Misère du monde et France de la honte

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Nous sommes nés en marge et nous resterons en marge et d’ailleurs quel meilleur poste pour observer, sentir et juger” (Paul Léautaud écrivain français, 1878-1956)

Au jour d’aujourd’hui, la problématique du voile revient en force occuper le devant du débat politique en France, quelques jours auparavant, le concept de la laïcité est lui aussi rappelé au secours de la République noyée dans ses moments de crise économique et sociale. En 1990 déjà, Michel Rocard alors premier ministre sous Mitterrand eut soulevé un grand tollé médiatique en déclarant sans retenue aucune que la France ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde mais qu’elle devait savoir en prendre sa part. Une déclaration jugée trop inhumaine, intolérance voire xénophobe à l’époque. Plus de vingt ans plus tard, à la veille d’élections cantonales, Chantal Brunel ex-porte parole de l’U.M.P , réédite la même frasque langagière en jetant un pavé dans la mare par son ton incisif et sa haine crachée à tout bout de champ en préconisant qu’il faille rassurer les français sur les migrations de populations qui viendraient de la Méditerranée. Sinon après tout, renchérit-elle « remettons-les dans les bateaux […] on doit assurer la sécurité de la France et rassurer les français”. Il semble clairement que le thème de l’émigration-immigration constitue souvent la pierre d’achoppement des politiques français au point de devenir une hantise embarrassante et une problématique insoluble surtout en ces temps critiques de crise économique où l’Europe en général et la France en particulier flanchent devant le déferlement de préjugés xénophobes, de clichés racistes, et de phobies sécurisantes tout en se droitisant de plus en plus médiocrement. Bien pire, l’immigration est au centre de toutes les tempêtes, de tous les débats et toutes les controverses, elle est devenue en quelque sorte la bête noire sur laquelle s’abattent toutes les télé manipulations grossières guidées à distance par des officines du palais de L’Élysée.

1-La France et l’identité nationale

La France du XXI siècle se réveille sous le choc de la phobie identitaire, la création du ministère de l’immigration et de l’identité nationale au lendemain de l’élection du président Sarkozy confirme à merveille cette vision de la peur de l’étranger. Terre d’hospitalité par excellence, la France s’est vue atrophier par une demande sociale grandissante et une montée de violence urbaine inquiétante surtout dans les banlieues. Ce faisant, la grogne sociale a été exacerbée par les discriminations touchant les couches défavorisées et les générations nouvelles de fils d’immigrés. En vérité, depuis la loi adoptée le 29 mars 2006 relative à la régulation de l’immigration, la lutte contre le détournement de procédures et la promotion d’une immigration choisie, les autorités françaises resserrent les démarches et compliquent les procédures administratives des immigrés. En ce sens, l’immigration