GAID SALAH A PARLÉ CE LUNDI 20 MAI

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Il l’a fait parce que désormais la façade civile du régime ne veut plus s’impliquer dans la crise. Bensalah attend impatiemment le 4 juillet pour rendre le tablier. Comme le « président formel » ne veut pas parler, c’est au « présider réel » de s’adresser à la nation. Qu’a-t-il dit ? Il continue de menacer tous ceux qui proposent à l’Etat-Major d’autres solutions de sortie de crise. Dans son discours, il menace implicitement le général à la retraite Benyelles parce qu’il n’accepte pas que des personnes qui ont eu des fonctions dans l’armée sortent du cadre tracé par l’EM. C’est pour cette raison que Tewfik et Tartag ont été arrêtés, et c’est pour cette même raison que Kasdi Merbah avait été assassiné. On ne fait pas d’offre politique en dehors de celle de l’EM, surtout quand on a été un militaire. Quand Gaid Salah affirme que la revendication de la rue yetnahaw ga3 est irréaliste, il ne parle pas de l’élite civile que l’armée emploie.

L’EM est prêt à envoyer Bedoui, ses ministres et les députés qui le soutiennent en prison. Il parle des généraux impliqués dans la politique, y compris lui-même qui devait partir à la retraite il y a 15 ans. Gaid Salah fait l’éloge du hirak qui demande le départ des civils, mais il refuse que cela concerne les généraux dont l’une des attributions est d’exercer la souveraineté nationale à la place du peuple. 

Faisons un peu d’analyse. Il y a un rapport de forces depuis le 22 février entre l’EM et la société. Jusqu’à aujourd’hui, ce rapport de force est en faveur de la société qui a encerclé politiquement et pacifiquement les généraux. L’Etat-Major est sous le siège de la société ! Il ne peut pas forcer le siège en sortant les chars car il y a un risque que des officiers des unités opérationnelles ne suivent pas, outre le danger de diviser l’armée. Ce qui se passe aujourd’hui en Algérie est unique au monde et dans l’histoire : une population civile déterminée qui encercle pacifiquement un Etat-Major qui n’est pas sûr du soutien des officiers des rangs !

Le seul exemple, mais avec de grandes différences, que l’on peut citer est celui du Portugal en 1974. Les capitaines de l’armée portugaise se sont rebellés contre leurs généraux qui menaient une guerre coloniale en Angola et au Mozambique. En Algérie, la population manifeste pour exiger la libération de l’Etat de la tutelle de la hiérarchie militaire et de sa police politique. Le rapport de force est en faveur de la société parce que celle-ci n’est pas opposée à l’armée.

L’armée en Algérie n’est pas impliquée dans la politique ; mais la hiérarchie militaire fait de la politique, se substituant au corps électoral en désignant les présidents et en distribuant des sièges de députés aux partis de l’administration et quelques sièges à l’opposition formelle. Les colonels et commandants à la tête d’unités opérationnelles n’ont rien à voir avec cette khalouta des généraux administratifs qui composent l’Etat-Major. Djeich-chaab khawa-khawa n’est pas un slogan creux. La société est attachée à son armée et elle demande que l’administration militaire ne fasse plus de politique.

Dans son dernier discours, Gaid Salah montre que l’EM, au nom duquel il parle, veut être le seul acteur politique en Algérie. Sous la façade du respect de la constitution, il cherche à désigner un autre personnel civil, c’est-à-dire d’autres Ouyahya, d’autres Sellal, d’autres Ould Abbès… qui n’ont jamais servi. Dans la foulée, l’EM désignera une autre opposition formelle avec des visages jeunes et nouveaux. « La ruse toujours, le bâton dès que c’est possible », est la règle d’or de Gaid Salah.

Mais cette fois-ci, mabrad ma houk mabrad. La société s’est réveillée et elle manifestera jusqu’à ce qu’elle récupère son Etat et son armée. Le blocus politique et pacifique de l’EM continuera jusqu’à ce que les généraux reviennent à la raison. Il faut craindre cependant que les va-t-en-guerre se lancent dans des provocations qui militariseront la contestation. La solution à cette crise est entre les mains des officiers sages.

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