Les Algériens : Passé dévoilé, futur incertain

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« Rares sont les peuples comme les Berbères dont les origines ont été recherchées avec autant de constance et d’imagination. Dés la plus haute antiquité, des récits circulaient dans les milieux savants et chez les mythographes sur les origines des habitants de l’Afrique » (1-Introduction). C’est l’historien Gabriel Camps qui parle mais je crois qu’il  exagère. Seuls les Romains, les Arabes et les Français se sont  intéressés à cette question et bien sûr les citoyens des pays concernés après leurs indépendances. Les Puniques, les Vandales ou les Turcs l’ont négligée. Les Romains, les Arabes et les Français ont étudié la question et ils devaient avoir des raisons, surtout les Français qui se posaient en propriétaires du territoire par héritage des Romains. Les Arabes comme les Romains avaient un empire puissant, un peuple multiethnique et une brillante civilisation, il est donc normal que certains de leurs savants s’intéressent à la question.

On peut penser que les Carthaginois, commerçants de naissance, venus pour le commerce et restés commerçants, n’ont trouvé aucune valeur marchande à la connaissance de l’histoire des autochtones et ils l’ont peut être négligée. Les Vandales, venus alors qu’ils étaient encor barbares, ne pouvaient s’encombrer d’une information historique. Les Turcs quand a eux, ils ont non seulement négligé l’histoire de leurs coreligionnaires mais même les terres ne les ont pas intéressées ; apparemment seuls comptaient pour eux l’impôt et la course (piraterie non parrainée par un état).

Rappelons que la course était une activité économique normale pour les pays qui en avaient les moyens et citons a titre d’exemple le français Surcouf, capitaine corsaire à 20 ans et décoré de la légion d’honneur.

Le but de cette contribution est d’essayer, non pas en tant qu’expert mais en tant que simple lecteur de livres d’histoire, de rassembler ce que disent les spécialistes sur l’origine des Algériens. On espère que la connaissance du passé vrai, non falsifié ou déformé par les « politicards », aidera ceux qui souhaitent bannir les débats « byzantins » sur les ancêtres afin de regarder un peu plus le présent et envisager celui de la descendance.

L’Algérie, comme l’Afrique du nord, a toujours été habitée.

Les paléontologues disent que l’humanité actuelle est née  il y a environ 200.000 ans. L’homme actuel est dit «  Homo sapiens sapiens » et il descend de « l’Homo sapiens » (l’Homme savant). Le genre « Homo », premier ancêtre de l’humanité, est un mammifère de la sous-famille des homininés, né en Afrique il y a environ 3 millions d’années. Il a donné une dizaine d’espèces mais elles se sont éteintes, toutes disparues sauf une : « l’Homo sapiens sapiens ». Un représentant d’une espèce disparue « l’Homo habilis » (l’Homme habile) a vécu en Algérie il y a deux millions d’années c’est « l’Homme de Ain Lahneche » (El-Eulma, Sétif) dont l’espèce s’est éteinte il y a 1.5 millions d’années. Les restes d’un autre, dit « Homo erectus » (l’Homme debout) qui a vécu en Algérie il y a 700.000 ans, ont été trouvés à l’Ouest du pays, c’est « l’Homme de Tighenif »(Mascara) appelé aussi « l’Homme de Tifernine », ancien nom de Tighenif. L’Homo erectus s’est éteint il y a 100.000ans. Le plus « jeune » « Homo sapiens sapiens », avant l’algérien actuel, dont les restes ont été trouvés en Algérie est dit « l’Homme de Mechta El-Arbi » (Chelghoum Laid-Mila, entre Constantine et Sétif). Il est dit aussi « l’Homme de Mechta Afalou » (compression de Mechta El-arbi et Afalou Bou Rhummel -Bejaia – ou d’autres restes ont été trouvés). L’homme de Mechta El-Arbi serait l’ancêtre des Berbères.