massive qui a caractérisé l’hexagone durant la période des trente glorieuses (1945-1975) s’est vue lamentablement décroître à la faveur du transfert de l’économie de production à une économie de services. Les temps ont changé et les politiques avec. Dès le règne de Giscard d’Estaing, les questions ayant trait à l’immigration sont prises en charge par le secrétariat d’État à l’immigration. En revanche, dès l’arrivée de Sarkozy à la présidence en 2007 sur un programme électoral basé essentiellement sur le volet purement sécuritaire, une nouvelle instance incarnée par le ministère de l’immigration et de l’identité nationale aurait vu le jour dans l’objectif de revaloriser l’identité et le prestige de la France par son implication dans une économie néolibérale vouée au pragmatisme, la rentabilité, et la productivité. Néanmoins, en coulisses se perçoit une volonté aussi infaillible que sournoise de mettre au rabais l’immigration. Le but réel de la mise en évidence de cette identité et son surgissement inattendu sur le terrain y va dans un autre sens, comme le remarque Pierre Nora « l’expression pour un historien est à éviter ou à n’employer qu’à avec des pincettes. Sacralisée ou diabolisée. Pour les uns est devenue criminelle par son attachement à un récent ministère de l’immigration et de l’identité nationale et plus généralement par ses incantations historiques : de la France aux français[…] on va jusqu’à prétendre que cette identité n’existe pas: purement imaginaire et fabriquée pour les besoins de la cause »(1). En effet, tous les échecs, les ratages et les déconfitures de la politique migratoire française puisent leurs sources d’une part dans la convergence des discours entre l’extrême droite représentée par le Front National et la droite traditionnelle incarnée par l’U.M.P sur le thème crucial de l’intégration, l’assimilation, la citoyenneté, la déchéance de la nationalité, la double peine.. D’autre part, la gauche débilitée et amoindrie par des guéguerres de leadership, un certain manque de carrure politique de ses dirigeants et les hésitations de toutes sortes face aux choix du gouvernement de la droite s’est enfoncée davantage dans une léthargie atroce. Renfermée sur elle-même et sur ses crispations identitaires, la France peine à s’accepter telle qu’elle en repoussant l’ouverture sur la mosaïque sociale variée qu’elle recèle. De tradition catholique, la France est un pays acquis aux principes républicains, les sept millions de musulmans qui y habitent et les sept cent mille juifs sont couverts par une laïcité rigide (2). En dehors du volet religieux se manifeste une autre question plus complexe encore, celle des Roms, des Gitans et des hommes de voyage qui, dernièrement ont cruellement été confrontés à une polémique obsessionnelle sur leur droit d’installation et de mouvement en Europe. Ainsi la France identitaire s’est-elle transformée en une identité à la française, refaçonnée, reforgée et renouvelée au gré de la volonté des politiques et au rythme des échéance électorales.

