Qui sème l’immoralité récolte le radicalisme et la perversion

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Dilemme du traitement des effets alimentant les causes
Qui sème l’immoralité récolte double, le radicalisme et la perversion

“La somme de l’intelligence répartie sur la planète est constante ; la population augmente”.  Cet axiome de conservation cérébrale de Cole, compatible au demeurant avec le principe de Peter de “La convergence fatale vers l’incompétence”, et qui aurait sans doute amusé Lavoisier en personne, pourrait en fait s’avérer moins drôle et satirique qu’il ne le parait. Des études sérieuses très récentes [1] rapportent la découverte d’un nouveau virus de stupidité qui toucherait quelque 40 % de la population. L’érosion continue du quotient intellectuel (QI) humain a de toute façon déjà été fermement établie avant, et la perte est estimée à 12 points en un siècle. Le rapport de recherche des Professeurs Woodley, Nijenhuis, et Murphy [2], basé sur 14 études consacrées à l’intelligence et menées entre 1884 et 2004, montre que le temps de réaction à un stimulus visuel a régulièrement baissé et est passé de 194 à 275 millisecondes.

Ce constant cinglant signifie que l’être humain contemporain doit revoir à la baisse son égo démesurément surdimensionné, et l’homme des cavernes, ayant par nécessité sollicité et développé davantage ses méninges et ses capacités cognitives, a certainement joué un plus grand rôle et peut légitimement revendiquer plus de mérite au progrès actuel. Nous ne sommes que les benjamins de la liste, et devrions donc faire preuve de plus d’humilité et moins d’orgueil, les plus puissants n’ayant aucune raison de se surestimer, et les plus faibles ne devant souffrir d’aucun complexe d’infériorité.

Locomotives de la déchéance

Les classes politiques semblent être aux premières loges et diriger fièrement leurs sociétés par l’exemple, et cela ne se limite pas aux régimes despotiques et pays sous-développés.

Aux Etats Unis, plusieurs études rapportent différentes estimations des QI des présidents américains, et même si elles sont parfois controversées, elles s’accordent toutes sur la tendance à la baisse. Les partisans de la famille Bush s’insurgent particulièrement contre l’une d’elles et accusent les pro-Clinton d’en être les instigateurs. L’étude litigieuse [3] attribue à trois présidents contemporains des scores inférieurs à la moyenne de 115. Il s’agit de Reagan (105) et les deux Bush, père (98) et fils (91). Les prétendus partisans de “Clinton l’adultère” suggèrent donc que l’évolutionnisme de la famille Bush se conforme plutôt bien à la règle et semble même être en avance.

L’érosion intellectuelle est interactivement accompagnée d’une déchéance morale encore plus préjudiciable. En France par exemple le mariage pré-requis pour les candidats aux présidentielles est démodé, voire défavorable. Le concubinage, la polygamie des maitresses, ainsi que l’échangisme, sont désormais tous au goût du jour, et il n’est pas exclu de voir bientôt un président et une première dame de même sexe.

En dépit de toute cette déchéance civilisationnelle avancée, dans les pays démocrates et libres, l’alternance au pouvoir demeure garantie, même s’il arrive qu’un président sortant soit regretté, ou que l’on juge son successeur moins bon. L’impunité est de ce fait systématiquement évitée. Un responsable se voyant bientôt ex-responsable est un responsable différent. La déchéance morale a au moins dans ce cas le mérite de garder l’injustice et la tyrannie à distance.

Décadence des sociétés despotiques et confusion cause-effet

Dans les régimes totalitaires, la dégradation neuronale ne peut être que plus accentuée, en raison des agressions continues contre l’intelligence humaine, et la culture du despotisme finit par se propager et se généraliser à tous les niveaux. Ainsi à force d’apprécier et encourager les éloges et flatteries, un chef de tribu intelligent finit par devenir l’idiot du village. Cela est suffisamment dommageable, mais plus préjudiciable encore sera son acharnement à préserver contre vents et marées le statut, les prérogatives et les privilèges. Et ce n’est pas tout, il y a pire ! Qu’on peut atteindre en creusant assidument le fond. Tous les membres de la tribu risqueraient alors de se disputer le titre d’idiot du village pour finir éventuellement par le partager.

