L’Algérie : les raisons du sous-développement…

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La situation à laquelle est arrivé le pays nous amène à une conclusion pour le moins que l’on puisse dire décevante : l’Algérie régresse. Pourtant cette conclusion semble logique. D’autant qu’elle exprime une réalité vue à l’œil nu, sans subjectivité possible. Souvent, transmettre la réalité objectivement représente une meilleure façon de lui faire parler, de la reconstruire, en modifiant ses conditions propres. L’expérience est une entreprise dotée d’un savoir théorique tout en le fécondant par la vérification sur le terrain. Celui-ci nous fait effectivement savoir que le retard dont souffre la société algérienne est considérable, et peut être affecté à plusieurs facteurs. Pour en savoir plus, et trouver une réponse plus au moins convenable, l’histoire, la géographie, l’anthropologie peuvent toutes êtres des champs à explorer, car la situation de l’Algérie actuelle nous interpelle, et nous frappe par l’état de sa dégradation. Les raisons sont légions. Nous évoquons seulement les facteurs psychologiques, laissant les autres de côté, sans pour autant négliger leur influence. Nous parlons de psychologie parce qu’on constate des troubles manifestes dans le comportement de l’algérien qui souffrent vraisemblablement d’une réelle angoisse. Si cette vérité est l’unique moyen de nous expliquer de la meilleure façon possible la réalité de son comportement, il faut donner des arguments tangibles pour l’affirmer, toute prétention sans fondement sera forcément périssable. D’une part, il faut chercher où se trouve les causes. De l’autre, il serait utile de faire un diagnostic simple, tenant compte des méthodes dont on se sert pour concrétiser des résultats. L’observation attentionnée et l’esprit critique peuvent nous amener aux fonds des choses, et nous aider à dégager une idée même générale sur une situation qui devient de plus en plus préoccupante. À la mesure du possible, on essaye de voir le phénomène, et trouver ses causes. La première étant un déficit historique, considéré comme le facteur le plus important et le plus explicatif de l’état du sous-développement dont souffre l’algérien de nos jours. L’échec est le fruit amer de l’histoire

Avant d’arriver à ce constat affligeant, et par un souci méthodologique, il était nécessaire de privilégier la démarche la plus sûre, celle de la raison. Jeter un regard calame sur la situation de façon générale, et faire de la démarche scientifique un tremplin pour accéder à la vérité. C’est pratiquement le seul chemin qui nous mène à des résultats tangibles. La philosophie hégélienne s’est orientée davantage vers une conception de l’homme incarné dans sa concrétisation matérielle, divinisé à travers un matérialisme historique déterminé. Cette philosophie s’est concrétisée par la suite selon un esprit hypothétique dans d’autres sciences, ou a pris un autre objet de réflexion. La psychologie politique quant à elle, nous renseigne sur les méthodes qui nous permettent de décrypter le comportement d’une société de façon générale. Elle a comme objet d’étude la relation interactive entre l’individu et la société ; comme elle a pour but de démontrer comment la vie sociale oblige cet individu de faire le tri de ses besoins, les classer selon une échelle de valeur précise jusqu’à atteindre un stade de modernité et de civilité requises. L’évolution du comportement individuel ou en groupe, selon les particularités de chaque moment, fait également appel à l’anthropologie pour décrypter les codes sociaux qui se répètent et se renouvellent selon les besoins et les exigences de chaque société. S’agissant du comportement de l’algérien, c’est ce regard objectif qui devrait être jeté sur son état psychologique piégée par un tas de complexité s’alternant comme un chapelet.