2- Le voile, la burqua, les minarets : les phobies de la République

Face aux défenseurs d’un Islam en France ou à proprement parler d’un Islam de France, les adeptes de la laïcité rigide ont entretenu une diabolisation médiatique ciblant les musulmans de la métropole. Une propagande s’articulant essentiellement sur des confusions, amalgames, et visées politiciennes étriquées. Le débat sur le voile a subitement envahi la sphère politique sous le règne du Chirac en 2004, ce qui a conduit le gouvernement de l’époque à adopter une loi interdisant tous les signes religieux ( képa, croix, voile) dans l’espace scolaire. Percevant dans le voile un frein à l’intégration et une entorse au principe de la laïcité, les élites cosmopolites, compradores et hyperclasse pour reprendre le terme de Jacques Attali ont fait un forcing terrible sur la société française en général et la religion musulmane en particulier. En fait les oligarchies financières néolibérales appuyées sur les droites traditionnelles ont accentué et exacerbé aussi bien le repli identitaire que la paupérisation sociale en détourant les regards des citoyens sur des des questions de moindre importance« les français sont vraisemblablement plus nombreux à connaître le nombre de minarets en Suisse (quatre) et de « burquas » en France (trois cent soixante sept) qu’à savoir que le trésor public a perdu plus de 20 milliards d’euros à la suite d’une décision «technique» du gouvernement […] le rétablissement électoral du front national, et plus généralement de l’extrême droite en Europe n’est pas tout à fait étranger à cette distribution de l’attention publique entre la poudre des polémiques subalternes qu’on enflamme et la paille de sujets prioritaires dont on prétend qu’ils sont trop compliqués pour le commun des mortels»(3). En ce sens, l’Islam est perçu comme un mot fourre-tout, un mot-valise que l’on porte, déforme et formate selon les contingences et les circonstances. Du coup, l’instrumentalisation odieuse de l’Islam a même atteint les couches intellectuelles. Ainsi les débats sur le voile, puis ceux sur la burqua, les minarets, et la polygamie ont-ils déchaîné toutes les passions, à titre d’exemple Alain Finkielkraut , l’intellectuel le plus conservateur en France, qui en décortiquant les analyses contenues dans le brulôt raciste intitulé «la rage et l’orgueil» de l’auteure et journaliste italienne Oriana Fallaci dans lequel celle-ci fustige l’Islam et les musulmans dans des termes crus frisant l’appel au lynchage et au meurtre et où l’on pourrait lire entre autres choses que «les fils d’Allah se mulitiplient comme des rats», il assure et clame fort que l’auteure italienne regarde la vérité en face(4). Devant une telle furie xénophobe, se construit et se façonne un discours intellectualiste de l’Islam largement médiatisé en Europe incarné par le suisse Tarik Ramadan. Proche de la tendance des frères musulmans d’Égypte, il est critiqué et vilipendé par Caroline Fourest militante féministe et Finkielkraut. Suspect d’entretenir l’illusion d’un Islam tolérant et laïque, il est largement controversé et détesté dans le milieu intellectuel français. Néanmoins, il s’avère incontournable sur la scène médiatique surtout après sa confrontation réussie concernant sa proposition d’un moratoire sur la lapidation de l’adultère avec Nicolas Sarkozy en 2004, alors ministre de l’intérieur. A dire vrai, tout débat en France concernant l’Islam est amplifié, hypermédiatisé et télémanipulé, ce qui donne une force supplémentaire aux adeptes de la xénophobie d’entretenir les poisons du racisme en amplifiant un soi-disant danger de l’Islam. Ceux-ci y trouvent facilement leur lit et leur substance. Au jour d’aujourd’hui, le président Sarkozy insiste sur les racines chrétiennes de la France, avant lui déjà, De Gaulle s’est insurgé contre l’invasion de ces arabes et berbères en métropole en disant que son village s’appelle «Colombey les-deux-églises» et non pas « Colombey les deux mosquées», Chantal Brunel n’a en vérité fait que répéter les paroles de la classe politique française. Au même moment le front national enregistre des avancées et des progrès dans les sondages, ainsi le journal le Parisien l’accrédite dans ses sondages de 24%, face à Dominique Strauss Kahn 23% et Nicolas Sarkozy à 20% dans les prochaines élections présidentielles prévues en 2012. La France semble se détourner de son fleuve originel pour se plonger mains et pieds joints dans des questions marginales, sachant qu’avec de tels sujets démagogique, populiste et provocateur Marine le Pen pourrait drainer des foules télémanipulées, et créer la surprise en raflant la mise dans l’échéance électorale de 2012.

