Quand le religieux sert de prétexte aux guerres impérialistes!

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Cette croisade, cette guerre contre le terrorisme va prendre du temps» aurait déclaré Georges Bush Junior le 16 septembre 2001, soit quatre jours seulement après les célèbres attentats du World Trade Center. Loin d’être une prophétie d’un visionnaire, ce lapsus révélateur de cet ex-président américain aurait pourtant jeté beaucoup de son ombre sur ce qui se passe actuellement dans le monde. La guerre des religions n’est plus, à vrai dire, une vieille relique du passé mais l’une des grandes obsessions humaines qui remuent encore les temps modernes. En outre, cela participe plus de ce «matérialisme historique» cher à Karl Marx (1818-1883) que d’autre chose. Pour rappel, à l’époque déjà, nombre d’observateurs ont déduit que la «gaffe» de Bush lors de ce mémorable discours n’a jamais été l’effet du hasard. D’autant que, sans doute bien étudiée par ses proches conseillers, celle-ci n’aurait été commise que pour servir de prélude à cette véritable entreprise guerrière menée, tambour battant, par l’oncle Sam dans tout le Moyen-Orient! L’intervention des forces de la coalition en Afghanistan pour chasser les Talibans, puis, l’invasion américano-britannique de l’Irak de Saddam en 2003 en témoignent à plus d’un égard. En ce sens que venger les 3000 victimes de ces attentats-là est vu par le locataire du bureau ovale comme une sorte de «mission à caractère religieux» qui revêt toute son importance dans le parachèvement de la carte  du «Nouvel Ordre Mondial» esquissée dans les bureaux du C.I.A depuis le début des années 1990 suite au collapsus soviétique. Et puis, «le choc des civilisations», un des concepts-phares de l’intelligentsia ultraconservatrice américaine n’a-t-il pas été théorisé, quatre plus tôt,  par un certain Samuel Huntington dans l’objectif de donner  justement l’essor à l’esprit de cet «impérialisme agressif, expansionniste et prédateur…aux arrières pensées évangéliques» pour reprendre les mots de Bernard Lewis? Un impérialisme qui agit sous divers prétextes, à savoir la guerre globale contre le terrorisme ; le déboulonnement des quelques dictateurs récalcitrants qui rejettent l’hégémonie occidentale ; les pressions constantes sur une poignée d’autocraties (les États du Golfe en particulier) sur lesquels pèsent de lourds soupçons de connivence avec l’islamisme et, bien sûr, la volonté d’affaiblir le Monde Arabo-musulman, en prétendant œuvrer, sans cesse, pour sa démocratisation. Tout cela avec, comme toile de fond, la quête effrénée des enjeux géostratégiques (ressources énergétiques, zones d’influences, pouvoirs suppôts et serviles, etc ).

Bref, les faucons de la maison blanche savaient pertinemment que les «Twin Towers» et le Pentagone, c’est bien plus davantage qu’un symbole et pour leurs compatriotes et pour le monde entier, le cœur même de la puissance des U.S.A. Or, celle-ci est mise au défi par cet «axe du mal» qui menace leur sécurité intérieure et les valeurs occidentales en général. Ainsi ont-ils saisi cette occasion en or pour mobiliser l’opinion publique frileuse à leurs velléités bellicistes, en titillant son patriotisme et en jouant sur «le péril vert de l’islamisme». Et pour calmer la colère générale qui s’est emparée de la rue, ils se sont mis à la recherche de boucs émissaires qu’ils ont facilement trouvés dans la liste noire des «Rogue States» (régimes voyous) et le réseau d’Al-Qaïda de Ben Laden. Ces «ennemis circonstanciels» dont ils étaient, pourtant, les soutiens actifs durant des décennies. En tous cas, ce terme de «croisades» semble être tombé au bon moment et taillé sur mesure par les Américains afin de cristalliser un nouveau cri de ralliement pour des segments entiers de la société civile, la population, les médias ainsi que des leaders d’opinion tant affolés par l’ampleur de ces attentats-kamikaze. Cela paraît d’autant plus motivant pour eux que des hommes politiques de l’autre camp y avaient auparavant recours, chacun bien sûr pour des raisons et dans un contexte particuliers, tels que Saddam lors du conflit irako-iranien (1980-1988) et pendant la deuxième guerre du golfe (1990-1991) où il aurait fait face à une coalition internationale qui comptait plus d’une trentaine de nations, El-Gueddafi dans son opposition frontale aux occidentaux ou Ben Laden dans ses prêches incendiaires contre le «grand Satan», etc. Si, en effet, Bush Junior s’est rattrapé lors de l’une de ses allocutions dans une mosquée américaine, rappelant vivement que l’Islam est une religion de paix et de tolérance, il n’en reste pas moins que l’étincelle était déjà partie et… la plaie ravivée. En réalité, les relations entre l’Orient et l’Occident sont loin d’être un long fleuve tranquille. Marquées par des phases critiques de chocs culturels, de concurrence civilisationnelle et de frictions, elles ont souvent donné lieu à des conquêtes et des guerres.

