Saïd Saâdi : Réveil de la tentation éradicatrice

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Dr Saïd Saâdi (SS), sinistre psychiatre qui, au lendemain des élections législatives de décembre 1991, frustré par son score, a déclaré qu’il s’était « trompé de société », celui qui a appelé au coup d’état de janvier 1992 et qui a accompagné et soutenu les putschistes dans leur vaste campagne d’épuration idéologique qui a couté la vie à près d’un quart de million d’Algériens, refait surface après une courte hibernation politique.

Empêtré dans des affaires de biens immobiliers mal acquis à travers les circuits de la corruption militaro-politiques sous Bouteflika et une gestion opaque des financements de son parti en provenance de pays occidentaux, l’ancien président du RCD et réserviste des services, semble reprendre du service depuis que le nouveau régime a fait appel à plusieurs sbires du général Mohamed Médiène (alias Toufik Rabb Dzaiyer), ancien chef sanguinaire du DRS, comme le général-major à la retraite Abdelaziz Medjahed, nommé conseiller chargé des questions militaires et de sécurité auprès de Abdemadjid Tebboun.

Voici donc le DR.SS qui pond un pamphlet intitulé « Rachad : Tentation totalitaire » [1], préparé soigneusement en trois langues : français, arabe et kabyle, et repris par le site « Tout sur l’Algérie » [2], dans lequel il s’en prend au Mouvement Rachad dans un style virulent et en des termes calomnieux et diffamatoires, allant jusqu’à accuser le mouvement d’être totalitaire et fascisant à la solde de puissances étrangères. En fait, il ne fait que reprendre les différentes attaques de ces dernières semaines contre Rachad dans les relais médiatiques du DRS et les torchons affiliés à des criminels de guerre, comme le général Khaled Nezzar, alliés objectifs du pouvoir en place pour la circonstance. Cette compilation a vraisemblablement pour but de donner à des arguments fallacieux un semblant d’autorité politico-intellectuelle de quelqu’un qui persiste à se présenter comme le gardien exclusif des valeurs démocratiques en Algérie, bien qu’il ait démontré tout au long de son piètre parcours politique, aussi bien au sein de son parti qu’au niveau national, qu’il était plutôt « un démocrate non pratiquant », comme l’a si bien décrit un concitoyen.

DR.SS, qui se prend pour l’ange-gardien du Hirak contre les « islamistes », omettant de rappeler qu’il avait été accueilli par les Hirakiens unanimes par un tonitruant « Dégage ! » au point où il n’oserait certainement plus jamais s’aventurer un vendredi ou un mardi dans les rues d’Alger ou de Bejaia, démontre encore une fois sa malhonnêteté intellectuelle par les affirmations sans fondement à l’encontre de Rachad dans sa diatribe facebookienne.

1. Il affirme que Rachad « est une reconstitution d’une formation politique sur les débris du FIS… en plus sournois ». Faux. Rachad n’a de lien de filiation avec aucune formation politique, y compris le FIS. Dès sa fondation, par ses textes et par sa composition, Rachad s’est voulu un mouvement qui transcende tous les courants : nationaliste, islamiste, socialiste, libéral, etc. C’est un espace commun d’action conjointe pour l’instauration d’un Etat de droit et de bonne gouvernance qui dépasse les clivages idéologiques dans lesquels le pouvoir militaire souhaite enfermer les Algériens indéfiniment.

2. Il insinue que Rachad est à la solde des réseaux de « l’islamisme international » soutenu par des puissances européennes, par Ankara et par les pétro-monarchies du Golfe, notamment Doha et Abou Dhabi. Faux. Contrairement à DR.SS qui ne se gênait pas de recevoir des fonds de puissances européennes pour faire la politique en Algérie, avec la complaisance du vigilant DRS, Rachad ne reçoit de soutien financier ou politique d’aucun Etat ou organisation étrangère. Il ne compte financièrement que sur les cotisations de ses membres et sympathisants de plus en plus nombreux, et c’est ainsi qu’il assure son indépendance et la liberté de sa parole. Toutes les entités étrangères mentionnées par DR.SS sont des alliés du pouvoir militaire algérien qui lui apportent un soutien précieux en tentant de lui fournir un semblant de légitimité diplomatique à défaut d’une légitimité populaire.