Les Berbères sont venus de l’Est

Beaucoup de théories, plutôt des fables, ont existé sur l’origine des Berbères:

– «  Tour a tour ont été évoqués l’Orient pris globalement( Mèdes et Perses), la Syrie et le pays de Canaan, l’Inde et l’Arabie du Sud, la Thrace, la mer Egée et l’Asie Mineure, mais aussi l’Europe du Nord, la péninsule ibérique, les iles et la péninsule italiennes…Il est surement plus difficile de rechercher les pays d’où ne viennent pas les Berbères (1-Pg.49) ».

Seulement il y a un petit problème avec L’autochtone nord africain, « l’Homme de Mechta El-Arbi ». Au sein de la population actuelle de l’Afrique du Nord le Mechtoïde ne représente qu’un petit pourcentage. La majorité de la population nord africaine actuelle est du type « protoméditerrannéen capsien » venue de l’Est. Le qualificatif « capsien » vient de « Capsa » l’ancien nom de Gafsa en Tunisie :

– « Le type de Mechta-El-Arbi va s’effacer progressivement devant d’autres hommes…

Du type de Mechta el-Arbi il subsiste aujourd’hui quelques très rares éléments dans la population actuelle qui, dans sa quasi-totalité, appartient aux différentes variétés du type méditerranéen. Ils représentent tout au plus 3% de la population au Maghreb ; ils sont nettement plus nombreux dans les iles Canaries.  » (1-Pg.56)

– « Sur le plan anthropologique les hommes capsiens présentent si peu de différence avec les habitants actuels de l’Afrique du Nord, Berbères et prétendus Arabes qui sont presque toujours des Berbères arabisés, que les archéologues négligèrent de conserver les squelettes découverts dans les escargotières car ils croyaient qu’il s’agissait d’intrus inhumés à une époque récente dans les buttes que constituent les gisements. Un de ces crânes séjourna même un certain temps dans le greffe du tribunal d’une petite ville d’Algérie orientale, Ain M’Lila, car on avait cru à l’inhumation clandestine de la victime d’un meurtre » (1-Pg.60).

– « …il ne subsiste que quelques traces des premiers occupants Mechtoïdes. Il est même troublant de constater que si Protoméditerranéens et Mechta el-Arbi ont pendant longtemps cohabité dans les mêmes régions, puisque ces derniers ont survécu jusqu’au Néolithique, même dans la partie orientale que fut “capsianisée” plus tôt, ils ne se sont pas métissés entre eux »(2).

– « Les spécialistes, anthropologues et préhistoriens, sont aujourd’hui d’accord pour admettre qu’il (Le Capsien) est venu du Proche-Orient… » (1-Pg.57)

– « …Au capsien (il y a environ 8.000 ans) des hommes de race méditerranéenne de l’Est ont envahi l’Afrique du Nord. Des Pasteurs sahariens venus du Haut Nil les ont rejoints… On peut considérer qu’en Algérie les berbères tirent leur origine des hommes de Mechta el Arbi et des Préméditerranéens. Il est certains qu’au cours des temps néolithique et historique des brassages, des mélanges ethniques ont affecté les populations berbères.» (3-Pg.28).

– « …Nous croyons non seulement à l’émigration qu’atteste Procope, mais encor à beaucoup d’autres des mêmes peuples dans les mêmes contrées, en sorte que pour nous le fond de la population numide et mauritanienne doit être rattaché à la race sémitique » (7-Pg.24).

L’apport de populations, d’importance variable, a donc été permanent :

– « Les Protoméditerranéens capsiens constituent certes le fond du peuplement actuel du Maghreb, mais le mouvement qui les amena, dans les temps préhistoriques, du Proche-Orient en Afrique du Nord, ne cessa à aucun moment. Ils ne sont que les prédécesseurs d’une longue suite de groupes, certains peu nombreux, d’autres plus importants. Ce mouvement, quasiment incessant au cours des millénaires, a été, pour les besoins de la recherche archéologique ou historique, sectionné en “invasions” ou “conquêtes” qui ne sont que des moments d’une durée ininterrompue…. » (1-Pg.64).