3- Les banlieues : la misère des Beurs

La France est diversité dirait Braudel mais elle est également un creuset uniformisateur et une unité figée. La crise existentielle des fils des immigrés de la deuxième génération en est l’exemple probant. Confinés dans des banlieues immenses, rongées et gonflées par la misère sociale, les Beurs n’arrivent pas à s’en sortir. Stigmatisés et perçus comme la source du mal-être français, ils vivent entre la déchéance économique du fait du chômage et la schizophrénie psychique due au déracinement de leurs parents et arrière parents qu’ils ont intériorisée en leur être intérieur. Ces «sauvageons» comme les appelle Jean Pierre Chevènement ou ces «enfants illégitimes» qui ont grandi dans ce que l’on peut nommer les trous de mémoire pour reprendre A. Sayad, dérangent la République, ses lois et ses convenances, ils s’en démarquent car elle les a mis à l’écart des plans de développement. Les discriminations à l’emploi ainsi que l’absence d’une insertion professionnelle concrète les ont amené aux trafics de tout genre: stupéfiants, psychotropes, drogues, blanchiment d’argent, et piratages électroniques. Les modèles de réussite sociale ou intellectuelle sont rares, à part quelques visages politiques comme Beggag, Fadela Amara, Rachida Dati, Karim Achoui, Boutih, la politique en France semble se faire et se défaire sans eux, mais les «Beurs», dénomination déjà péjorative à plus d’un titre, sont prêts à en découdre à n’importe quel prix, à aller de l’avant, à s’intégrer. Ainsi les banlieues sont transformées en géants repaires de crispations identitaires, de dissolution morale et d’infini désespoir, les exemples des quartiers de «la Rynerie» et de «Bellefontaine» à Toulouse, de «Vaux-En-Velin» et «Villeurbanne» à Lyon, de «Blanc-Mesnil» et les «Yvelines» à Paris, pour ne citer que ceux-ci sont extrêmement éloquents. En vérité, malgré l’insistance d’un nombre grandissant d’analystes et d’acteurs politiques pour l’élaboration des c.v. anonymes, les freins et les embûches au travail restent toujours indéracinables. Il est à noter que beaucoup de couples mixtes ou d’origine étrangère s’ingénient et s’acharnent à baptiser leur fils d’un prénom de consonance chrétienne afin de lui permettre une intégration facile et réussie dans la société de naissance ou d’accueil. A propos des contraintes à l’embauche Tahar Benjelloun eut écrit il y a longtemps ce qui suit « la discrimination à l’embauche est courante. On dirait que tout est fait pour maintenir ces français-là dans la pauvreté ou du moins dans la classe sociale qui ne s’éloigne pas de leurs parents. Les jeunes issus de l’immigration vivent les mêmes problèmes que les jeunes français de souche issus des milieux défavorisés»(5). En ce sens, l’échec du modèle d’intégration française basé sur une assimilation totale et complète des composantes sociales de la société est patent. Plus symptomatique est cette méfiance des autorités à calquer les prototypes d’intégration de type différentialiste de l’Allemagne et l’Angleterre où diverses couches sociales de diverses origines, en formant un melting-pot enrichissant pourraient coexister sans se fondre dans le même moule. Ce sont des modèles communautaristes baignés dans le civisme et le respect des différences des uns et des autres. Les Beurs parqués dans des cité-dortoirs, des cité-ghetto, et des cité-étouffoir, exsangue et enclavée où ils traînent une angoisse existentielle hallucinante, retracent le malheur que leurs parents et arrière-parents eurent vécu auparavant « on parle de territoires perdus de la République, il faudrait plutôt dire réserves abandonnées par la République» constate amèrement Azzouz Beggag. En réalité, le problème des banlieues est avant toute chose d’ordre du travail, de l’insertion sociale, du mal-être, de l’inconfort, de l’enfermement et des survivances passagères de la culture ancestrale des pays d’origine des parents dans le pays de naissance de leurs fils, ce qui accentue aussi bien leur repli que leur retrait de la gestion des affaires de la Cité. Un dilemme psychologique qui ne cesse de s’aggraver au regard des stigmatisations outrancières dont souffre la communauté musulmane, arabe, et noir. Des sortes de victimes collatérales de crises marginales dont ils se sentent les cibles privilégiées, le lynchage médiatique en temps de crises et d’échéances électorales fait bon recette en France «au pays de l’immigration choisie, ce sont les motivations électorales qui priment sur la vision à long terme» note Marie Barbier(6). L’Europe dont l’immigration étrangère représente 8,6% de la population globale (selon les statistiques de la fondation Robert Schuman) se dirige dans une certaine manière droit au mur et vers un protectionnisme migratoire terrifiant, à titre d’exemple, sur 31 pays de l’Amérique et de l’Europe, la France occupe la 15éme place, loin derrière Le Canada, le Portugal, et la Suède. Ces derniers sont traditionnellement en retard par rapport à la France en matière d’intégration. Ironie du sort, la Suède, pays nordique et repoussant à cause des conditions climatiques contraignantes et du froid aurait accordé le droit de vote à l’immigré en 1975, alors que la France reste toujours à la traîne sur ce chapitre. En somme, l’on est en droit de dire que la forfaiture de la politique migratoire de la France est due à l’improvisation, le manque de vision politique cohérente et la carence d’institutions de suivi des politiques engagées sur le terrain.

4- Les Harragas, les sans-papiers, les clandestins : quel avenir ?