Ce fut par exemple le 27 novembre 1095 au concile de Clermont en Auvergne (France) que le pape Urbain II (1042-1099) eut lancé son appel historique à la chrétienneté au motif qu’en terre sainte, de nombreux chrétiens auraient subi des mauvais traitements et étaient réduits en esclavage par les Turcs au moment même où ces derniers détruisaient les églises, les temples et les lieux de culte chrétiens. C’est alors que s’enclencha la mobilisation générale pour organiser les fameuses croisades.  Rassemblés autour du souverain pontife, évêques et abbés auraient incité les chevaliers, les piétons, les riches comme les pauvres à prendre le chemin de l’Orient pour repousser, sinon chasser ce peuple impie (les Turcs) de Jérusalem. Si la colère de la papauté fut, en apparence, motivée par son inquiétude quant au statut défavorable des Dhimmis (les citoyens non-musulmans), la réalité est que ce fut l’expansion de la religion musulmane qui préoccupait outre mesure. Convertis récemment à l’Islam, les Turcs Seldjoukides furent les vainqueurs de la plupart des batailles avec les armées byzantines et avaient même fini par battre les Fatimides (alliés des Abbassides). Or, expulsés de Jérusalem où ils étaient installés un siècle plus tôt, ces Abbassides-là, plutôt tolérants auraient facilité les pèlerinages des Chrétiens au IX siècle, permettant même à Charlemagne (742-814) de conserver la tutelle morale sur les lieux  saints. Ce bref rappel historique  nous renseigne sur la façon avec laquelle «le religieux» est toujours convoqué par les Occidentaux  pour donner une justification à leurs guerres. On voit sans peine que c’est la même réaction de ces puissances occidentales lors de l’affaire des «Chrétiens d’Orient», victimes de la répression, la  persécution, les tueries et les exactions  des islamistes de Daesh! Sachant bien que ces derniers (ces Chrétiens d’Orient qui ont toujours souffert en silence de discrimination) n’ont jamais suscité le moindre murmure de protestation auparavant. Il semble qu’aucun dogme, aucune doctrine, foi ou convention, si sacrés soient-ils n’égalent le pouvoir de l’argent, des intérêts stratégiques, des privilèges, etc., aux yeux de l’Occident . Et enfin pour ne pas laisser croire que l’avenir de ces minorités-là serait de revenir à on ne sait quel passé de paix ou de prospérité sous l’ère des nationalismes arabes, lesquels ont réservé un minimum de respect à ces minorités-là au nom de la laïcité et du baâssisme, elles inventent mille et une stratégies pour convaincre l’opinion publique que leur situation était toujours pareille, terrible! Et le tour est vite joué.