La langue aussi prouve que les Berbères sont venus du Moyen-Orient

– « Quoi qu’il en soit, la parenté constatée à l’intérieur du groupe chamito-sémitique entre le berbère, l’égyptien et le sémitique ne peut que confirmer les données anthropologiques qui militent, elles aussi, en faveur d’une très lointaine origine orientale des berbères » (1-Pg.70). La langue mère serait née dans l’actuelle Erythrée.

– Dans le livre « Algérie arabe en finir avec l’imposture », Slimane Benaissa écrit : « Leur (les berbères) langue, elle, se composait de plusieurs dialectes aux racines non sémitiques, se rattachant à la même souche. En Algérie, en Tunisie, au Maroc et jusqu’au Sénégal, on parle Chelha, Zenatiya, Chaouia, Kebailiya, Zenaga, Tifinagh, etc » (5-Pg.83). Il nie l’origine sémitique de ces parlés mais ne dit rien sur la souche auquelle il les rattache : encor une imposture.

Contrairement au facteur ethnique qui est le même sur tout le pourtour méditerranéen, la langue des anciens berbères, comme toute langue, a toujours subie des influences. L’impact de la langue arabe ou de la langue française est toujours visible. Chaque population qui arrive amène son parlé issu de la même racine mais plus ou moins différent des autres. Le parlé des nouveaux-venus impacte celui de la zone ou ils s’installent. C’est peut être ce qui explique l’existence de plusieurs parlés berbères ; en Algérie, l’UNESCO en reconnait neuf déclarés actuellement menacés: TAMAHAK (Djanet, Tamanrasset) ; KORANDJE (extrême sud-ouest algérien); TIDIKILT(au Tidikilt) ; TAZNATIT(Gourara, Touat) ; TAGERGRENT (Ouargla) ; FIGUIG( dans le sud marocain mais aussi algérien) ; TOUGGOURT ou Tamazight Touggourt ; TAMZABIT (au M’zab) ; TASNUSIT (Tlemcen) ; TAMAZIGHT d’Arzew au sud d’Oran ; ZENATIYA ( Ouarsenis, Tssemssilt) ; TAYURAYT (Gouraya / Cherchell) ; TACHENWIT (Mont Chenoua, entre Ténés et Tipaza). Les parlés de la Kabylie et des Aures sont jugés non menacés.

– « …Une autre conséquence fut l’introduction dans un milieu paléoberbère de nouveaux groupes berbères, venus de l’est, qui se distinguent des premiers non seulement par le genre de vie, leur monture et même leur bétail, mais encor plus par les particularités de leur langue » (1-Pg.133).

La Berberie ce n’est pas uniquement  La Kabylie et Les Aures

Et il faut savoir aussi que la Numidie n’est pas la Bérbérie, elle n’en est qu’une partie. Elle a toujours eu la frontière Est en Tunisie et comme frontière Ouest l’Oued-El-Kebir (Le Rhumel). Le reste de la Béribérie fut le pays des Maures à l’Ouest et des Gétules au Sud ; les Maures et les Gétules ne sont pas moins berbères que les Numides:

– « La Numidie, qui est aujourd’hui le pays Chaouia, a toujours été, et elle est encor, une région naturelle extrêmement bien individualisée… » (4-Pg.240).

– « Connus dés le temps des pharaons égyptiens, les Berbères ont occupé un immense territoire, de la Méditerranée au sud du Niger, et de l’Atlantique au voisinage du Nil… » (1-couverture).