Sujet tabou en France, le destin des Harragas est voilé, déformé, et dissimulé. Ces êtres en chair et en os qui cherchent un avenir meilleur dans une vie ailleurs se retrouvent du jour au lendemain sous les feux de la rampe des médias hypocrites, au centre des controverses et polémiques qui les taraudent et les fragilisent davantage. Le Harrag, littéralement celui qui grille et les interdits et les convenances et les lois, veut se sauver, sauver les siens, fuir la misère du monde pour rejoindre l’Éden européen, le paradis de tous les délices. Quelle déception, quelle malchance!!. Le rêve européen se mue en cauchemar dans l’océan. Depuis 1992 plus de 5000 Harrags périssent en haute mer, une tragédie supplémentaire à ajouter aux malheurs des pays du Sud. Ainsi plus de 67000 personnes ont traversé la Méditerranée pour demander l’asile en Europe en 2008, les côtes italiennes ont vu à elles seules débarquer sur leurs ports plus de 36900 (6). En effet, les dernières statistiques recensent plus de 10000 migrants depuis janvier 2011, printemps arabe oblige, vers l’ile Lampedusa, les barques, les felouques, et les zodiacs de fortune font le bonheur des nouveaux fuyards des dictatures. Nicolas Sarkozy aurait alerté les institutions républicaines de la France après le 27 février 2011 du danger de pareilles tragédies sur les flux migratoires, la misère du monde semble inquiéter l’Élysée et outrager le calme de l’Europe-citadelle. A dire vrai, depuis 1974, l’immigration en général et devenue le bouc émissaire des autorités françaises, après les régularisations massives de 1975, 1982, et 1997 sous le gouvernement Jospin, les portes se referment, et les lois se durcissent. En fait , la vie des Harrags et des sans papiers est « un capital d’expériences biographiques» pour paraphraser Chaterine de la Croix, elle est jonchée de récits vivants, d’histoires douloureuses, de péripéties incroyables, et de situations inédites. Quoique l’on en dise, la description s’avère insuffisante car ce sont des souffrances indicibles qui fauchent des familles, des vies et des pays entiers. Ces Haraggas se protègent derrière des non-dits, des des mensonges, des non-entendus, refusent l’humiliation des centres de rétention et de transit «les sans papiers sont habités continuellement par la perspective du retour, sous la triple forme du rêve, de la hantise et de l’hypothèse, le retour des expulsés se joue sur un autre registre […] les expulsés ne semblent avoir qu’une idée en tête, après un retour forcé: repartir pour effacer , à la fois l’affront subi et l’échec ressenti»(7). Dans ce sens, le Journal le Monde du 07 janvier 2010, révèle que plus de 29000 sans papiers sont reconduits aux frontières, il semble clairement que la politique du chiffre a pris le dessus sur la politique d’hospitalité française!! A ce titre, il conviendrait de rappeler l’épisode tragique de l’évacuation des sans-papiers de l’église Saint-Bernard à Paris le 23 aout 1996, des images restées depuis ancrées dans toutes les consciences humanistes. De plus, les préfectures sont devenues des usines à flics qui se spécialisent dans les rafles aux métros, aux gares routières, et aux alentours des facultés. Ainsi, les reconduites aux frontières sont devenues monnaie courante. L’Europe se crispe et la France tourne le dos à sa tradition migratoire humaniste et «généreuse» depuis les lois Pasquas de 1986 et 1993, l’épisode Debré et ses charters d’expulsés, et plus particulièrement l’instauration de système de visas par Chirac en 1986. Dans un récent sondage effectué par Cevipof réalisé avec Opinioway en janvier 2011, 56% des français ne font confiance ni à la droite ni à la gauche , un français sur deux estime que la démocratie a nettement reculé contre 14% pour qui elle a progressé, c’est dire combien la «bunkerisation» de la France derrière le syndrome identitaire, de la peur de l’étranger, de la misère des banlieues, du destin tragique des Harragas et la mystification de l’Islam ont un effet boomerang sur sa cohésion interne. Le célèbre sociologue algérien Abdelmalek Sayad écrivait à juste titre « le Machiavel de l’immigration n’est pas encore inventé[…] La seule politique en matière d’immigration n’est-elle pas précisément l’absence de toute politique »(9). En résumé, un épanouissement serein et efficace de la politique d’immigration passe inévitablement par une concertation rigoureuse entre la rive Sud et celle du Nord de la planète à travers de projets de co-dévelopement, d’entraide économique et de coopération interétatique à tous les niveaux. Seules de telles mesures pourraient restreindre les vagues de migrants désenchantés qui tentent l’aventure de l’inconnu et toutes les déchéances.

