Contre l’Oubli : Le crime de Thibirine. A quand la fin de l’Omerta ?

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Etre c’est avant tout aller à la rencontre de l’Autre. Plus qu’une maxime, ce fut le Crédo des Moines de Tibhirine[1] : La rencontre avec l’Autre libère, élève et enrichit. Elle est garante de leur foi : de notre humanité.  Pour eux, croire c’est faire offrande de sa vie à Dieu ; le servir en servant leurs frères dans la foi et dans l’Humanité. Ce message habitait et animait les Moines. Chrétiens en terre d’Islam, ils ont aimé ce pays- l’Algérie, et les Algériens et le don de soi qu’ils cultivaient dans leur rapport avec la population scelle à jamais et pour toujours la fraternité entre les deux Peuples.

Menacés dans leur existence, bravant le danger : ils ont fait le choix de rester. Car, faisant partie de la population, ils ne pouvaient l’abandonner, et principalement dans ce moment le plus tragique de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Cet abandon, pour Christian de Chergé aurait été en totale contradiction avec leur engagement christique dont l’essence reste l’image du Pasteur et il aurait signifié aussi la mort de la présence chrétienne en Algérie.

 Rester était un acte de Résistance : un message de Paix et de dialogue contre la logique de la terreur. Christian de Chergé, par son histoire familiale était un homme lié au Peuple Algérien car son père, militaire en Algérie durant la Guerre de libération défendait l’Algérie Française.  Homme de Paix et de dialogue, Christian de Chergé a œuvré et soutenu le Contrat de Rome, un véritable document de paix et réconciliation contre la politique éradicatrice imposée par les Généraux putschistes en 1992.

La mentalité éradicatrice est une mentalité fasciste car elle porte la négation de l’autre, son élimination physique. Elle est l’ennemie de l’universel. Ce qui est spécifique à la junte militaire en Algérie, c’est qu’elle fait la guerre à l’esprit de résistance. Elle veut l’affaissement total de la société algérienne et sa domestication. Elle ne combat pas « l’islam radical » mais l’opposition véritable.  N’a-t-elle pas combattu la figure de l’Opposition : Hocine Ait-Ahmed. Le pouvoir en Algérie est un pouvoir mafieux et prédateur. Sa seule idéologie est la mainmise totale sur les richesses de l’Algérie et jouir du pouvoir. Il n’admet sur la scène publique que les ventrus et les corrompus à l’image de sa nature.

Habib Souadia[i], ne s’est pas trompé lorsqu’il a clamé lors de son procès en 1999 qu’ici (en Algérie) tout est faux : faux président, fausse presse libre, fausse opposition, faux députés, il n’y a qu’une seule chose réelle : le DRS. Lors du même procès, Hocine Ait-Ahmed, s’adressant à Nezzar : « entre toi et moi, il y a un fleuve de sang ». Ce fleuve de sang marque la frontière entre la mentalité éradicatrice, celle de la terreur et la mentalité réconciliatrice, celle de la paix et du dialogue.

Au moment de l’arrêt du processus électoral, se trouvaient sur la scène algérienne des hommes politiques d’un poids inégalé dans l’histoire contemporaine depuis 1965 : Hocine Ait-Ahmed, Abdelhamid Mehri, Abdelkader Hachani pour l’opposition et du côté du pouvoir le réformiste Mouloud Hamrouche. Comment avec la présence de ces hommes politique et un jeu démocratique admis et respecté par tous, la junte militaire s’est-elle lancée dans l’aventure la plus folle dont nous payons le prix jusqu’à maintenant : l’arrêt du processus électoral.

La junte militaire agit comme une force occupante. Elle se considère comme le Maître de l’Algérie et elle a un droit de vie et de mort pour toute personne, ou groupe social qui s’oppose à elle.

Elle fait la guerre à l’idée même de résister. Et pour cela, elle règne par la terreur pour dissuader toute personne qui pense à la défier. Ne bénéficie de cette politique mafieuse et prédatrice qu’une infime partie de la population qui a scellé son sort avec les Généraux. Le peuple, lui, depuis le 22 février 2019 est en train de revivre et veut briser les chaînes de l’oppression et de l’asservissement et reconquérir son indépendance confisquée en 1962 par l’Armée des Frontières et se libérer de cette junte militaire dont la majorité des acteurs militaires en faisaient partie et se libérer de ce pouvoir qui l’étouffe et le terrorise.

Dans cette lutte, le Peuple algérien est seul.  Les Chancelleries occidentales, principalement la française, l’Oligarchie financière mondiale, la Russie, la Chine et les Bédoins du Désert (L’Arabie Saoudite, les Emirats, le Qatar) sont complice avec le pouvoir mafieux d’Alger.

 Le crime de Tibhirine reste une blessure ouverte. Le temps de la vérité s’impose à nous, à nos consciences. Plus qu’une exigence morale, le devoir de vérité engage notre foi dans l’universalité du message des Moines : la fraternité. Le Pardon n’exclut pas la Justice. La Justice inclut le Pardon et lui donne sens. 

Qui sont les véritables Assassins ? Ceux qui ont revendiqué le crime, le Gia ou d’autres ? Quelle était la véritable identité de ces Groupes islamiques armés ? Le seul obstacle à l’éclosion de la Vérité reste la Françalgérie[ii]. Elle est le fossoyeur de l’universalité du message des Moines.

Fidèles au Testament du Prieur, écrit le 1er décembre 1993, le Frère Christian de Chergé a lancé un appel qui nous engage, tous : Chrétiens et Musulmans, Français et Algériens : « Je ne vois pas comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre ».

 A nous d’exiger que la lumière soit faite et que la vérité, toute la vérité soit dite car il y va de notre devenir ensemble et du message civilisationnel des Moines : dans leurs cœurs de Chrétiens, il n’y a pas de frontières dans l’amitié entre les Peuples ».  L’Omerta qui a pour nom la Raison d’Etat de la Françalgérie sert les intérêts d’une Oligarchie financière au détriment du peuple Algérien et Français.

                                                      Mahmoud SENADJI (Vigilance Populaire –Strasbourg)


[1] [1] Jean Baptiste Rivoire, Le Crime de Tibhirine, La Découverte, 2011.

Dans la nuit du 26-27 mars 1996 furent enlevés les 7moines. Contrairement à la date d’enlèvement, celle de leur mort reste controversée.


[i] Habib Souaïdia,  La sale guerre,  La Découverte , 2001

[ii] Lounis Aggoun et Jean Baptiste Rivoire, Françalgerie, Crimes et Mensonges d’Etats, La Découverte 2004

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