Comme tout peuple divisé, les Berbères ont toujours adopté la langue et la culture de la civilisation dominante :

En effet, quand la puissance était carthaginoise, les berbères et leurs rois (Gaia, son fils Massinissa, etc.…) épousaient des carthaginoises et parlaient le punique :

– « N’oublions pas les très nombreuses alliances matrimoniales entre les chefs africains et l’aristocratie carthaginoise » (1-Pg.156).

– « Par ailleurs la langue punique a certainement fait des progrès parmi les Berbères. Elle a été utilisée pendant plusieurs siècles, on a même soutenu qu’elle a survécu jusqu’à l’époque de Saint Augustin. L’influence religieuse fut plus grande… » (3-Pg.48)

– « Saint Augustin nous révèle que, de son temps, le punique était très répandu dans les campagnes ; Procope qu’on le parlait encore au sixième siècle » (4-Pg.119).

– « …ils ont adopté les dieux étrangers qu’ils croyaient reconnaitre : Baal dieu des Phéniciens… ; Ishtar ou Tanit Pené  déesse phénicienne (de la fécondité)…Le dieu adoré par tous les berbères fut certainement le dieu Bélier (Baal Hamon). La vénération du bélier, dieu solaire, demeura vivace pendant plusieurs siècles » (3-Pg.37).
Lorsque la puissance devint romaine, le même phénomène est observé. St Augustin écrivait en Latin. Juba 2  s’est marié avec la fille d’Antoine et Cléopâtre.

– « Apulée de Madaure, Afulay en berbère, était citoyen romains d’origine berbère. Il se désignait lui-même comme mi-Numidien et mi-Gétule. Il écrivait aussi en Latin » (8).

– Saint Augustin était « un maitre de la langue et la culture latine » et il a défendu l’Eglise et l’administration romaine auprès les ruraux qui avaient été charmés par  le donatisme.

Mahfoud Kaddache donne toute une liste « d’Africains célèbres » ayant servi dans l’armée et l’administration romaine.  Il y a eu même des Empereurs et des Papes berbères mais c’est la civilisation arabo-musulmane que les Berbères  adoptèrent le mieux et contribuèrent à son développement et à son rayonnement.

La division du peuple maghrébin a toujours été un blocage au profit de l’étranger :

– « A travers deux millénaires entiers, depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours, le Maghreb a toujours été coupé (par qui ?) en deux moitiés irréconciliables( ?). Nous disons aujourd’hui les Arabes et les Kabyles. L’antiquité disait les Numides et les Maures. Le moyen âge arabe a dit les Botr et les Branés. Ce sont des noms différents, successifs, s’appliquant aux mêmes entités profondes, les nomades et les sédentaires… » (4- Pg.227).

C’est seulement avec l’Islam que les Berbères ont constitué des royaumes sans tutelles :

– « Lorsque Rome commande, j’obéis…Ainsi le premier acte que j’accomplis en tant que souverain (Juba 2) fut l’affirmation de ma vassalité et de ma soumission » (6-Pg.12).

– «…Le Senat avait pratiquement fait du royaume numide un état « protégé », confié, plus que rendu, à Massinissa. Celui-ci, qui fut un grand roi et un habile politique, eut toujours une vue très claire de sa condition réelle de roi client,…cette situation apparait au grand jour lorsqu’à la veille de sa mort…Massinissa décida en 148 av. J.C.d’appeler Scipion Emilien afin de le consulter pour le règlement de sa succession » (1-PG.163).

C’est  avec l’Islam et la langue arabe que les berbères ont pu faire de puissants empires qu’on pourrait qualifier de « bérbéro-musulmans » :

– Fatimide / Kutama : 909-969/969-1171
– Almoravide / Sanhaja : 1040- 1147
– Almohade / Masmouda : 1120-1276

Les royaumes « berbéro-musulmans » qui ont eu pour capitales Tunis, Bejaia, Tlemcen, Marrakech, Fez, etc.… sont connus. C’est donc avec l’Islam que l’Afrique du Nord a, selon E.F.Gautier, « tenu en mains ses propres destinés ».

