La jument du Président

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Dans sa livraison du jeudi 7 juin 2001, « L’Expression », quotidien proche de Bouteflika et où sévit le tristement célèbre Abderrahmane Mahmoudi (ex-directeur de l’Hébdo-Libéré), nous gratifie d’un article pour le moins original. Il s’agit d’un compte-rendu de la dernière visite de Bouteflika à Laghouat. « Adlène Meddi » (A.M.), l’envoyé spécial de « L’Expression » à Laghouat, qui nous rapporte les faits et gestes de Bouteflika dans un style digne de l’âge d’or des années de plomb, n’est pas allé avec le dos de la cuillère.

Ce compte-rendu regorge de chita et de bourdes. En voici quelques extraits édifiants :

« Des scouts de la commune de Bouziane son venus en renfort pour accueillir leur Président ». Et l’envoyé spécial de « L’Expression » de rajouter, tout de suite après : « Il est utile de signaler que, la veille, des appels à la population étaient placardés sur tous les murs de la ville ».
Du môment que ces jeunes scouts n’ont pas reçu de convocations de la gendarmerie, tout est encore permis; et « A.M. » peut même révéler que des berrahs à contrat déterminé, recrutés par la wilaya, n’ont pas cessé de sillonner Laghouat en appelant la population à venir nombreuse saluer son Président bien-aimé. Tout le monde aura compris qu’il ne s’agit pas d’un rassemblement spontané, mais on se demande de l’utilité de cet « il est utile de signaler.. ». Et à qui « il est utile.. » ?

Quelques lignes plus loin, on saura que Bouteflika a inauguré « un superbe jardin botanique » où « une superbe jument lui sera offerte ». La question qui vient à l’esprit est la suivante : quelle est la couleur de la jument offerte à Bouteflika dans ce « superbe jardin botanique » ? Est-ce un oubli de la part du journaliste en question ? On n’ose le croire !

Est-ce de l’autocensure, de la discrétion, ou simplement une mesure sécuritaire pour protéger le Président au cas où il déciderait de revenir à Alger sur sa jument ?

Dans ce cas, il s’agira d’une jument banalisée qui pourra toujours servir à Bouteflika pour se mêler, incognito, à des manifestants éventuellement en colère, à chaque fois qu’il sera en manque d’un bon bain de foule.

A ce sujet, et quelques lignes plus loin, l’envoyé spécial ajoute : « assistant à une exhibition sportive, il (Bouteflika, ndlr) tiendra à se mêler à la foule, qui s’échauffait sur le terrain depuis des heures ». On saura par la suite que cette « foule qui s’échauffait sur le terrain depuis des heures », « voulait embrasser, saluer et étreindre Bouteflika ». Mission accomplie, malgré la présence des « hommes de sa garde rapprochée (qui) ont eu du mal à contenir la foule ».

Il est clair que c’est toujours utile de « s’échauffer » durant des heures dans l’attente d’un Président qui, pendant ce temps, est très occupé à « poser la première pierre de l’aéroport civil et militaire de Laghouat » qui sera « finalisé en 2002 ». Surtout si l’on sait que cet aéroport « civil-militaire » servira à casser les tabous, « une façon, peut-être de briser la sacralisation de cette présence (militaire, ndlr-) ». Car, à Laghouat, « la chose militaire est taboue » même si elle est « omniprésente dans toute l’activité publique » !

Non seulement cet aéroport « civil-militaire » a pour objectif de casser les tabous mais surtout, surtout, il aura une autre mission : « sa capacité de trafic sera de 115000 passagers par an ». Autrement dit : 315, 06849315 passagers par jour.

Revenons à nos moutons : de quelle couleur donc est « la jument » de Bouteflika ? Réponse éventuelle dans son prochain discours qui sera très certainement commenté par « A.M.», l’envoyé très spécial de « L’Expression ». Commentaire à lire de préférence entre les lignes.

25 juin 2001

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