Kamel Guerroua
12 avril 2011

Notes :

(1) Pierre Nora, les avatars de l’identité française, revue Esprit Mars-Avril 2010 N° 159, P5.
(2) Alain Soral entretien in comprendre l’empire , www.algerie-focus.com.
(3) Serge Halimi, Burqua bla-bla, le monde diplomatique Avril 2010.
(4) Voir l’article le Point n° 1549 du 24 mai 2002.
(5) Tahar Benjelloun, Hospitalité française, le Seuil, nouvelle Édition 1997, p41
(6) Madjid Talbi, Les harragas en Algérie: l’autre tragédie nationale, infosoir le 23 février 2009
(7) Marie Barbier, intégration 31 pays à la loupe, libération, 17 mars 2011.
(8) Marie Thérèse et Tetu Delage, clandestins au pays des sans papiers: expériences et parcours des sans papiers algériens, la Découverte, Paris, 2009, p189-190
(9) Abdelmalek Sayad, l’immigration ou les paradoxes de l’altérité, Bruxelles, De Boek-Wamsael, 1991.

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2 commentaires

  1. néocon
    J’accuse la classe politique française de connivence avec les dictateurs Compaoré, Wade, Bongo, Denis Sassou-Nguesso, Eyadema et j’en passe….
    Les médias français, AFP en tête nous intoxiquent abondamment en présentant le Président Gbagbo comme un dictateur. Je tiens à rappeller ici que Monsieur Gbagbo fut le premier Président de Côte d’Ivoire qui instaura un véritable multipartisme, une liberté de la presse et une politique de décentralisation des pouvoirs au bénéfice des régions. Le tort de Monsieur Gbagbo est surtout de ne pas obéir aux ordres de l’Elysée, principalement en ce qui concerne les accords de défense incluant le pillage des ressources en matières premières.

    Laurent Gbagbo n’a en fait dirigé le pays que pendant 2 ans, de 2000 à 2002. Dès le début de son mandat, il a pratiqué une politique d’ouverture en invitant des leader des autres partis à participer au gouvernement EN 2002, Guillaume Soro à lancé une tentative de coup d’Etat qui n’a pas fonctionné et s’est transformé en rebellion, coupant le pays en deux. Déjà à ce moment là, l’armée française est intervenue pour éviter que cette rébellion soit totalement repoussée jusqu’au Burkina Fasso d’où elle s’était préparée et avait établie sa base arrière avec la complicité de Blaise Compaoré.

