L’ingénieur algérien et sa langue

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Le plus ancien habitant de l’Algérie dont l’existence est scientifiquement établie a vécu il y a sept cent mille(700.000) ans. Les Paléontologues l’appellent « l’Homme de Tighenif » (Mascara), c’est là que ses restes ont été trouvés, ou « l’Homme de Tifernine » (ancien nom de Tighenif). Il n’est pas le premier occupant du pays puisqu’il a un ancêtre, « l’Homme de Ain Lahneche »(Sétif) qui lui a vécu il y a deux millions(2.000.000) d’années ; seulement on n’a trouvé que ses outils , ses restes on les trouvera peut être un jour si des barons de « l’import-import » ne décideront pas de se défier a coup de « villas F16 » sur le site(il se trouve à sept-07- kilomètres de la ville d’El-Eulma).

Parmi la descendance préhistorique de l’Homme de Tighenif , le plus connu est « l’Homme de Mechta El-arbi » (Chelghoum Laid, entre Constantine et Setif) ; il est appelé aussi « l’Homme de Mechta-Afalou » ( compréssion de Mechta El-arbi et Afalou-Bou-Rhummel (Bejaia) ou d’autres restes ont été trouvés ; c’est aussi le plus proche de nous (jusqu’à -5000ans) et on dit que c’est l’ancêtre des Numides.

L’Homme de Tighenif n’avait pas de langage codifié, seulement un moyen d’expression combinant le vocal et le gestuel. Pourtant, ce manque ne l’empêchait pas de travailler, durement même, et contribuer à faciliter la vie et les progrès de l’espèce. On peut voir le résultat de son dur labeur dans les ouvrages et les outils qu’il a laissé.

Les descendants, les arrières-arrières-arrières…petits fils de l’Homme de Tighenif se targuent d’avoir deux (02) langues maternelles, un jargon dit « arabe dialectal » , qu’on pourrait tout aussi justement appeler « français dialectal », et un « butin de guerre » mais ne travaillent pas ou très peu. Ils achètent chez les autres tout ce qui leurs est nécessaire : les céréales, les vêtements, les médicaments, les équipements et vont même jusqu’à payer des étrangers pour gérer l’eau qu’ils boivent .Un système comprenant des réservoirs, des pompes, des vannes et de la tuyauterie ne présente pourtant aucune difficulté pour être convenablement géré ( donner la gestion de ce système a des étrangers permet peut être certaines facilités « enrichissantes » malgré le code des marchés ).

On ne travaille pas ou si peu mais on se chamaille ; chacun, pour des raisons et des justificatifs qui lui sont propres, souhaite imposer sa langue maternelle à touts les Algériens et détruire l’autre langue considérée comme concurrente à éliminer.

Alors qu’en France il n’y a plus de Gaulois, en Allemagne plus de Saxons, en Russie plus de Slaves, en Scandinavie (Suède, Danemark, Finlande) plus de Normands, ni de Vikings, en Iran plus de Perses etc.… en Algérie il n’y a pas des Algériens mais des Arabe et des Amazighs (plus vieux que les ethnies citées) qui se regardent en chien de faïence et oublient l’Algérie que certains souhaitent partager pour avoir une petite chapelle a eux. Il est peut être nécessaire de signaler que Le Coran dit très explicitement : « …il y a dans la diversité de vos idiomes (diversité linguistique) et de vos couleurs (diversité raciale) des signes pour ceux qui savent » (AR-ROUM /22).Les gourous du parti unique, pourtant en majorité « diplômés de l’école coranique » voulaient dés les années soixante effacer ce signe divin, ils ne savaient pas.

Je ne suis pas linguiste mais de mon point de vue une langue ne s’impose ni par la force ni par décret. Rappelons nous celui de 1982 et les noms des villes « STIF », « IGHIL-AZANE », « SOUKAIKADA »etc. Une langue est adoptée par les autres et se développe grâce à l’utilité qu’on lui trouve, aux informations qu’elle donne et aux œuvres scientifiques, culturelles et artistiques qu’elle produit (c’est « l’import-import » qui a poussé, ces dernières années, quelques jeunes Algériens a se mettre au chinois).

Le Français moderne n’était qu’une langue régionale parmi une dizaine d’autres sur le territoire de la France actuelle et qui s’est imposé grâce à sa littérature, au dynamisme économique et social de ceux dont elle est la langue maternelle et a sa capacité à s’enrichir par des emprunts des autres langues et idiomes.

L’utilité qu’on peut trouver à une langue, les informations qu’elle donne, les œuvres scientifiques, culturelles et artistiques qu’elle produit sont l’œuvre de ceux qui parlent cette langue ; que ces gens ne travaillent pas, et c’est leur langue qui se stérilise et se perd. On peut par démagogie la déclarer officielle, nationale, universelle même, elle disparaitra.

