Le peuple accuse et refuse toute liberté tronquée ou troquée par un pouvoir qui s’amuse et abuse (II)

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2- La liberté n’est pas bradable
Est-il utile de mentionner que le drame algérien actuel n’est point seulement dans la répression des autorités, ni dans les soulèvements populaires. Il a ses racines, avant tout, dans la dissolution et le retournement des idées de Novembre. Les DAF, à l’esprit colon, avaient l’idée saugrenue, que défendait un certain G.K. Nézar, à savoir que pour garantir la liberté des uns (la minorité-dont il fait partie-), il fallait assurer la soumission des autres (la majorité qui lui échappe)!
Un putsch d’où qu’il vienne et quelle que soit l’étiquette qu’il porte pour se justifier, est toujours une grande catastrophe pour le peuple qui le subit. L’Algérie a suffisamment souffert et continue de souffrir de cette tragédie-fatalité.
La communication politique est chez-nous inexistante. Et si elle arrive à exister, elle accuse une efficacité incertaine. Elle a souvent fait preuve d’être incapable de ramener la confiance et
encore moins de la construire. Il arrive qu’elle récolte le contraire des résultats qu’elle prévoyait. Les raisons de cette situation sont multiples.
De nos jours, l’information n’est plus centralisée, univoque et inconditionnelle ; elle n’est plus perçue comme la réalité et que cette réalité est urgente. On aimerait bien comprendre ce que
l’autorité propose de constructif et comment elle compte convaincre par ce qu’elle entend imposer. L’élite civile, façade de l’Etat, a vu son périmètre d’action réduit au nul, après la date du mémorable 22 Février 2019. L’autorité est sous perfusion d’une réalité qu’elle
n’arrive pas à digérer. Elle ne veut pas admettre que désamorcer le processus ne suffira pas à
l’endiguer. Elle n’a pas observé, elle n’a pas saisi, précisément, cette expérience du Harak où sa voix ne s’épuise que pour mieux renaître : c’est un indicateur certain qu’il est sur la voie de la
victoire. Il est une réalité ardue, violente et poignante : la neutralité n’est pas humaine ! Seul l’engagement responsable assure le changement. Il admet la perte d’espérance mais combat le désespoir.
En 1962, le pouvoir mis en place, avait décrété le peuple immature et « nous a choisi »(le peuple n’en était pas capable !) le socialisme pour vivre “égaux”. Pour « imposer » cette égalité, il avait besoin de réduire « notre liberté », de la tronquer, sans désigner les limites de la soumission. La liberté non conditionnée, le retour à la souveraineté du peuple, le règne des idéaux de Novembre, les droits de l’homme et du citoyen, les préceptes humains de nos us et coutumes, tout a été ficelé soigneusement et jeté à l’oubli. En 1970 pour déclencher la révolution agraire et assurer la promotion du fellah et déposséder le gros propriétaire, le régime devait avoir les coudées
franches pour convaincre les retissants. Que de terres agricoles sont devenues des déserts parce que cédées à des gens qui n’avaient aucune notion d’agronomie. Et que de terres arables ont été englouties par le ciment alors qu’on nous parlait – sans honte – de réhabilitation des terres dégradées. Durant les années 1980, sous le slogan « pour une vie meilleure», notre liberté a été troquée contre l’amassement des gadgets ! « Une vie meilleure » ne peut avoir lieu que si le pouvoir avait toutes les latitudes pour écraser les « nids socialistes » qui risqueraient d’empêcher le nouveau choix tranché. La duperie de connivence se dégèle en émulation débile qui ouvre la voie à l’argent fétiche, l’argent dieu, qui bénira la magouille et la corruption, et dont le temple officiel englobe, en premier, les galeries du pouvoir.
