Plusieurs pays de l’UE, notamment l’Allemagne, se sont opposés au projet dans sa forme initiale de peur qu’il n’affecte la construction de l’UE. Après de longs échanges, une nouvelle formulation du projet a vu le jour. L’UE sera fortement impliquée dans le processus décisionnel de ce qui ne sera plus une « Union méditerranéenne » mais une « Union pour la Méditerranée ». La nuance est de taille ; elle résume en quelques lettres la force des liens qui unissent les membres de l’UE et leur souci de préserver leurs intérêts stratégiques.
En face de cette unité robuste, les pays du Sud offrent un spectacle désolant et pathétique de dislocation, de divergences, de querelles, comme l’ont montré les quelques rencontres tenues au sud pour discuter du projet UPM. A défaut d’une réflexion et de discussions de fond sur les aspects stratégiques de la question, certains dirigeants se sont livrés à des luttes de positionnement pour une nomination comme premier « co-président du sud » de l’UPM, titre accordé vraisemblablement à Housni Moubarak à cause, a-t-on dit, de la forte démographie de son pays et de ses relations de « bon voisinage » avec Israël, qui aura le privilège de siéger avec le premier « co-président du nord » : Nicolas Sarkozy.
Les promoteurs de l’UPM affirment qu’il s’agit d’un espace d’échange et de coopération pour renforcer les relations nord-sud et aider au développement de la rive sud de la Méditerranée, au moyen de projets concrets, à l’impact réel sur les populations.
Mais les détracteurs de cette nouvelle entité argumentent qu’elle ne serait en fait que :
1) Une supercherie politique, car elle n’a d’union que le nom ; une véritable union impliquerait les quatre libertés de circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux.
2) Un moyen subtil de donner à la Turquie l’impression d’être associée à l’Europe sans faire partie de l’UE.
3) Un acte visant à « enterrer » définitivement le projet d’Union du Maghreb Arabe (UMA), processus moribond, ayant souffert de contradictions internes, entre les régimes des pays concernés, qui seraient alimentées en continu par certaines politiques européennes, notamment française.
4) Une opportunité pour atteindre la normalisation arabo-israélienne à moindres frais, c’est-à-dire sans résoudre le conflit israélo-palestinien.
5) Un instrument pour imposer encore plus d’hégémonie politique, culturelle et symbolique, sur la rive sud de la Méditerranée.
6) Un espace d’échange commercial déséquilibré entre une UE à l’économie forte et des pays aux économies désintégrées (différence d’un facteur 5 en moyenne en termes de PIB par habitant), entre un groupement d’Etats de droit et des pays ruinés par le despotisme et la corruption offrant un marché pour l’excédent de produits que l’UE n’arrive pas à écouler en Amérique et en Asie : quincaillerie militaire et industrielle, produits alimentaires et pharmaceutiques souvent périmés ou presque.
7) Un réservoir de main d’œuvre bon marché et le lieu de relocalisation des industries européennes polluantes.
8) Une structure souple pour assurer l’approvisionnement de l’Europe en énergies (hydrocarbures et solaire) et pour contrôler les flux migratoires.
9) Une alliance offrant un avantage stratégique dans la lutte d’influence menée par l’UE, les Etats-Unis et la Chine en Afrique du Nord.
10) Un facteur de consolidation des dictatures des pays arabes, partenaires dans ladite « guerre contre le terrorisme », et de prévention de toute velléité de changement chez les sociétés du Sud.
Entre les prévisions des uns et des autres, quel rôle jouera l’UPM dans la région ? Seul l’avenir nous le dira.
Abbas Aroua
12 juillet 2008
4 commentaires
Un autre clone
L’irresponsabilité de nos « responsables » nous coûtera cher à la longue. La rhétorique autour de l’Union pour la Méditerranée ne devrait tromper personne. Ce qu’il faut savoir, d’abord, c’est que Barcelone et ses progénitures n’ont été qu’une série d’échecs répétés, et la fuite en avant des néo-politiciens, n’est qu’une manière d’éviter de reconnaître leur inhabilité à résoudre les problèmes de leur époque.
Pourquoi ne pas utiliser les mêmes méthodes que celles qu’utilisent les dirigeants européens dans leur propre basse-cour, c’est-à-dire consulter les peuples?
Les peuples arabes sont-ils encore mineurs ou immatures pour pouvoir réfléchir, débattre, opiner, projeter ou décider de ce qui est le plus profitable à leur sociétés et à leur quotidien?
Pierre Hillard
@Abbas Arroua.
» Entre les prévisions des uns et des autres, quel rôle jouera l’UPM dans la région ? Seul l’avenir nous le dira ».
Abbas Aroua
12 juillet 2008
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Note: Si cela peut répondre à vôtre question,allez
plutôt sur Dailymotion et visualiser l’interview de Pierre Hillard.
http://www.dailymotion.com/video/x44tc1_pierre-hillard-europe-et-nouvel-ord_politics
1.http://www.dailymotion.com/tommeight/video/x44tc1_pierre-hillard-europe-et-nouvel-ord_politics
2.http://www.dailymotion.com/tommeight/video/x44to4_pierre-hillard-europe-et-nouvel-ord_politics
3.http://www.dailymotion.com/tommeight/video/x44txk_pierre-hillard-europe-et-nouvel-ord_politics
4.http://www.dailymotion.com/tommeight/video/x44ua9_pierre-hillard-europe-et-nouvel-ord_politics
5.http://www.dailymotion.com/tommeight/video/x44uji_pierre-hillard-europe-et-nouvel-ord_politics
6.http://www.dailymotion.com/tommeight/video/x44utj_pierre-hillard-europe-et-nouvel-ord_politics
masmar djeha
Addendum
Merci de ces liens très intéressants.
Juste une précision: dans la version anglaise de cette note, préparée trois jours après l’annonce de l’UPM pour le réseau « Transcend for Peace », je la termine ainsi:
» Between the forecasts of the promoters and the critics, what role will the UPM play in the region? Only the future will tell. We all hope that it will be an instrument of peace for the entire region.
But the present tends to support the stand of the skeptics. In fact, three days after UPM’s launching, German Chancellor Angela Merkel visited Algeria, on July 16, with a strong business delegation (leaders of major German companies). According to the information released by news agencies, three items were on her agenda:
1) security cooperation by exchanging intelligence;
2) sale of weapons (frigates for the Navy and systems for border security);
3) securing the supply of Germany with Algerian hydrocarbons.
Politics, human rights, culture, arts, education, science and technology, etc. were all missing.
As a reminder, a few years ago the German government has not authorized the holding of a meeting of Algerian families of the disappeared (they are about 12,000 who were abducted by the “security forces” of the military regime during the 1990s).
The seminar was organized by human rights NGOs in Germany, but the German Consulate in Algiers refused to grant a visa to these families, because the Algerian government had threatened to close the Algerian market to German companies.
What would you then expect from alliances based on such types of distorted immoral relationships? »
Source: http://www.transcend.org/tms/index.php?option=com_content&task=view&id=335&Itemid=27
UPM
@Abbas Aroua
Par Dan Assayah
Rubrique: Actualité
Publié le 7 juin 2008 à 10:35
EXCLUSIF – Hypocrite ? L’Algérie fait semblant de détester Israël alors que ce pays fait du business et engage des coopérations avec Israël. la croissance des échanges est de plus en plus importante. Nos interviews d’experts en Israël nous montrent que de nombreux produits Made in Israël débarquent en Algérie de plus en plus ouvertement. une coopération militaire et des ventes d’armes sont réelles.