Si, de l’indépendance a ce jour, les langues maternelles des algériens n’ont pas progressé, c’est de notre point de vue a cause des contraintes suivantes :

– la contribution des pouvoirs publics qui est indispensable n’a pas été aussi sincère, forte et permanente qu’elle devait l’être.

– jusqu’a tout récemment, le berbère était interdit d’expression. Entre autre nuisances cet interdit a poussé l’authentique patriote, officier de l’A.L.N à accepter l’offre de l’ancien colonisateur et animer une académie berbère a Paris dont un des résultats concrets est… la latinisation de la langue (1). Apres la levée relative de l’interdiction, les berbérophones se sont noyés dans le choix de l’alphabet alors que, contrairement a la rancune et au ressentiment, la logique et l’efficacité (facilité pour se répondre en Afrique du Nord, comme la langue perse au moyen orient) poussent à adopter l’alphabet arabe éventuellement complété.

-les arabophones, contrairement aux berbérophones, ne maitrisent et n’utilisent que rarement une langue étrangère (ils ont refusé de faire des efforts pour devenir des « mouthafa’aribines »-2-) et ne s’intéressent ni au dialecte ni au berbère pour enrichissement réciproque .voici un exemple d’enrichissement d’une langue par une autre : pour éviter le mot »buzz » dans la langue française, on a crée le mot « ramdam », altération du mot arabe « ramadan » et se référant au vacarme des soirées ramadanesques (3). On peut donner un autre exemple : récemment des chercheurs ont pu cerner un superamas d’environ 100.000 galaxies avec notre voie lactée et ils l’ont baptisé « Laniakea » mot emprunté à la langue hawaïenne et qui veut dire « horizon céleste immense ». Pourquoi un emprunt de cette langue ? Parce que le chef des chercheurs et l’université sont hawaïens(4).

Il faut savoir que le nombre de barbarismes que crée une seule chanson « rai », pour la langue dialectale, est supérieur au nombre de mots arabes créés par les institutions, les ingénieurs et les écrivains arabophones.

De notre point de vue un Algérien qui n’a pas, et ne veut pas avoir, une autre patrie est condamné à faire sien ce principe : « maitriser une langue étrangère pour parfaire sa formation et se documenter tout en travaillant (et publier) autant que possible dans sa langue maternelle ou dans les deux langues».

Aujourd’hui, au vue du nombre de maison d’édition en activité et au vue de la liste des travaux de recherche sur les pages web des différentes universités algériennes, on voit qu’une partie de l’élite algérienne écrit et publie. En prenant connaissance du contenu on constate que :

– Certains romanciers, par la langue utilisée et le contenu, semblent viser le Goncourt ou le prix de l’émir X .Ils écrivent pour d’autres, encourageant ainsi l’algérien à rester « un analphabète trilingue » (selon wikileaks c’est ainsi que nous a qualifié « un fils de l’oncle Sam »diplomate ayant été en poste a Alger).

– La plupart des études techniques ne collent pas à la réalité, elles ne sont pas destinées aux entrepreneurs algériens et ne sont jamais traduites.

Pour bien expliquer cette notion d’ « écrire(ou publier) pour les algériens » voici un conglomérat de termes qu’on trouve dans des sujets de recherche qui ne sont pas destinés a l’entreprise algérienne : « étude par résonnance magnétique de la conductivité intermoléculaire dans l’interface tangentiel du bi pole sélénium/strontium ».De mon point de vue aucun responsable ou entrepreneur algérien ne va s’intéresser aux résultats de ce genre d’ étude et les occidentaux vont la taxer de peu fiable sans se donner la peine de faire des vérifications. Et voici un modèle(imaginé) de sujet de recherche dont les résultats risquent d’être un jour ou l’autre exploités par l’industrie algérienne : « évaluation quantitative des herbes brulées lors des opérations de désherbages des espaces nus mais pouvant être traitées et consommées par les bovins(ou les ovins ou les camelins) ».

On peut croire qu’un agronome aidé d’un biologiste peut analyser, classer et évaluer la capacité énergétique et nutritionnelle de ces herbes. Avec un peu de chance et de perspicacité il trouvera un composé suffisamment nutritif pour être adopté par les éleveurs. Ce composé pourra être appelé « tahachit »-préfixe et suffixe berbères, mot arabe hachich-, traduit sur l’emballage en « tachite » et l’académie française pourra, avec un peu de « lobbying », adopter le verbe « tachiter » dont le sens sera « nourrir des animaux par des produits industriels ».