La démocratie de façade, avec ses piteuses farces électorales, est la forme la plus abjecte et aliénante du totalitarisme, et peut même s’avérer pire qu’un système féodal, comme le signale non sans pertinence Napoléon Bonaparte : “On a plus de chance de tomber sur un bon souverain par  hérédité que par élection”.

Avec l’absence d’alternance et l’impunité comme facteurs aggravants, le despotisme finit par promouvoir la tyrannie brutale tout en causant de graves traumatismes intellectuels. Il est à cet effet très difficile d’imaginer un Obama, élevé chez la famille Kaddafi, ressembler à autre chose que l’un des fils de ce dernier.

Par ailleurs dans des pays arabes et musulmans, les diagnostics et traitements précipités de certaines élites culturellement embrouillées, génèrent des dilemmes Catch-22 où le désir d’éloigner la jeunesse de la religiosité, jugée toujours excessive par beaucoup, bute sur le devoir de dénoncer la dépravation politique rampante. Qui sème l’immoralité récolte double, le radicalisme et la perversion ; et dans les deux cas, l’élève dépasse toujours le maître. Ce lamentable double-échec concrétise le stratégique double-objectif de l’alliance internationale contre le terrorisme. Cela permet d’une part de maintenir en place les régimes pervers soumis à l’occident, assurant ainsi par procuration et sans sacrifice tous les avantages d’une néo-colonisation, et de stigmatiser au passage grâce au radicalisme des groupes armés constitués ou fabriqués cette religion conquérante. Stratégie dont le bilan immédiat est manifestement positif à travers la facture salée hard que paye les peuples et pays musulmans, mais dont le long terme est moins rassurant à cause de cette avancée victorieuse soft et inflexible de l’Islam.

Crises et fécondation individualiste des impasses

Certaines situations critiques sont nettement moins difficiles à éviter qu’à résoudre et celui qui échoue et récidive face au moins aura très peu de chance de faire mieux face au plus. C’est ainsi que l’être humain intelligent semble être la seule créature incapable jusqu’à reconnaitre une impasse et d’en sortir par simple marche arrière ou demi-tour. Paradoxalement donc, l’impasse n’est terriblement réelle et totale que si elle est obstinément niée et ignorée. Cette cécité et cette négation ne peuvent être l’œuvre que des faibles et incompétents. Et quand il s’agit des gouvernants, l’échec et l’impasse non assumés finissent fatalement par transformer l’amour de la patrie en un individualisme prédateur ne trouvant de justification qu’à travers mépris, rancœur, voire haine, de la société injustement tenue responsable du bourbier. La rapine, corruption, et autres formes de perversion deviennent alors de simples tares inévitablement acquises, même chez des individus initialement honnêtes et animés que de bonnes intentions. Loin d’embarrasser ou déstabiliser ses responsables, ainsi misérablement perçue et positivée, “l’impasse féconde” devient alors un objectif, voire un acquis, devant être consolidé et farouchement défendu.

Crises et traumatismes intellectuels

Les crises majeures persistantes et démesurément prolongées finissent par toucher et marquer profondément l’individu jusqu’à laisser des séquelles morales et intellectuelles presque irréversibles. Les réactions initiales visibles de colère et stupeur se transforment à la longue en des sentiments, discrets mais ravageurs, de désabusement, tristesse, pessimisme, et résignation, tant et si bien que toute idée, aussi bonne ou salvatrice puise-t-elle être ou paraitre, est systématiquement accueillie par un scepticisme catégorique non négociable.

Il faut convenir qu’elle est effectivement très confortable, et même parfois enviable, cette attitude qui consiste à rejeter tout ce qui vient des autres et douter systématiquement aussi bien de leurs capacités que de leurs intentions. Dans le meilleur des cas, le scepticisme modéré pourrait donc être considéré comme une branche facile de la philosophie. Consommé avec excès il se transforme rapidement en une théorie du complot continu, entrainant oisiveté et paresse intellectuelles ; et toute overdose de scepticisme équivaut au suicide pur et simple de la raison.