Signalons qu’il n’y a pas que les berbères qui adoptèrent rapidement l’Islam et la langue arabe :

– « Or, d’après Dozy, l’Andalous avait pour la littérature latine la plus profonde indifférence, le plus profond mépris. C’était pour lui des niaiseries, des balbutiements informes. Au contraire, il sentait profondément la littérature arabe, il en jouissait infiniment, en toute sincérité » (4.Pg270).

Aujourd’hui certains  osent parler de « colonialisme arabe » donnant ainsi raison aux baathistes et à leur arabisme. Ils veulent  donner de Okba Ibn Nafaa l’image d’un conquérant colonisateur ayant agit comme les conquistadors espagnoles et portugais dans les Amériques :

– Contrairement a l’arrivée des Romains ou des Français, «…Cette conquête (arabe) ne fut pas une tentative de colonisation, c’est-à-dire une entreprise de peuplement. Elle se présenta comme une suite d’opérations exclusivement militaires… »(1-pg.134).

– « On ne saurait, en effet, exagérer l’importance numérique des Béni Hilal : quel que soit le nombre de ceux qui se croient leurs descendants, ils étaient, au moment de leur apparition en Ifriqiya et au Maghreb, tout au plus quelques dizaines de milliers. Les apports successifs des Béni Soulaim, puis des Màqil, qui s’établirent dans le sud du Maroc, ne portèrent pas à plus de cent mille les individus de sang arabe qui pénétrèrent en Afrique du Nord au onzième siècle. Les vandales…étaient au nombre de quatre vingt mille, ou le double si les chiffres de Victor de Vita ne portent que sur les hommes…Or que reste-t-il de l’emprise vandale en Afrique deux siècles plus tard ? (1-Pg.191).

– « … les habitants actuels de l’Afrique du Nord, Berbères et prétendus Arabes qui sont presque toujours des Berbères arabisés… (2) ». Il faut signaler que l’affirmation « Les algériens sont arabes » n’est pas erronée et n’a pas de sens ethnique mais culturel. Voila la définition du qualificatif « arabe » selon le Larousse : « arabe : relatif aux peuples (au pluriel) parlant arabe ».

Curieusement ceux qui ont adopté la langue punique, romaine ou française sont reconnus ancêtres berbères; mais ceux qui ont adopté la langue arabe sont des colons.

Aujourd’hui la menace

La menace sur l’avenir concerne touts les pays de l’Afrique du Nord mais elle est plus forte pour l’Algérie. Elle ne vient pas de la revendication séparatiste ou autonomiste qui pointe du nez en Kabylie, dans les Aures ou dans le Sud. Elle vient du régime qui persiste à ne pas évoluer pour s’ouvrir aux citoyens. En Algérie nous subissons depuis 1962 « la citoyenneté empêchée ».

La décentralisation ou l’autonomie des régions peut ne pas être un problème, bien au contraire comme le prouvent la guerre de libération et le cas de l’Espagne après Franco. Par contre la séparation est plus difficilement acceptable, sauf si les intéressés la veulent inévitable ; elle sera catastrophique pour tous si elle est faite dans le désordre et avec les conseils intéressés d’autres pays. Pour éviter ce risque, le régime doit évoluer et les patriotes honnêtes doivent agir en se sens.

La décentralisation, l’autonomie ou la séparation sont des modes d’organisation possibles si les gouvernants qui décident sont légitimes ; les usurpateurs ne répondent aux revendications que par des pièges ou des solutions fausses.

Le mode d’organisation qui sera adopté n’est crédible que s’il est basé sur des arguments induits par un futur souhaité par tous et non par un passé subit par tous.

La séparation est actuellement revendiquée pour la Kabylie mais à partir de la « Kabylie sur seine ». Les séparatistes y sont confortablement installés et agissent en manipulant  des citoyens  socialement défavorisés ou culturellement agressés par les méfaits du régime. Ces méfaits ajoutent de l’eau au moulin des manipulateurs lesquels, comme par retour d’ascenseur, laissent la dictature tranquille et refusent même de participer, comme en 1988, aux actions qui la mettent en danger.

