Harki, pieds noirs, Hier et aujourd’hui

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Forces locales (harki, mokhazni, GPMR, Groupes d’autodéfense), pieds noirs, marsiens, dafistes, bachagha, goumi, autant d’appellations de triste et sinistre mémoire, d’entités outcast, qui semblaient faire partie d’un passé douloureux en voie d’extinction et de cicatrisation, surtout concernant les générations post indépendance. Ceux qui appartenaient à ces entités semblaient, eux également, plus que désireux de tout oublier de ce passé, ou de celui des leurs, et de tourner la page, sous le ciel d’une Algérie pour tous, sans haine ni vengeance, du moins c’est ce qui semblaient se profiler au commun des algériens, jusqu’à ce qu’on assiste à une « renaissance » théâtrale, crescendo, assumée et revendicatrice, plus encore, dans un élan provocateur d’hyper fierté, de cette appartenance, de ses « acquis » et autres bienfaits. On assiste « beats » devant une page de l’histoire, qui semble se réécrire, avec encore plus de dédain, de mépris envers ceux qui ont, et qui sont encore, victimes de « l’apport » et des réalisations de ces appendices de la mission civilisatrice et de ses bienfaits.

Nombreux sont ceux qui aujourd’hui se demandent, doit on regretter d’avoir (ou nos parents) combattu pour arracher notre indépendance, doit-on avoir honte d’avoir mis fin au joug du colonialisme français, doit-on présenter des excuses au harki, aux pieds noirs, aux colons et autres adeptes de l’Algérie française ? Pareilles questions pouvaient paraitre provocatrices, insolentes voir blasphématoires  jusqu’à  il a peu, mais plus depuis quelques temps, où pareilles questions ne relèvent point de l’équivoque et encore moins de la gêne, je ne parle pas des questions que se posent les citoyens usés et abusés par les faux patriotes, les faux moudjahidine, les faux nationalistes, et déçu de leur indépendance confisquée après avoir vu et vécu aux mains de leurs compatriotes pire sévices et injustice que ce qu’ils ont vécu, et leurs parents,  entre les mains de leurs bourreaux français, je parle par contre d’une autre catégorie, de ces néo harki, des néo pieds noirs, des rejetons des bachagha, nostalgiques de l’Algérie française, c’est d’eux qu’il s’agit, ceux qui après s’être effacé, sortent maintenant toute leur arrogance, bombent le torse et affichent cette effronterie comme marque d’émancipation et de notoriété. Apres la langue française comme butin de guerre, beaucoup de chemin a été fait, à l’image de ce que les algériens ont suivi sur leur poste de TV, ne semblant pas croire leurs yeux, en ce matin du 22 février lorsque la chaîne francomane Canal Algérie avait invité l’arrière-petite-fille du sinistre Bachagha Bengana pour présenter son livre glorifiant « l’œuvre civilisatrice » de son arrière-grand-père, il était même prévu une vente dédicace dans une librairie d’Alger et à Constantine semble-t-il !

Il y a 5 ans, en octobre 2012 dans une interview à Nicolas Beau, l’un des anciens cadres supérieurs du DRS, le colonel Ali Benguedda, dit « Petit Smaïn » en référence aux crimes qu’il a exécuté en tant qu’assistant dévoué du général Smaïl Lamari, chef de la Direction du contre-espionnage du DRS de 1990 jusqu’à sa mort en 2007, l’un des principaux organisateurs de la « sale guerre » (1) des années 1990 contre le peuple algérien. En ces termes le petit smain (Ali Benguedda) s’était confessé/offusqué à son intervieweur : « Nous, républicains et progressistes, sommes un peu les derniers pieds-noirs (2), dans la mesure où nous défendons des valeurs de société qui sont désormais minoritaires. Nos amis français doivent nous laisser agir, car nous connaissons le mode de fonctionnement des groupes islamistes » !