Kamal Guerroua
14 octobre 2016

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2 commentaires

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    Imprécations (1)
    Kamal Guerroua tout à sa détestation de ce qu’il nomme, après tant d’autres sans aucune critique, islamistes nous sert, à la place d’une analyse rigoureuse, quelques poncifs anti-musulmans et beaucoup de contre-vérités.
    Une question à un douro: comment appelait-on les “islamistes” avant les années 60 lorsque le mot fut mis à la mode par quelques islamologues français émargeant aux services secrets? Fondamentalistes, intégristes, Frères musulmans, khadafistes (eh oui pour ceux qui ont la mémoire courte, à partir de 1973 et pour quelques années) voire khoumeinistes (à partir de 1979 et aussi pour quelques années. Le ridicule ne tue pas! Brunot Frapat, billetiste dans le journal Le Monde écrivit dans un billet plein d’ironie en 1979: “de près ce sont des fondamentalistes, de loin des intégristes, Dieu hésite” (je cite de mémoire).
    Dans la guerre civile qui fait rage en Syrie et en Irak, les détenteurs de l’information se sont mués en propagandistes suivant deux voies; la première consiste à ne parler que des pratiques délictueuses de Daech en passant sous silence celles de tous les autres, à part celles du régime alaouite syrien pour des raisons évidentes mais avec un grand bémol par rapport à celles de Daech, les milices chiites irakiennes, le gouvernement chiite irakien, les pasdarans iraniens et last but not least celles des aviations occidentales bombardant sans grand discernement combattants et non combattants, infrastructures militaires et civiles.
    Dans toute la littérature sur Daech, nous n’y lisons aucune analyse sereine mais uniquement des imprécations et des malédictions et je n’ai trouvé qu’un seul article daté du 21/08/2014 publié par Foreign Policy et traduit au français sur slate.fr,qui, tout en vouant le mouvement aux gémonies, titrait “l’Etat islamique est en train d’apprendre très vite comment gérer un pays”. Cet article commence par “Le califat autoproclamé ouvre des hôpitaux, construit de nouvelles routes, lance des services de bus, réhabilite des écoles… Et c’est une mauvaise nouvelle.”
    Je pense que cet article donne à réfléchir puisque écrit par des adversaires déclarés de Daech.

    L. Dib

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    Imprécations (2)
    Voyons maintenant les contre-vérités contenues dans l’article.
    Il pointe les malheurs des chrétiens orientaux en oubliant que l’exil de la majorité de ses membres a eu lieu avant l’irruption de Daech et fut une conséquence directe de l’agression américaine des USA de Doubleyou Bush.
    Il écrit sur la tolérance des régimes arabes laïcs (entendez par-là qui tournent le dos à l’islam)en faisant implicitement une comparaison avec un régime qui se baserait sur la pratique historique islamique. Alors que le pays arabe, comprenant des chrétiens, où leurs sort est le meilleur est la Jordanie, monarchie qui se targue d’être musulmane. Notre ami méconnaît l’histoire et s’il la savait la comparaison aurait due être faîte entre l’Empire ottoman et la république turque de Mustapha Kamal. Les chrétiens dans celui-là avaient plus de considérations que les musulmans dans l’Occident actuel et dans celle-ci, les Grecs chrétiens ont été déportées de la côte ouest de l’Asie Mineure où leur présence est attestée depuis environ 3000 ans.
    Une autre question à un douro: si les chrétiens orientaux ont la chance d’être restés sur leurs terres depuis l’avènement de l’islam, que sont devenus les musulmans andalous, siciliens et maltais qui constituaient la presque totalité de la population de leur pays?
    Il oppose Samuel Huntington à Bernard Lewis alors qu’il est de notoriété publique que le premier s’est largement inspiré du second.
    Il nous assène une grossière erreur historique avec une alliance des Abbassides avec les Fatimides alors que ces derniers ont conquis l’Egypte et la Grande Syrie (le Cham)sur les gouverneurs vassaux de Bagdad. Le calife abbasside était alors sous la coupe des Bouyides chiites, ennemis des Fatimides ismaéliens. Les Seldjoukides turcs ont anéanti les Bouyides et repris le Cham aux Fatimides et ont donné un peu plus de considération au califat par sunnisme.
    Autre erreur historique sur la prétendue conservation morale des lieux Saints (Jérusalem) par Charlemagne. Ce qui s’apparente clairement à un faux historique, tout comme le fausse donation de Constantin à l’Eglise qui voulait s’arroger la succession du pouvoir impérial, et que les orientalistes, si hypercritiques concernant l’Islam, avancent sans preuves et au conditionnel tout en n’allant pas jusqu’à l’excès de Kamal Guerroua et qui ne parlent pas de conservation -voulant dire par-là qu’il l’avait auparavant- mais d’attribution. Or pourquoi le calife Haroun Rachid, chef d’un puissant empire des confins de la chine à al-Andalus, allait attribuer la tutelle même uniquement morale sur Jérusalem, troisième lieu saint de l’islam à un lointain monarque “barbare”. Une hypothétique et fumeuse alliance contre l’émirat omeyyade de Cordoue et l’Empire byzantin ne pouvait justifier tel abandon que les musulmans auraient refusé.
    L’histoire est aussi affaire de bon sens.

    L. Dib