Les militants berbéristes disent subir l’imposture linguistique et culturelle, ce qui n’est pas faux mais voila que certains d’entre eux utilisent  la même technique pour manipuler des citoyens :

– Au nom de la culture et de la langue de leurs ancêtres qui sont aussi ceux de la majorité des algériens, ils renient la berbérité, les militants berbéristes du PPA,  les moudjahidines du FLN, inventent le «  peuple kabyle » et parlent de la « culture et de la pensée kabyles » qu’ils se proposent de développer et de diffuser à partir d’un Lesotho à créer en Algérie.

– En « Kabylie sur seine » ils sont Kabyles et non pas algériens de Kabylie ou tout simplement algériens. On peut dire que s’il y a un peuple kabyle, comme ils le prétendent, son ancêtre n’est pas berbère, il s’appelle « Cardinal Lavigerie ».

Tizi Ouzou ou se manifeste actuellement le séparatisme est une création du colonialisme français. Elle n’est entrée dans l’histoire, à une exception prés, qu’avec le militantisme au PPA et le combat libérateur du FLN (à ne pas confondre avec le PFLN de l’indépendance). En effet les héros et les personnalités historiques que s’approprie la « Kabylie sur seine » sont nés et ont vécu un peu loin du « Lesotho revendiqué » : Gaia, roi numide est né à Ain Fakroun/Oum-El-Bouaghi ; son fils Massinissa unificateur d’une grande partie de la Berbérie est né Zama ou Dougga toutes deux tunisiennes et sa capitale fut Cirta/Constantine ; Syphax, est un roi massaesyle dont la capitale fut Siga prés de Ain Timouchent ; Jugurtha, petit fils de Massinissa est né a Cirta ; Tacfarinas, numide né à Khemissa/ Souk Ahras, comme Apulée et St. Augustin , à M’daourouch ; la Kahéna est née et a vécu dans les Aures (Khenchela) ;  Koceila est un berbère de l’Ouest algérien, etc.…Ces héros et personnalités sont tous d’avant l’Islam. Ceux qui ont servi la religion musulmane et adoptés la langue arabe sont reniés (Sidi M’hamed et les « fokaha », les deux enfants de la Kahéna et les généraux conquérants, les fondateurs de royaumes, etc.…).

Les Algériens qui s’intéressent à l’histoire, pas ingrats du tout,  reconnaissent quand même que la grande Kabylie est entrés dans l’histoire nationale peut être tardivement mais par la grande porte. Dommage que certains veulent la faire sortir par la fenêtre.

– Au nom de la langue et de la culture ancestrale ils adoptent le sectarisme a l’encontre des autres berbérophones : « Il n’appartient pas aux Kabyles de libérer les Chaouias, les Chleuhs… » (In F.Mehenni – Algerie: la question kabyle- éd. Michalon).

– La langue et la culture ancestrales les motivent pour charcuter l’Algérie et renier la berbérité des autres mais en France, même avec leurs enfants, ils utilisent le français : « …J’ai eu le loisir de regarder autour de moi dans les métros parisiens des mamans de diverses origines qui se promènent avec leurs enfants. Toutes sans exception s’adressent à eux dans leurs langues d’origine…seules les kabyles (à quelques rares exceptions) renient leur langue… »(5).  Ils habituent leurs enfants au français et attaquent leur pays d`origine donnant de nos honnêtes expatriés l’image de français ayant gardé la mentalité zouave ou harki ; image que ne manqueront pas d’exploiter les sectaires qui réapparaissent en France et ailleurs.