La crédulité naïve ainsi que l’optimisme injustifié et démesuré sont évidemment tout aussi nuisibles et préjudiciables, et la sagesse du juste milieu peut parfois être très difficile à nuancer et saisir.

Le scepticisme et la haine sont des sentiments faciles à nourrir. Quand on veut invoquer l’un ou l’autre, on trouve facilement des raisons pour le faire. Si la colère et la passion obscurcissent la raison, la haine et le scepticisme démesurés sont fatalement aveuglants. Une fois condamné, mon voisin n’aura alors droit qu’à plus d’animosité et de critiques en commettant la moindre erreur, et davantage encore en faisant, ou plutôt en faisant semblant de faire du bien.

Toute initiative de sortie de crise est ainsi systématiquement contrée par d’autres, et toutes sont descendues et condamnées à l’avance ; et plutôt que d’encourager et semer l’espoir, nous préférons brouiller, faire douter, et démolir avant même de construire.

Ces faiblesses et blocages empêchent l’individu de reconnaitre les mérites des autres et mènent fatalement à la division de la société et à l’individualisme au détriment de l’intérêt général et du patriotisme rassembleur. La sottise et l’orgueil ne font jamais bon ménage ensemble, surtout en cas d’accouplement confortable et capricieux chez des responsables décideurs. “Un sot croirait se déshonorer en reconnaissant la valeur d’autrui” (Charles Régismanset).

Crises chroniques, perversion intellectuelle, et réflexes de survie

L’usure de la spirale infernale des causes graves et effets plus aggravants peut finir par provoquer une rupture morale et un sentiment de résignation totale face au naufrage collectif inévitable, et seul prévaut alors l’instinct primitif de survie. La corruption, prédation et autres vices et formes de perversion ne seraient alors que des manifestations de cet instinct de survie chez des responsables convaincus du désastre général imminent. En pleine tempête en haute mer, et étant le seul à pouvoir sauver ma peau, je ne verrais pas beaucoup de mal et n’éprouverais pas tant de gêne à dépouiller mon voisin condamné à la noyade. Cela peut aller jusqu’à repousser des lignes rouges autrefois inamovibles et intouchables pour négocier des pans d’honneur et de souveraineté contre des privilèges personnels dans les rives de salut.

En période misérable des vaches maigres et d’ensablement lamentable de la politique de l’autruche, de patriotisme révisionniste et d’imposture révolutionnaire organisée, où le mal est traité par le pire et les pannes culturelles ne répondent qu’aux excitants de la perversion occidentale, et où les préjugés et tabous sont déracinés en détruisant les vertus, la trahison finit par se mettre à pleuvoir à torrents, et le naufrage diluvien d’une nation pourrait devenir fatalement inévitable.

Les nouveaux Algériens

Le patriotisme se métamorphoserait alors petit à petit en amour du pays receleur où on ira couler et finir ses beaux jours ; et tout le reste ne serait que littérature diffamatoire et jalousie blasphématoire ! De nouveaux passeurs des valises et de chekaras du FLN investiraient à Paris et d’autres faubourgs, en troquant la dignité et l’honneur résiduels contre la sacrée deuxième nationalité. Les héritiers de l’ALN présenteraient le salut militaire sur les Champs Elysées, et le palais d’El Mouradia inaugurerait une antenne et un poste avancé au Val de Grâce et aux Invalides. Les nouveaux caissiers de l’Algérie déposeraient et offriraient en otage les secrets des fortunes amassées ou privatisées, aux receleurs et au besoin maitre-chanteurs, en hypothéquant les dignités individuelles et la souveraineté de tout un pays.

Quant aux nouveaux leaders de la résistance et futurs libérateurs du peuple du joug politico-religieux, ils défonceraient glorieusement et fièrement les dernières chaines vers la liberté ultime, en violant témérairement la sacralité du Ramadhan en public !

Cette descente multiple aux abimes ne serait pas sans conséquence sur le niveau intellectuel, voire mental, de la société et ses élites. Ainsi, la presse avant-gardiste de la démocratie, ouvrirait alors en permanence ses tribunes sélectives aux charlatans de la para-science et de l’irrationnel [4] ; et permettrait à untel, vibrant sous l’effet d’une sismicité psychique, de réinventer l’astronomie avec une semaine économique de six jours, et à un autre, expert en collaboration des djinns, de revisiter et remettre en cause an-alphabétiquement le Big Bang et la relativité d’Einstein !