Et en apothéose, est venu la Jeannette Bougrab, le 25 février 2017 dans sa « Lettre d’une fille de harki à Emmanuel Macron » (3).

Dans cette lettre la Jeannette s’insurge contre le peu d’enthousiasme, et se dit même « tombée de sa chaise » lorsque vous (s’adressant à Macron) avez déclamé qu’il n’y avait pas de culture française, et de se demander si « seuls les étrangers savent apprécier à sa juste valeur la richesse de « notre » patrimoine culturel français ? », la jeannette ne s’arrête pas en si bon chemin, en digne « Marinette » pour fustiger Macron, qui selon elle a tenu « des propos ahurissants qui assimilent la colonisation française à un crime contre l’humanité », faisant ainsi de la surenchère à faire blêmir la Bretonne Marine, dans sa défense et promotion de la mission civilisatrice de la France, comment peut-il en être autrement, en digne fille de Harki, qu’elle revendique assume et s’enorgueillit.

La Marinette Bougrab considère que ces déclarations (celles de Macron concernant les crimes de la colonisation) sont incompréhensibles de la part de quelqu’un qui veut être le chef de l’État français et qui doit avoir une vision de la France et de sa politique étrangère. Selon elle le crime contre l’humanité ne doit pas être utilisée en dehors des crimes nazi contre les juifs, et accuse Macron de « dépréciation de la notion de crime contre l’humanité qui avait été introduite à Nuremberg pour juger les criminels du IIIe Reich dont le dessein macabre était d’exterminer les juifs d’Europe ou encore les Tsiganes ». Pour notre Jeannette, les autres crimes, selon qu’il s’agit du colonialisme français qui a laminé des millions d’Algériens tout au long des 132 ans de colonisation et non pas seulement des sept années et demi de lutte de libération, ni ceux commis contre le peuple palestinien depuis 48, ou récemment, en Iraq, Syrie, Afghanistan, ce ne sont pas des crimes contre l’humanité, car le crime contre l’humanité, selon elle, doit être un brevet exclusif, réservé à la Shoah, par contre la « mort » de ces millions d’indigènes d’ici et d’ailleurs, sont un prix à payer pour émanciper ces peuples barbares.

La Jeannette sans réserve ni complexe va jusqu’à donner un cours d’histoire à Macron, pour lui apprendre que « Le crime contre l’humanité n’est pas un accident de l’histoire, c’est un crime intentionnel, des atrocités délibérées » et de lui rappeler que « l’un des chantres de la colonisation était Jules Ferry. Oui, Jules Ferry, lui, le père de l’école républicaine », il est fort révélateur le « notre » qu’elle utilise pour parler de la France « Convaincu de la supériorité de notre modèle de civilisation, il (J. Ferry) jugeait que la France avait un devoir moral de répandre ses lumières à des peuples encore plongés dans l’obscurité ». Et de s’insurger, toujours concernant la dénomination de crimes contre l’humanité utilisée par Macron, en l’accusant de comparer les SS à Jules Ferry, ou aussi Albert Camus, Prix Nobel de littérature, qui avait eu un cri du cœur pour son Algérie natale ?

Et de conclure sa lettre pour lui rappeler, « je suis une fille de harki, vous ne le savez peut-être pas, de ces soldats musulmans torturés et tués par milliers après l’indépendance de l’Algérie, pour avoir été fidèles à la France. J’entends que vous vouliez faire plaisir à quelques idéologues, mais en cela vous venez de trahir notre héritage républicain ».

La messe est dite au temple des new-born, l’histoire ne fait plus partie du passé.

Rachid Ziani-Cherif
8 mars 2017

Notes de référence :

(1) http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index.php?ean13=9782707171504
(2) http://www.algeria-watch.org/fr/article/tribune/geze_derniers_pieds_noirs.htm
(3) http://www.valeursactuelles.com/politique/lettre-dune-fille-de-harki-emmanuel-macron-69189

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