Faisant l’objet d’inspiration d’un ensemble d’études, la psychologie a beaucoup évolué. Elle a pris des disciplines différentes, quant à la psychanalyse, elle a mis l’accent sur l’étude de la personnalité afin de dévoiler sa profondeur et comprendre les causes de ses rêves et désirs refoulés dans l’inconscient. Par ce biais, elle nous fournis des instruments pour voir plus clair, et interpréter objectivement le comportement individuel ou en groupe. Considérant l’individu comme une sorte d’appareil, dit “psychologique”, à travers lequel passent insidieusement les refoulements, les frustrations et l’échec, la psychanalyse nous donne la clé de voûte qui nous permet de rentrer au fond de la personne. Elle classe les individus en deux catégories : névrotique et psychotique. Elle ne les qualifie pas forcement tel un trouble de comportement, des “états limites”, pour reprendre ses termes, mais comme des structures psychologiques normales distinguant les individus selon les caractères, les traits et les ressemblances. Ces structures peuvent se transformer en des troubles psychologiques si le degré de la peur augmente chez la classe nommée communément névrotique, de nature angoissée. La psychologie qui s’est spécialisée dans l’étude de l’individu, socialisé avec le temps, prend en considération l’évolution de ses conditions sociales. Elle a pour but de trouver sa raison d’être, son incarnation matérielle, sa façon de modifier son existence, s’adapter avec les lois de la nature, les adopter ou les modifier selon les moyens mis à disposition. Elle nous amène dans la foulée à poser la question concernant le comportement de l’algérien, et s’assurer que les instruments méthodologiques déployés suffisent pour nous expliquer impartialement la question.

Peu importe le genre, une méthode objective nous révèle forcement une part de vérité, elle nous donne un diagnostic précis et nous confirme l’existence des troubles qu’on vient d’évoquer. On ne se permet pas, dans ce cas de figure, d’expliquer les causes, on se contente seulement de les soulever. On trouve au premier chef : la psychasthénie, “entité constituée sur des bases conceptuelles guère plus utilisées, notamment celle d’un abaissement de la tension psychologique, et qui comprenait au plan clinique un ensemble de manifestations névrotiques groupées surtout autour d’un sentiment d’incomplétude dans les domaines intellectuel, affectif et volitionnel.” (1)

La psychasthénie s’explique par une fatigue psychologique qui s’incarne dans l’incapacité d’entreprendre une tâche ou de l’accomplir. La philosophie de l’histoire nous a enseigné que le travail est un acte de civilisation, l’algérien ne travaille pas, l’hésitation caractérise son comportement. Afin de se réconforter dans cette situation et lui trouver un exécutoire, il se justifie, notamment par une rhétorique malsaine, et une forme de délire frôlant les troubles de langage. Ce fait, avéré et récurrent, signifie que son système cognitif est déréglé. La justification de l’absurde est la règle, et l’on assiste à un état de retournement de situation exaspérant. À force de vouloir justifier l’injustifiable, le discours social commence à ressembler à un délire collectif indéchiffrable, aucun lien n’est possible. L’on assiste à une déliquescence des rapports sociaux, l’effritement des valeurs, et l’émergence d’une sorte de nouveaux codes tout à fait insolites, en totale inadéquation avec les valeurs morales habituelles. Une sorte de révolution négative qui veut tout changer sans rien faire. Une révolution à reculons, détruisant les valeurs que possède déjà la société, et tentant de voir ailleurs sans concevoir l’avenir ou le planifier, absence de stratégie, de moyens, de volonté.

