Sollicitations douteuses

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ll n’échappe pas aux aux observateurs avertis ni aux algériens que l’Algérie est sollicitée avec insistance depuis des années pour adhérer ou au moins donner son aval à des projets qui influent, à moyen et long terme, sur sa politique extérieure, sa politique énergétique, sa sécurité et sa politique de défense. Ces projets visent à amener notre pays à établir des relations de plus en plus étroites avec l’OTAN, à « ouvrir » notre politique énergétique, à avaliser de manière indolore la version américaine de la paix au Moyen-Orient, d’adhérer  à l’Organisation de la Francophonie et, tout récemment, à l’Union pour la Méditerranée. Pour beaucoup, il ne s’agit en l’espèce que d’un habile subterfuge pour proroger les décevants accords de Barcelone.

Ces projets divers se combinent et convergent vers une même objectif,  programmé ou induit : détourner l’Algérie de sa vocation de développer une politique extérieure indépendante et enracinée dans sa propre expérience. Une expérience riche, profonde, et, parfois, douloureuse.

L’enracinement de cette politique est le gage d’une adaptation nécessaire, lucide et courageuse, aux réalités du monde d’aujourd’hui. Certes, ces réalités sont marquées par des développements positifs dans les relations internationales, mais elles se caractérisent également par des tendances persistantes à la domination, aux manipulations et aux mensonges « décomplexés » ainsi que par le recours aux politiques de force.

Afin de faire plus facilement entériner ces projets, leurs promoteurs prennent grand soin de les revêtir d’apparences acceptables ou au moins inoffensives et consensuelles. Ils avancent prudemment, à pas mesurés, mais avec méthode et détermination. En la matière, l’axe central de la communication en direction de notre pays consiste à entretenir l’illusion que la signature de l’Algérie au bas de ces projets serait l’expression achevée de son retour sur la scène internationale et le signe indiscutable de sa grandeur.

Du coté algérien la gestion de ces grands dossiers est empreinte de tâtonnements, d’hésitations, d’absence de vision et de transparence. L’absence de débats, de concertations, l’effacement du rôle des institutions élues, marques inhérentes au système de gouvernement, est aggravé par une pratique sommaire qui consiste à classer ces grands dossiers dans la gestion courante des relations extérieures et les soumettre, par conséquence, à la même logique de prise de décisions.

La gestion du dossier de l’Union pour la Méditerranée en fournit un exemple édifiant. Alors que l’Union entre pays européens eux-mêmes, avance à partir d’études rigoureuses, de débats contradictoires, de concertations, d’interventions des institutions démocratiques  représentatives et de consultations populaires, rien de semblable n’est proposé au peuple algérien. L’opinion publique nationale a tout juste eu droit à un discours fait de généralités et d’évidences et à la mise en exergue de quelques engagements théoriques, tout comme lors la souscription à la déclaration de Barcelone.

Le peuple algérien, meurtri et traumatisé par une longue et sanglante lutte pour sa liberté et son indépendance, est animé, néanmoins, par une volonté d’ouverture et de construction d’un avenir à la hauteur de ses sacrifices. Il est en droit d’être pleinement édifié sur des thèmes importants qui engagent son avenir et risquent de toucher les fondements mêmes de l’Etat démocratique.

L’appréciation globale de ces grands dossiers de notre politique extérieure appelle, dans l’immédiat, rigueur, prudence et lucidité. Pour l’avenir, si la refonte de la  Constitution est sérieusement envisagée, il serait opportun d’encadrer, par des dispositions constitutionnelles claires, les modes de prise de décision sur toutes les questions qui engagent l’avenir de la nation et qui requièrent, par conséquent, un consensus social et politique large et organisé.

Les grands choix de notre politique extérieure méritent la plus grande attention tant les enjeux sont cruciaux à une époque ou se redéfinissent les relations internationales sur la base d’intérêts politiques et économiques bien compris. L’implication du plus grand nombre aux choix stratégiques de politique étrangère est un impératif pour éviter les impasses préjudiciables, éluder les sollicitations douteuses et renforcer l’autonomie de l’expression internationale du pays.   