    Depuis, Gbagbo n’a pas cessé de faire des compromis pour conserver la paix en Côte d’Ivoire. Mais, respectueux de la constitution et de l’ensemble des institutions de son pays, il n’a pas pu organiser d’élection présidentielle tant que la pays était coupé en deux avec la partie nord occupée par des rebelles en armes. C’est vraiment en tout dernier recours qu’il a accepté que cette élection se déroule en octobre et novembre 2010 sous couvert de l’ONU.Ces élections furent entachées de nombreuses irrégularités découvertes pendant le décompte par la commission électorale indépendante. Ce n’est que sous la pression de Monsieur Choi, émissaire de l’ONU en Côte d’Ivoire et de Monsieur Sarkozy, qu’une mascarade grossière pour annoncer la victoire de Ouattara fut organisée. Depuis, la communauté internationale a emboité le pas sans vraiment se préoccuper du véritable résultat des élections proclamées cette fois par l’instance supérieur de la nation, le Conseil Constitutionel.Quand on sait que la CEDEAO dépend en grande partie des largesses de la France via le Franc CFA dont 40% des recettes des exportations sont stockées au Trésor Public Français et redistribuées dans l’ensemble des pays de la sous-région adhérant à la CEDEAO, que la France dispose d’un droit de véto sur toutes les décisions de la BCEAO (banque centrale), que c’est encore la France qui frappe la monnaie de ces pays, que l’Union Africaine dispose d’un budget financé à près de 80 % par l’Union Européenne, on ne peut pas s’étonner de voir les gentils dictateurs qui composent ces organes faire allégeance et surtout éviter de contredire le maître de l’Elysée sous peine de subir le même châtiment que Laurent Gbagbo.

    Tout ceci explique que c’est la communauté internationale qui a élu Ouattara et non les ivoiriens. Et il serait dommageable pour la plupart des pays de la CEDEAO de créer un précédent en ne laissant pas Gbagbo être élu par son peuple avec sa volonté d’indépendance. Car l’indépendance des ex-colonies françaises d’Afrique n’existe que de nom.
    Je pourrais écrire tout un livre sur les différentes raisons qui justifient cette ingérence de la part des hôtes de l’Elysée, de De Gaulle jusqu’à Sarkozy en passant par Mitterand et tous les autres. Mais ces raisons ne sont que purement d’intérêts financier et de stratégie politique. En aucun cas, la France ne s’est souciée une seule fois de l’éxercice de la démocratie dans ces pays.J’en appelle aux français sensibles aux respect des droits de l’homme, aux valeurs de notre République chèrement acquises et auxquelles les africains ont participé à leur défense lors des deux dernières guerres mondiales, de dénoncer par tout moyen à leur convenance, l’attitude honteuse de la France. Alors que nous pourrions aisément faire de l’Afrique une terre où il fait bon vivre, nous l’avons transformé en un véritable enfer.Je vous supplie de prendre quelques instants pour réagir. Vous n’êtes pas obligés de me croire, mais faites seulement un travail de recherche et d’analyse sur ce qui se passe en Afrique depuis 50 ans, et vous serrez surement mieux à même d’en tirer les conclusions.Nous avons un devoir moral auprès des africains. Nous leur devons notre liberté d’aujourd’hui. Nous leur devons de ne pas parler allemand à l’heure actuelle et d’avoir conservé notre belle langue, le Français.Faites suivre ce texte à vos élus, Maires, Députés, Sénateurs, mais aussi à vos amis, voisins, collègues…
    Merci pour eux qui ne demandent qu’une chose: vivre en paix chez eux.
    Bien cordialement

    Christian Bailly-Grandvaux
    Citoyen Français

  2. néocon
    Le 14 avril 2011 par IvoireBusiness –

    J’accuse! Je suis Français et j’accuse Sarkozy – Jupé – Fillon – Ban Ki Mon – Choi – Soro Guillaume – de crime contre l’humanité, de génocide et de crimes de guerre à l’encontre de l’état souverain de Côte d’Ivoire et de ses représentants légaux SEM Gbagbo, ses Ministres et ses proches ainsi que à l’encontre de la population Ivoirienne. J’accuse les médias français de complicité active et volontaire dans l’ensemble de ces crimes, de désinformation qualifiée et honteusement amplifiée. J’accuse toute la classe politique française pour non dénonciation de crime, pour son inertie et sa torpeur devant une telle injustice et forfaiture. J’accuse l’Assemblée Nationale Française hormis quelques membres très minoritaires, d’êtres complice pour avoir encouragé et applaudi ce coup d’état électoral suivi d’un acte de guerre illégal de la France.