Le « choséisme » est alors devenu une valeur qui risque de rivaliser avec les valeurs humaines universelles. Lors des événements d’Octobre 1988, avec une violence inouïe, G. K..Nézar- toujours lui-, feu G. M. Lamari et leurs acolytes, ont eu recours à l’armée pour organiser la répression des jeunes protestataires. Bien qu’au prix de sacrifices très onéreux, la liberté a été arrachée. Elle n’a duré que le temps de quatre frêles années. Mais cette courte liberté du peuple a indisposé
le pouvoir. Elle a voulu mettre fin à ses abus. Les Nézar militaires et civils étaient nombreux. Ils n’arrivaient pas imaginer les rennes de l’Etat entre les mains de civils ! On rapporte que feu Général M. Lamari a dit : « comment le peuple ose-t-il dresser la tête devant le militaire ? Il faut qu’il retourne à sa prosternation». Il ne manquait pas d’air ! Le coup d’Etat consommé, notre liberté à été troquée contre notre sécurité : les dérapages inouïs et les morts sans nombre. En hissant l’étendard de la sécurité, ils ont fait table rase de toutes les sécurités possibles ! Les années 2000, la liberté a été changée contre la réconciliation nationale : les instigateurs du coup
d’Etat et leurs commis bénéficient de l’impunité ! Le peuple se voit soustraire le droit de décrire ce qu’il a enduré sous le « tout sécuritaire ». Aujourd’hui, sur la même lancée, on voit le pouvoir
marchander notre liberté contre la lutte contre la corruption ! Comme si la corruption était un phénomène spontané ! Personne n’ignore que c’est un tassement qui a pris naissance à l’indépendance. L’allure prise en ces deux dernières décennies n’est que la part visible de
l’iceberg. Lorsque le peuple aura sa destinée entre ses mains, l’éradication de la corruption sera alors possible. On se demande pourquoi cette détermination à vouloir nous livrer les choses sous la seule dichotomie blanc ou noir – un ou exclusif ? Ériger l’Etat et poursuivre la lutte contre la corruption sous la légalité ne peuvent-ils pas aller de pair ? Qui n’a appris sur les bancs de
l’école que « La Liberté n’a pas de prix » ! Comme la vie, comme l’existence, elle ne se marchande pas. La liberté ne peut se concevoir et se vivre qu’intégrale !
Les moyens de l’inconscient collectif de notre peuple ont toujours été beaucoup plus puissants que ceux des gentes politiques qui aspirent à chaque époque à s’imposer à lui. L’ampleur de ces
mouvements de masse, qui ont gagné en intensité et en convergence, a eu toute la force nécessaire pour créer le Harak, lequel a bousculé la présidence, le gouvernement, certaines institutions ainsi que la classe politique rompue et corrompue. Mais, il faut garder à l’œil,
que la chute du gouvernement n’est qu’une simple étape nécessaire et non suffisante dans le processus révolutionnaire. En aucun cas elle, ne peut être son aboutissement. Cet événement « insurrectionnel » – le changement du pouvoir –n’est que l’ouverture de la voie au
processus révolutionnaire tout entier. Ni le discours actuel, ni les structures qui ont servi le système archaïque, criminel, ne sont appropriés ni à la teneur, ni à la hauteur des sacrifices consentis par le peuple. En rien, ils ne répondent aux défis qui l’attendent. Hier comme aujourd’hui, le déni de la maturité du peuple est le moteur de tous les discours réactionnaires, et de la légitimation de toutes les répressions. Ceux qui veulent avilir ce grand de la lutte pour la liberté à travers l’Histoire ne savent pas qu’ils sont en train de faire de lui une vraie force morale.
En donnant le jour au Harak, l’Algérien s’ouvre le monde dans sa splendeur et ferme l’immonde dans sa laideur. Le Harak va, en principe, éliminer les cadres du système pourri et tous ceux qui ont aidé les putschistes à exécuter leurs méfaits. Malgré ce que réussit à faire l’ennemi, comme diversion, prise de becs, dispersion … sa défaite ne peut être que certaine. Car le Harrak offre à toutes les forces vives la possibilité de le rejoindre quand elles le veulent. Il est temps de sortir du désordre provoqué par l’ordre militaire ! L’autorité a beau « jurer », à tout vent, que les élections seront « honnêtes, transparentes, propres et correctes » – et tous les qualificatifs lumineux qui lui bourrent la tête – certains l’ont entendu, peu l’ont écouté et personne ne l’a cru ! Le pouvoir n’a que des détours et des tours pour chiffonner le « destour » ! Pourquoi un tel refus de revoir la loi électorale inadaptée ? La mise en route d’un référendum honnête clair et expressif est indispensable pour mettre fin à la crise. Si des bâtons sont mis en permanence dans ses roues, c’est parce qu’il aboutirait, sans doute aucun, à la réduction drastique des avantages financiers considérables de la nomenklatura gouvernante et ses périphéries et mènerait à des réformes qui
draineront exactement l’inverse de ce qu’elle propose et envisage.