Evidement ces actions et leurs résultats sont fictifs mais c’est ce processus qui se déroule chaque jour, avec des échecs et des succès, dans les pays qui font travailler leurs ingénieurs.

En 2012, l’importation d’aliments de bétail a couté au pays 1,4 milliards de dollars.

Voici un autre modèle de sujet pour aider à débureaucratiser l’administration : organisation et capacités professionnelles des structures communales, propositions d’amélioration (les mauvaises langues disent que les responsables des structures communales –chef de service- n’ont fait, en majorité, que le cycle moyen de l’école « bouzidienne – almadrassa al bouzidia » ; il n’y a presque pas d’universitaires). Traduite dans les trois langues et diffusées dans les 1500 communes, cette étude ne manquera pas d’avoir un impact positif.

On peut avancer que ce genre d’étude qu’on destine aux algériens est trop simpliste, trop terre à terre, ce n’est pas de la recherche scientifique. C’est peut être vraie, mais que dire de celle-ci : « étude quantitative des urines produites par les êtres vivants ».Elle a déterminé qu’il se produit chaque jour trente huit(38) milliards de litre d’urine dans le monde ; et chaque adulte produit en moyenne deux(02) litres d’urine par jour. L’étude a été faite par des chercheurs… Britanniques du « Bristol robotics lab. » et saisie au vol par une université africaine qui a chargé des élèves ingénieurs de faire un montage qui produit de l’électricité par électrolyse de… l’urine (5). Ils ont produit de quoi alimenter pendant six heures quelques ampoules, une télévision et un ventilateur. C’est une université qui sait que son pays manque d’électricité et elle essaye de l’aider pour en produire. Elle a compris que la recherche appliquée donnera mieux et plus au pays que la recherche fondamentale.

Nous ne pouvons donc que recommander aux jeunes ingénieurs de se documenter, réfléchir, tester et publier, si possible, dans la langue maternelle. Dans le pire des cas, utiliser internet, il y a des possibilités d’échange et on y accepte même les idioties. Il ne faut rien sous estimer car (en paraphrasant un grand savant) rien ne se perd, toute information peut servir, pourvu qu’elle soit fiable.

La recherche et l’innovation techniques, comme la littérature, sont de grands fabricants de mots nouveaux qui vivifient et enrichissent la langue. En commençant à publier on peut décevoir mais il faut continuer, on commence toujours mal. Voila un fait connus de tous les ingénieurs et industriels : l’industrie japonaise moderne est née après la deuxième guerre mondiale et avec l’appuie du….général américain Douglas Mac Arthur (un général qui n’a pas été tenté par «le mercantilisme de l’import-import et les villas F16 »).Lorsque l’ingénieur Japonais s’est mis a étudier, publier(dans sa langue maternelle) et produire ; lorsque le produit «made in Japan » est apparu en occident, un consultant (Joël Arthur Barker) a eu la bonne idée de demander à ses élèves de qualifier le produit « fait au japon » ; voila entre autre les qualificatifs qu’il a obtenu : camelote, banal, bon marché, piètre qualité, peu fiable,… La même question, posée par le même consultant vingt ans après à d’autres étudiants, a donné les qualificatifs suivants : qualité supérieure, très fiable, meilleur au monde,… (6).

Ce fait se déroule actuellement sous nos yeux avec le produit chinois que certains algériens dénigrent férocement, mais dans quelques années… (7).

On peut poser la question suivante : quand-est-ce que le même fait se répétera une troisième fois avec le produit algérien ? Avec l’élite de contrefaçon qui grenouille dans les institutions de l’Etat et les gouvernants actuels, la tache pour nos ingénieurs n’est pas facile.

Noureddine Morsli
18 novembre 2016

Notes :

(1) Il s’agit bien sur de Mr. M.O. Bessaoud, l’auteur de la fameuse phrase « heureux les martyrs qui n’ont rien vu ».
(2) Ce terme peut signifier « maitriser l’arabe et une langue étrangère vivante ».
(3) In : www.wikipedia.org
(4) In www.rue89.nouvelobs.com
(5) In : www.fr.msn.com du 11.3.2013
(6) In «Joël Arthur Barker-les paradigmes a la découverte du futur -», édition « un monde différent ».
(7) Dans une interview au quotidien algérien « El-Watan », l’Ambassadeur de la R.P. de Chine a Alger a fait savoir que le produit chinois est de bonne qualité, il se vend en Amérique du nord et en Europe ; pour ce qui est des produits de mauvaise qualité vendus en Algérie, ceux sont les importateurs algériens qui les réclament aux producteurs chinois a cause de leurs faibles couts.

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