3. Il reproche à Rachad de vouloir interdire aux Algériens de parler d’idéologie. Faux. C’est le Hirak, avec ses jeunes et ses femmes que DR.SS glorifie tout au long de son texte, qui désire former un « bloc historique », dans le sens gramscien, de façon que toutes les idéologies s’unissent dans le but d’opérer le changement démocratique tant souhaité par les Algériennes et les Algériens. Le peuple algérien a tiré les leçons des dégâts créés par les divisions idéologiques dans les années 90 – dont DR.SS fut l’un des principaux responsables – sur la transition démocratique en Algérie. Rachad n’a jamais rien interdit au Hirak, mais il se félicite de cette prise de conscience collective qui a fait échouer les divers stratagèmes du DRS pour diviser un peuple révolté, dont l’usage de la polarisation idéologique que ne servirait que le maintien d’une société déchirée et fragmentée sous le contrôle du pouvoir militaire. La énième tentative de DR.SS d’attiser la fitna idéologique n’a aucune chance de réussir.

4. Il reproche à Rachad de vouloir qu’il soit admis que « l’islamisme n’est en rien impliqué dans les crimes de masse des années 90 ». Faux. Dès sa constitution, Rachad a condamné les crimes contre les innocents quels que soient leurs auteurs et leurs victimes. Il a condamné aussi bien le terrorisme des groupes extrémistes, dont une bonne partie était une création du DRS, que le terrorisme d’Etat encouragé et soutenu par DR.SS. Rachad, n’a jamais exprimé une compassion sélective fondée sur l’identité politique de la victime comme l’ont fait, hélas, certains politiques, journalistes et intellectuels autoproclamés « démocrates » en Algérie.

5. Dans sa conclusion, il pense défier Rachad en lui posant la question « êtes-vous d’accord pour l’installation d’une commission indépendante afin d’établir la vérité et de dire la justice sur la décennie noire ? » Cela n’a rien d’un défi, car depuis sa création, Rachad le revendique avec insistance. Dans son texte fondateur de 2007, Rachad a fait une critique sévère de la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale » qui dénie aux victimes et à leurs familles le droit à la vérité et à la justice et a affirmé que « le peuple algérien attend à ce jour, une solution politique globale qui ne fait pas fi des devoirs de mémoire, de vérité et de justice. » (Charte de Rachad, 2007). Même avant la création du Mouvement Rachad, ses initiateurs exigeaient la constitution de commissions d’enquête indépendantes et expertes pour établir la vérité sur ce qu’il s’est réellement passé en Algérie dans la décennie rouge et identifier les responsables de crimes de guerre, de politicide et de crimes contre l’humanité. Voir à ce sujet les recommandations contenues dans les ouvrages collectifs publiés par l’Institut Hoggar : « Enquête sur les massacres en Algérie » (1999, en anglais) [3], « Enquête sur la torture en Algérie » (2003, en arabe) [4], « Quelle réconciliation pour l’Algérie ? » (2005, en français) [5]. Ceux qui s’opposaient à de telles commissions indépendantes étaient justement DR.SS et ses alliés qui menaient une campagne féroce en Algérie et en France contre ceux qui osaient poser la question « qui tue qui ? ». Au moment, où les voix s’élevaient dans les années 1997-1998, en Algérie et à l’étranger, pour exiger des enquêtes indépendantes sur les massacres, DR.SS préférait assister ses copains Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann, mandatés par le DRS, pour tenter de « blanchir » les généraux putschistes de tout crime.

6. Il reproche à Rachad de ne pas condamner la violence. Faux. Rachad a toujours été contre l’utilisation de la violence pour résoudre des conflits politiques ou pour porter atteinte à la liberté d’expression. Depuis sa création en 2007, le mouvement prône le changement politique en Algérie par la voie de la non-violence.