La psychasthénie caractérise ainsi le comportement de l’algérien, placé aux antipodes de la performance et l’effort fourni. Si le travail ne représente pas grand-chose dans son imaginaire, alors que travailler est un acte culturel créant la différence entre les nations, tous les chemins mènent à Rome, corruption, népotisme, malversation, triche et tout genre de vise compensatoire de la pusillanimité et l’inaptitude d’affronter la vie sereinement. L’Algérie se classe jusqu’à nos jours parmi les pays de tiers monde, alors que son sol recèle des richesses inestimables. Sans évoquer le vide historique, et l’écart combien étendu, par rapport aux autres pays développés, la dégradation à laquelle est arrivé le pays explique que celui-ci est au bord de la banqueroute. Cumulant les ratages, ce dernier perd sans cesse les possibilités d’entrer sur scène, construire un État de droit, s’affirmer comme toute autre nation à travers le travail, s’émanciper et créer ses propres conditions. D’autres éléments interviennent pour expliquer la situation. Le rapport entre le comportement psychasthénique de justifier l’échec et le discours social délirant est très étroit, car l’un se sert de l’autre, l’algérien se mis toujours en avant, manifestant les symptômes d’une folie de grandeur. Ce trouble a comme source la récompense du vide intérieur, la volonté de se saisir, et arriver à l’affirmation du soi par le verbe et non par les actes. Si l’individu ne veut pas voir la réalité en face, il refoule tout. Outre l’exaltation du discours oral jusqu’alors vide du sens, s’accumule un autre mécanisme de défense : la projection. La personne se met à congédier ses propres problèmes en les projetant sur l’autre, une fuite en avant qui explique son inaptitude d’affronter la réalité et apprendre à être responsable. L’absence de la responsabilité, ou du moins le manque de confiance en soi, condamne l’esprit entrepreneurial et met la personne dans un état d’incertitude permanent. Pour s’adapter aux différentes situations, elle se trouve contrainte de développer un autre mécanisme, le refoulement. Cet acte, veut dire reporter à plus tard toute crise, et tout genre de problèmes, notamment les plus difficiles. Il s’incarne dans une réaction inconsciente, utile sur le coup, mais non rentable à long terme, car le cumul des frustrations peut altérer la personnalité, et la faire vaciller de toutes ses bases.

Outre ces mécanismes de défense qui exprime un état psychologique particulier, s’ajoutent l’absence de la civilité et la culture du dialogue. Exclu, à cause de l’effet pervers de la colonisation, l’Algérie n’a pas pu entreprendre une vie sociale saine, différente de l’état nature primitif, n’a pas pu construire un État dans lequel prospère une société de droit, institutionnalisée par la participation de ses citoyens. Les petits États, les faux royaumes, les groupuscules de peuplement disparates, basés majoritairement sur le clientélisme tribal, n’ont pas pu jusqu’allors concevoir un système politique faible. Le baylek Turc, les biens vacants français, et finalement l’Etat-FLN, l’État-appareil, coupé de son peuple, nourrit d’une seule société, (SONATRCH), État dans l’État, coupée à son tour des autres secteurs de l’activité économique, est la réalité même d’une entité géopolitique non confirmée et une nation en phase de construction. La notion de la chose publique est inexistence, la raison pour laquelle l’on assiste à l’absence d’un espace public commun dans lequel prospèrent les libertés, se développe la compétence, et le mérite reprendra ses droits sur l’injustice et l’inégalité. L’on remarque distinctement le manque de la volonté d’entreprendre en commun et vivre en collectivité politique reconnue et légitime. L’exclusion historique qu’avais subie l’Algérie lui a privé d’enter dans la modernité, celle-ci, désormais mondialisé, a pénétré son système tribal le mettant dans un état de perplexité incommensurable : se moderniser ou disparaître.

Sans rien produire ou presque, l’on consomme aujourd’hui tout genre de produits, dits modernes, mais des produits contraire à la culture ancestrale. Passif et anesthésié gratuitement par les revenus de la rente pétrolière, l’algérien se trouve face à un mode de vie aux antipodes de ses traductions. Le reflet de la modernité si elle existe dans une société, se voit sur les services que peut donner l’État comme devoir vis-à-vis de ces citoyens, comme il peut se voir sur le comportement de l’individu lambda, sa socialisation se façonne selon son rapport avec l’Etat. “Imaginant que vous êtes rentrés dans la supérette du coin, à l’université, dans un établissement scolaire ou de santé, dans une banque, à la poste pour retirer le salaire de la fin du mois, ou encore dans une autre administration, la personne qui vient après vous ne fait pas la queue, passe directement.” Il y a plusieurs facteurs qui peuvent expliquer ce comportement. Parce que cette personne a des bars longs, ou des épaules larges, ou parce que le népotisme coule de source, ou parce qu’encore le dialogue social est absent, cet individu n’a pas la notion de l’autre dans son imaginaire. Le non-respect d’autrui explique un malaise social profond.