Abdelhamid Mehri
16 octobre 2008

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3 commentaires

  1. Analyse sereinement patriotique…
    Salam Monsieur Mehri !

    C’est un très grand honneur pour moi que de vous commenter ! Une chose est sûr,je ne crois pas qu’en l’état actuel des choses, nos responsables au pouvoir, puissent tirer d’une manière ou d’une autre, les conclusions pertinentes de ce qui se trame à nos frontières ! Ils ne permettront jamais aux autres acteurs de la scène politique nationale, de contribuer concrètement à l’analyse ou à la mise au point de stratégies idoines, dans un cadre démocratique ouvert aux réflexions mûres d’une pensée avisée, “autre” que celle véhiculée par eux, ou par la “coalition gouvernementale”

    Toutes les institutions élues ou constituées sont instrumentalisées à des fins ostentatoire d’une vision personnelle qui pourrait déboucher sur un terrible fiasco qui mettrait notre pays, dans une pénible situation de tous les dangers…

    Dès lors, tous les “Mea Culpa” ne suffiraient pas, fussent-ils sincères ! Le peuple ou, à défauts ses dignes représentants, ont “le droit absolu” de demander des comptes à ceux qui se sont crus imbus d’une mission apologétique !

    Le réveil sera dur, pour tout le monde…

    Mais, ce seront comme toujours, les enfants du peuple, les plus humbles et les démunis qui subiront assurément les contrecoups !

    Faudra-t-il dans ce cas de figure, attendre fatalement cette inévitable issue et se résigner comme toujours à cette fatalité ?!

    Et, c’est un euphémisme que de parler de ce peuple que certains qualifient de “Ghachi” !

    Ne représente-il pas cette admirable “force brutale” qu’une “force tranquille et intelligente” pourrait mettre à contribution pour justement contrecarrer, les perfides desseins de tous ceux qui voudraient faire de lui, un animal de trait ! Une éolienne serait hautement préférable à une noria…

    Mes amitiés et mon grand respect, monsieur Mehri !

    Un enfant du bas peuple…

  2. Simple question à Si Abdelhamid Mehri
    Ya Si Abdelhamid Mehri, vous souvenez-vous de Si Mohamed Khettab,l’homme d’affaire algérien qui était établi au Maroc au temps de la révolution?…

    L’apport de cet illustre homme à la libération du pays ne mérite t-il pas des honneurs même à titre posthume?…

  3. Avis simple
    à Mr A.MEHRI

    J’oserai me permettre un commentaire, avec l’immense respect qui vous est dû.C’est pour moi un immense honneur, mais je vais exposer l’avis d’un humble citoyen, qui a une petite capacité de synthèse politique.

    Les sollicitations dont vous parlez ne sont pas douteuses pour une once. Elles sont très claires et ne permettent aucune ambiguïté dans leur interprétation.

    L’Algérie se situe à un carrefour géostratégique que la PUISSANCE MONDIALE ( USA), n’a pas totalement sous son emprise.L’Algérie dérange beaucoup sur l’échiquier politique mondial.

    Sécuriser les rives sud de la Méditerranée,la route Orient Occident et le réservoir naturel en ressources(Afrique) sont des axes essentiels dans les stratégies des États Unis et de l’UE.

    Traité de partenariat vec l’UE, adhésion à l’OMC, adhésion au pacte de l’OTAN, l’UPM, sont des dossiers destinés à la domestication des pays comme le nôtre. Quels sont les intérêts de l’Algérie? Je n’en vois personnellement pas!

    Des problèmes à nos frontières, avec le Mali, avec la Maroc, et peut être encore avec le Niger, la Lybie obligeront l’Algérie à accélérer ses programmes d’armement qui feront le bonheur de ces mêmes puissances, au détriment du peuple algérien qui ne fait que se sacrifier et souffrir.