par Messali Hadj, aux harkis ramenés spécialement d’Algérie, écrit Ali Haroun, un ancien membre de la fédération de France du FLN, en passant par le dispositif sécuritaire et l’animosité des milieux acquis à l’Algérie française, tout est fait pour que le mouvement de libération reste au stade embryonnaire. Pour surpasser cette crise, le FLN s’appuie sur la conviction de ses militants. Ces derniers ont une foi inébranlable quant à la justesse de la cause qu’ils défendent. Dans le premier temps, ils mettent en déroute le mouvement rival, en l’occurrence le MNA. Dans le second temps, à partir de 1957, ils se consacrent à l’action.

Ainsi, après plusieurs décapitations de l’organisation en métropole, dues notamment aux dénonciations des messalistes, le CCE revoit le fonctionnement de la fédération. « Lorsque le comité de coordination et d’exécution (CCE), organe suprême du FLN, désigne en mai 1957 Omar Boudaoud responsable de la fédération de France, il l’investit de certaines missions, en particulier celle de créer, dès que les circonstances le permettraient, un climat d’insécurité en France. L’objectif était de contraindre le gouvernement à y maintenir le maximum de troupe », écrit Ali Haroun, dans un article intitulé « Le 25 août 1958 : une date tombée dans l’oubli ».

Du coup, en plus de la collecte de fonds –la fédération de France du FLN finance parfois jusqu’à 80% du budget de la révolution –, celle-ci se mobilise sur un autre terrain : créer un climat de guerre en France pour qu’il n’y ait pas l’envoi de troupe en Algérie. « En ce mois de juillet 1958, dans un village de la banlieue de Cologne, sur la rive droite du Rhin, l’auberge des Die Falken, abrite une réunion qui dure plus d’une semaine », témoigne l’ancien responsable de la fédération de France du FLN. En tout cas, après cette réunion, les responsables de la fédération se donnent un mois pour peaufiner leur plan d’action. Et pour qu’il n’y ait pas de fausse note, ils se réunissent le 22 août 1958, à Sceaux dans la banlieue parisienne, pour évaluer la préparation des quatre chefs de wilayas en métropole. « Tout est au point. Aucun imprévu n’a perturbé le planning établi à Cologne. On confirme : le 25 août 1958, zéro heure, et on se prépare. Le compte à rebours commence », note-t-il.  

De toute évidence, le plan étant minutieusement préparé, les commandos de l’organisation spéciale sont prêts à passer à l’action. Ainsi, le 25 août 1958, quinze attentats sont commis dans tout le territoire français. De Marseille au Havre en passant par Toulouse, plusieurs dépôts de carburant sont incendiés. Comme au 1er novembre 1954, ce qui affole les autorités ce sont la simultanéité et la coordination de ces actions. Bien que la presse soit soumise à la censure quand il s’agit surtout des « événements d’Algérie », la mobilisation de toutes les rédactions rend le contrôle inopérable. Cela dit, même « si la presse souligne « les attentats manqués » contre les dépôts des sociétés Shell et British Petroleum à Saint Louis, elle informe sans le vouloir que le FLN dispose désormais de techniciens capables d’utiliser des engins sophistiqués et des bombes télécommandés », souligne-t-il.

Pour conclure, il va de soi que les attentats en métropole représentent une bouffée d’oxygène pour les combattants intérieurs, estime Ali Haroun. En fait, après cette vague d’attentats, le général de Gaulle est uniment contraint de maintenir les troupes en métropole afin de surveiller les points névralgiques de l’économie française. Mais, cette contrainte a aussi un prix. Dès le 27 août 1958, le gouvernement, dirigé par Michel Debré, passe à l’offensive. Il décide dans la foulée un couvre-feu à l’encontre des nord-africains. « En une semaine, 14000 contrôles sont effectués et provoquent 306 arrestations », conclut-il. Enfin, malgré ce lourd tribut, l’objectif assigné à l’action de la fédération de France du FLN est atteint dans la mesure où les troupes ne sont pas envoyées en renfort en Algérie.

Boubekeur Ait Benali
25 août 2014

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