7. Il accuse Rachad d’avoir établi « des contacts étroits et suivis avec l’ancien chef d’état-major, Ahmed Gaid Salah, sans que les citoyens aient été, à un moment ou un autre, informés de ces tractations. Rien ne dit d’ailleurs que les bruyants ‘adversaires des généraux’ ne se sont pas reconnectés à l’armée depuis le décès de leur partenaire privilégié. » Faux. Rachad a été clair dès le début du Hirak. Il est pour un véritable dialogue national inclusif et transparent qui implique aussi des représentants du pouvoir réel, c’est-à-dire l’état-major de l’ANP. Un membre de Rachad a d’ailleurs écrit récemment, en toute transparence, une « Lettre ouverte à un frère de l’Armée Nationale Populaire » pour lui montrer qu’il ne doit pas craindre la « Dawla madania » [6]. Rachad n’est pas habitué, à l’instar du DR.SS et ses acolytes de la pseudo-opposition algérienne, aux petits arrangements derrière les coulisses avec les agents traitants du DRS pour s’assurer quelques strapontins à l’APN ou des postes ministériels dans les gouvernements de la façade civile.

8. Il accuse Rachad d’être tenté par le « pouvoir absolu » et lui lance un défi par la question « êtes-vous d’accord pour que la cité algérienne soit mise à l’abri des abus totalitaires ? Si vous répondez oui, vous devez accepter sans réserve des fondamentaux démocratiques universels avant toute opération électorale ». Faux. Rachad n’a pas attendu les conseils de quelqu’un comme DR.SS qui a contribué dans les années 90 à faire avorter un processus démocratique « pour sauver la démocratie », pour ne pas s’inscrire dans une logique électoraliste. Dès sa constitution en 2007, Rachad a exprimé clairement qu’il n’était pas un parti politique visant à prendre le pouvoir ou entrer dans une compétition électorale, mais un mouvement politique voulant accompagner le peuple algérien pour l’émancipation et l’édification d’un Etat de droit et de bonne gouvernance dans le respect des droits de l’homme, régi par la pratique démocratique. Depuis l’avènement du Hirak, Rachad n’a cessé de répéter à qui veut l’entendre que des élections en Algérie n’ont aucun sens si elles ne sont pas précédées par un dialogue national inclusif qui aboutirait à un consensus sur la nature de l’Etat que les Algériennes et les Algériens désirent et sur les modalités d’une véritable transition démocratique.

9. Il affirme que « Rachad ne cherche pas à changer de système. Il veut le récupérer à son profit. » Faux. Les textes officiels du mouvement sont clairs à ce sujet. Rachad vise un changement radical de la nature du pouvoir et la démilitarisation de la vie politique en Algérie. Contrairement à DR.SS qui s’est toujours accommodé d’une dictature militaire et a accepté la mainmise du DRS sur la vie politique, tant que cela arrangeait ses affaires.

10. DR.SS qui s’est régulièrement trompé de peuple met aujourd’hui en garde Rachad qui « doit savoir que l’armée et l’islamisme, ne sont pas seuls sur le terrain. Un troisième acteur, demeuré jusque-là silencieux et passif, est désormais dans la rue. Il s’appelle peuple algérien. [Ah bon ? Serait-ce un mea culpa ?] C’est dur, ajoute-t-il, mais, désormais, il va falloir apprendre à compter jusqu’à trois. » Rachad pour sa part sait compter au moins jusqu’à 42 millions car il considère chaque Algérien et chaque Algérienne, quels que soient son âge, son appartenance régionale, ethnique ou linguistique, son orientation idéologique, ou son choix politique comme un citoyen qui doit jouir de ses pleins droits et vivre avec dignité dans son pays. Rachad n’a jamais prôné l’exclusion, ou pire l’éradication symbolique, voire physique, d’une partie de la population.

Références :
[1] https://bit.ly/38YqsBJ
[2] https://bit.ly/2Ub0sxD
[3] https://hoggar.org/1999/08/15/an-inquiry-into-the-algerian-massacres/
[4] https://hoggar.org/2003/03/14/inquiry-torture/
[5] https://hoggar.org/2005/05/27/quelle-reconciliation-pour-lalgerie/
[6] https://rachad.org/fr/?p=1641

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