La « Kabylie sur seine » est-elle le résultat de 30 ans d’intoxication baathiste ou une manœuvre de « politicards français » qui ont mit, depuis maintenant plus de dix ans, leur pays sur la voie du sous-développement ? Dans les deux cas on sait que c’est l’Islam des algériens qui est visé.

Contrairement à « la Kabylie sur seine », les berbéristes raisonnables savent que le régime a échoué dans son rêve d’arabisation essentiellement parce qu’il l’a voulu contre d’autres langues. On ne pardonnera pas le fait qu’aucun cheikh ou aalem n’a osé dire aux dictateurs que le pluralisme linguistique est un signe (Aya) de Dieu (Ar-Roum-22). Le berbère ne réussira que s’il ne se positionne pas contre l’arabe, cette langue qui ne risque pas de disparaitre malgré les vicissitudes actuelles. Selon l’UNESCO, si le processus de disparition des langues se maintient, il n’en restera que cinq langues dont l’arabe.

Les revendications des algériens  ne peuvent avoir de réponses satisfaisantes que lorsque les dirigeants seront légitimes et on espère pouvoir dégager les usurpateurs même si la « Kabylie sur seine » ne nous aide pas. Les algériens possèdent un atout : la fécondité de l’Islam qui, contrairement a ce que croient certains, accepte la diversité. Les colonialistes ont constaté cette fécondité dés qu’ils ont mis les pieds à Sidi Fredj :

– Duc de Rovigo : « notre seul supériorité sur eux c’est notre artillerie, et ils le savent. Ils ont plus d’esprit et de sens que les européens, et on trouvera un jour d’immenses ressources chez ces gens là qui savent ce qu’ils ont été… »

– E. de Tocqueville : « Ce qu’il faut, c’est donner des livres à ce peuples curieux et intelligent. Ils savent tous lire. Et ils ont cette finesse et cette aptitude à comprendre qui les rend si supérieurs a nos paysans de France ».

– Dr. Shaw : «  On ne peut donc attribuer à aucune espèce d’incapacité naturelle le peu de progrès que les Turcs et les Maures (comprendre Berbères)  font dans les sciences et la littérature, puisqu’il est certain qu’ils sont au contraire doués de facultés intellectuelles incontestables … ».

Au jour d’aujourd’hui, les Turcs d`anciens ottomans de même que les Perses devenus iraniens sont en train de confirmer le constat du Dr. Shaw. Les « Maures » sont bloqués au stade de la « proto-algerianité » et leurs langues (arabe, berbère, darija) stérilisées par la dictature de « rois faignants », ignares usurpateurs du pouvoir. L`élite de contrefaçon arabophone ou berbérophone grenouille dans les couloirs du pouvoir. L`élite authentique qui est restée au pays est empêchée d`agir et la « Kabylie sur seine » veut un état« Lesothoyen » désislamisé. Voilà ou nous en sommes.

Noureddine Morsli
28 mars 2017

Notes de référance :

(1) Gabriel Camps : Les BERBERES, MEMOIRES ET IDENTITE – Edition Barzakh/Alger-2007
(2) Origine des Berbères [Islam : société et communauté. Anthropologies du Mahgreb, sous la direction de Ernest Gellner, les Cahiers C.R.E.S.M, Éditions CNRS, Paris, 1981.] In www.mondeberbere.com
(3) Mahfoud Kaddache : l’Algérie dans l’antiquité- Edition ENAL/ Alger.
(4) E.F.Gautier : Le Passé de l’Afrique du Nord ; édition : Petite Bibliothèque Payot/ 1964
(5) Ouvrage collectif coordonné par Rabah Ait Messaoud, Hand Bairi, Hend Sadi ; édition Koukou/ Alger-2016.
(6) Marie-France Briselance : Massinissa Le Berbère, édition Talantikit/ Alger-2012.
(7) Louis Lacroix, Histoire de la Numidie et des  Maurétanies, édition : Alger Livres Editions/ Alger-2008.
(8) www.fr.wikipedia.org

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