L’absence de l’éducation civique et de la socialisation politique a empêché la construction d’un idéal commun, susceptible d’exprimer un intérêt public sur lequel les individus sont d’accord et prêts s’unifier. Cette personne qui passe automatiquement devant tout le monde sans se rendre compte que son comportement est archaïque et dépassé, n’a, probablement pas, appris la notion de l’autre. Alors que “Je est un autre”, l’identité s’exprime par la désignation d’autrui. On ne dit pas en langue arabe par exemple, pour exprimer sa propre identité, El Anaouia qui exprime le Moi, mais El houwia qui veut dire l’autre. Si la personne n’a pas la notion de l’autre, cela signifie qu’il n’a pas la notion des droits et des devoirs, et par conséquent il ne peut pas penser à construire un État, ni se réjouir du bienfait de la vie commune. L’État est avant tout un espace public où s’appliquent des droits. Nous sommes donc dans un état pré-politique, la guerre de tous contre tous comme l’avais déjà précisé le philosophe politique Thomas Hobbes, ou comme l’a dit tout récemment Amin Maalouf “Les identités meurtrières”.

L’état nature est le stade où stagne la culture politique en l’Algérie n’arrivant pas à se moderniser et se libérer par son propre travail. La permanence de cet état nature basé sur une liberté naturelle selon laquelle la philosophie politique a établi la règle du droit, the rule of law (Locke, et dans une certaine mesure Rousseaux), domine les comportements et empêche le passage à l’état civile.

Mais, reste encore un autre symptôme, la violence. Il faut guérir “la violence par la violence”, l’adage de l’algérien réagissant à chaud, se comportant souvent de manière émotionnelle et impulsive. La violence est restée son ultime moyen de communication. On ne relève pas moins de 2775 d’opération de maintien de l’ordre chaque année, et cela dure plus que de deux décennies. “Imaginant encore que vous êtes dans une jungle, et que vous avez traversé sans faire attention le territoire d’un lion, celui-ci va passer directement à l’acte, réagissant pas les instincts primitifs que lui a doté la nature”. A cause de l’exclusion, et d’une répression historique sans répit, l’Algérien est toujours à la défensive, sur les nerfs, il ne réalise même pas que son comportement est violent, verbal ou physique, le moindre quiproquo lui fait passer à l’acte. Nous avons qu’à recenser dans les tribunaux les cas de la violence physique, où l’ancestrale et l’anthropologique l’emporte largement sur le moderne. Sans oublier la violence sur les femmes, où la société imprégnée par l’autoritarisme admet encore ce genre de comportement de manière implicite, cela explique également l’état de sa conscience sociale.

L’imbrication de plusieurs facteurs, identitaires, culturels, anthropologiques, a fait en sorte de reporter encore à plus tard la construction d’un État de droit. Ces facteurs ont laissé le comportement individuel dans son état primitif. Dans ce domaine, l’histoire a une grande part de vérité, car elle explique le retard et le sous-développement dont souffre la société. Nonobstant des richesses matérielles considérable, la société algérienne n’a pas pu créer un État, encore faut-il le rappeler que la force de celui-ci s’incarne dans sa capacité de maîtriser ses richesses et savamment les exploiter. La révolution culturelle à laquelle sera affrontée le pays va déterminer l’avenir. La prise de conscience et la volonté de construire un idéal commun sont des moyens susceptibles de le faire passer d’un état de sous-développement à un autre plus prospère et dynamique.

Hammou Boudaoud
12 janvier 2016

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