Rares seraient alors ceux qui se souviendraient de l’Emir Abdelkader, Ben Badis, Fatma N’Soumer, Ben Boulaid, Amirouche, Zabana, et tous les autres ; et plus rarissimes encore seraient ceux qui se demanderaient si ces héros nous ont induits en erreur et embarqués sur une fausse voie de l’histoire, ou bien s’ils ont été trahis et poignardés dans le dos à titre posthume.

Pépinière du despotisme et mirages d’optimisme

Les crises et les épreuves difficiles peuvent effectivement offrir des occasions et autres opportunités, les impasses peuvent bien servir comme des sources d’inspiration, et la lumière de l’aube finit par apparaitre après l’obscurité. Cependant, ces notes d’optimisme ne doivent pas nous leurrer et sont hélas loin d’être plausibles. A moins de réanimer son âme et retrouver ses repères, une nation dont les commandements sont confiés à ceux qui n’en sont pas dignes, est plutôt condamnée à de sombres perspectives comme le stipule un hadith célèbre de notre Prophète (PSSL).

Se contenter de dénoncer et critiquer les régimes despotes et totalitaires, en espérant des solutions immédiates n’est pas le rôle des intellectuels. Les élites doivent d’abord et surtout s’armer de valeurs morales et s’immuniser par les vertus de patience, clairvoyance, et endurance, afin de mieux cerner et élucider les relations imbriquées de cause à effet, et de ne pas céder aux tentations macabres pour ne plus constituer une simple pépinière de victimes mutables qui fournit régulièrement, à la demande de la dictature, un nouveau souffle et de nouveaux tyrans,  pires que les charognards partants qui étaient critiqués et insultés la veille.

L’élite a plus que jamais besoin de faire preuve de résistance morale pour se réapproprier les repères de la nation, relativiser les appréhensions et craintes, rejouer pleinement son rôle, et retrouver la dignité et surtout la crainte du Créateur, Premier, Dernier et en fait Unique Décideur.

Le déséquilibre des forces des nations en défaveur de l’Islam ne risque pas de changer de sitôt et ne peut être affronté que par une résistance morale et spirituelle. La conversion des intellectuels occidentaux vers l’Islam, et qui tend à atteindre des pics quand le moral des musulmans est au plus bas, doit être méditée et justement appréciée. Elle a toujours profondément affecté les rangs judéo-chrétiens, et peut par la grâce divine, et pour peu que les musulmans cessent ou minimisent les trahisons, atteindre de nouvelles proportions pouvant causer des renversements imprévisibles.

Cette bataille morale et spirituelle que perd l’occident contre l’Islam et non ses partisans vaincus et neutralisés, et qu’il n’arrive pas à infléchir depuis des siècles, est complètement ignorée par beaucoup de musulmans tétanisés. Pire, le défaitisme culturel conduit certains à engager inconsciemment la marche arrière pour se diriger aveuglément dans le sens contraire le long de la passerelle interreligieuse. Ces revers regrettables peuvent transformer une bataille morale victorieuse en une énième relation bilatérale déséquilibrée sous la forme d’échanges spirituels et permutations religieuses très défavorables.

Abdelhamid Charif
21 novembre 2014

Références :

[1] http://espace-temps.blogs.nouvelobs.com/archive/2014/11/12/sommes-nous-infectes-par-un-virus-qui-rend-stupide.html
[2] Michael Woodley, Jan Nijenhuis, Raegan Murphy, “Were the Victorians cleverer than us ? The decline in general intelligence estimated from a meta-analysis of the slowing of simple reaction time”, Intelligence, Vol. 41, No 6, Nov.–Dec. 2013, pp 843–850
http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0160289613000470
[3] http://cseweb.ucsd.edu/~gary/iq.html
    http://www.truthorfiction.com/rumors/p/presidentialiq.htm
[4] Jamal Mimouni, “La culture de l’irrationnel ou le printemps des charlatans”, Le Quotidien d’Oran du 24-04-2014

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