    Je demande aux députés de l’opposition de faire voter une motion de censure contre ce gouvernement criminel et de demander la démission sans délai du criminel Sarkozy qui devra répondre de ces actes devant le Tribunal Pénal International.
    J’accuse la classe politique française de connivence avec les dictateurs Compaoré, Wade, Bongo, Denis Sassou-Nguesso, Eyadema et j’en passe….

    Les médias français, AFP en tête nous intoxiquent abondamment en présentant le Président Gbagbo comme un dictateur. Je tiens à rappeller ici que Monsieur Gbagbo fut le premier Président de Côte d’Ivoire qui instaura un véritable multipartisme, une liberté de la presse et une politique de décentralisation des pouvoirs au bénéfice des régions. Le tort de Monsieur Gbagbo est surtout de ne pas obéir aux ordres de l’Elysée, principalement en ce qui concerne les accords de défense incluant le pillage des ressources en matières premières.
    Laurent Gbagbo n’a en fait dirigé le pays que pendant 2 ans, de 2000 à 2002. Dès le début de son mandat, il a pratiqué une politique d’ouverture en invitant des leader des autres partis à participer au gouvernement EN 2002, Guillaume Soro à lancé une tentative de coup d’Etat qui n’a pas fonctionné et s’est transformé en rebellion, coupant le pays en deux. Déjà à ce moment là, l’armée française est intervenue pour éviter que cette rébellion soit totalement repoussée jusqu’au Burkina Fasso d’où elle s’était préparée et avait établie sa base arrière avec la complicité de Blaise Compaoré.

    Depuis, Gbagbo n’a pas cessé de faire des compromis pour conserver la paix en Côte d’Ivoire. Mais, respectueux de la constitution et de l’ensemble des institutions de son pays, il n’a pas pu organiser d’élection présidentielle tant que la pays était coupé en deux avec la partie nord occupée par des rebelles en armes. C’est vraiment en tout dernier recours qu’il a accepté que cette élection se déroule en octobre et novembre 2010 sous couvert de l’ONU.

    Ces élections furent entachées de nombreuses irrégularités découvertes pendant le décompte par la commission électorale indépendante. Ce n’est que sous la pression de Monsieur Choi, émissaire de l’ONU en Côte d’Ivoire et de Monsieur Sarkozy, qu’une mascarade grossière pour annoncer la victoire de Ouattara fut organisée. Depuis, la communauté internationale a emboité le pas sans vraiment se préoccuper du véritable résultat des élections proclamées cette fois par l’instance supérieur de la nation, le Conseil Constitutionel.

    Quand on sait que la CEDEAO dépend en grande partie des largesses de la France via le Franc CFA dont 40% des recettes des exportations sont stockées au Trésor Public Français et redistribuées dans l’ensemble des pays de la sous-région adhérant à la CEDEAO, que la France dispose d’un droit de véto sur toutes les décisions de la BCEAO (banque centrale), que c’est encore la France qui frappe la monnaie de ces pays, que l’Union Africaine dispose d’un budget financé à près de 80 % par l’Union Européenne, on ne peut pas s’étonner de voir les gentils dictateurs qui composent ces organes faire allégeance et surtout éviter de contredire le maître de l’Elysée sous peine de subir le même châtiment que Laurent Gbagbo.

    Tout ceci explique que c’est la communauté internationale qui a élu Ouattara et non les ivoiriens. Et il serait dommageable pour la plupart des pays de la CEDEAO de créer un précédent en ne laissant pas Gbagbo être élu par son peuple avec sa volonté d’indépendance. Car l’indépendance des ex-colonies françaises d’Afrique n’existe que de nom.
    Je pourrais écrire tout un livre sur les différentes raisons qui justifient cette ingérence de la part des hôtes de l’Elysée, de De Gaulle jusqu’à Sarkozy en passant par Mitterand et tous les autres. Mais ces raisons ne sont que purement d’intérêts financier et de stratégie politique. En aucun cas, la France ne s’est souciée une seule fois de l’éxercice de la démocratie dans ces pays.