Le malaise national est ressenti partout même par l’émigration. Si les causes profondes, sont l’éloignement soutenu des idéaux de Novembre, les causes directes et immédiates sont bien le régime économique et social métissé et les institutions politiques boiteuses, renforcés par
le désordre tellement pourri des finances. Il faut dire que les privilégiés ont toujours ou boudé ou refusé obstinément toute réforme sérieuse. Totale ou partielle, ils la rendent caduque ou impossible. Si le régime algérien a été acculé à une révolution radicale, c’est que le début du XXIe siècle était comme privé de tout espoir par le divorce qui existait entre la légitimité historique et ses répercussions sur la pratique politique comme sur les institutions étatiques et les jeunes générations aux nouvelles idées. Le pouvoir harcelé par la vieillesse et l’isolement ne pouvait songer à mener, son incapacité aidant, des réformes judicieuses sur les structures de l’Etat, ni se défendre contre les exigences des nouvelles générations. Une seule issue possible: un changement radical accompagné d’un nettoyage complet et profond qui éliminerait toutes les tares jusqu’aux embryons qui risqueraient de régénérer le système moribond et tous les germes de mutilation.
La Déclaration du Premier Novembre 1954 est le fruit de son contexte historique. Elle a eu ses idées et ses faits. Elle a réussi à ressusciter, de la diversité l’unité du peuple, sa force, ses dons
et son engagement, de son union. Et davantage ! Sa portée a atteint tous les horizons : elle a dominé l’esprit de la dernière moitié du siècle précédent. Le Harak n’est qu’un redressement de la barre vers la réalisation du rêve de ceux qui ont libéré le pays du colonialisme. Aussi le Harak est-il l’expression adéquate d’une lutte sans haine et sans violence contre la misère et l’indignité, peu importe leurs origines, lesquelles ne peuvent plus avoir de raison d’être dans un pays qui réuni en son sein toutes les conditions de la grandeur. L’ère de la vassalisation est révolue, celle de l’imitation doit nécessairement aboutir ! On ne peut continuer à jouer le singe devant le maître ! On ne peut plus réduire, nos relations avec autrui, à un lien imité – imitateur, où la copie du modèle original se donne le droit au commentaire et à la correction. Quelle légalité peuvent
avoir toutes les transactions et accords faits à partir du quatrième mandat ? Il est temps que l’Algérie prenne ses rennes entre ses mains !
Le Harak est une coupure ! Il finit l’ère du pouvoir militaire pour ouvrir celle du pouvoir civil. Le Harak va devoir affirmer la liberté du peuple et celle du citoyen. Cette liberté à laquelle nous aspirons tant, mais, que le pouvoir fantoche considère comme un luxe que nous ne méritons pas car nous n’y sommes pas du tout préparés. L’homme a toujours été au centre du monde, au centre de la pensée et de l’art. Pour faire avancer la réflexion collective sur ce que pourrait ou devrait être notre monde de demain, ce peuple a clairement exposé ses revendications légitimes qui permettraient l’ouverture du jeu politique et la conversion au réel du débat politique : un peu
plus d’indignation, et un peu moins de peur. Le Harak a ainsi barré la route à une pratique qui a la particularité de compromettre le « capital des valeurs» social et individuel. L’immixtion de l’armée ne sert, ni ne peut créer une dynamique politique au contraire, c’est le meilleur moyen de l’annihiler. L’armée sera puissante en accompagnant le Harak ou misérable en le trainant. Par contre ce que proposent les partis de l’opposition est trop pauvre pour expliquer la richesse du
Harak.
L’algérien était obsédé par les jours qu’il observait fuir devant lui avec un banal espoir qu’ils draineraient une ombre de générosité avec lui. Le Harak a entamé la libération du peuple, de l’armée, de la présidence, des partis, de l’APN, de la justice, de l’histoire, de la culture,… mais ne nous leurrons pas cette liberté est et reste embryonnaire. Cela me rappel le hadith des trois personnes coincées dans une caverne : pour sortir du trou chacune a évoqué la bonne
action, la plus sincère qu’elle avait faite; cela lui donnerait droit au tiers de l’ouverture. Le peuple, du 01/05/1962 au 22/02/2019, n’a pas conçu meilleure action que le Harak . C’est pour cela qu’on voit les prémices et les traces, qu’on sent et entend son air, mais on ne le saisit pas évoluer défonçant les obstacles qui freinent le changement. Restent les deux tiers pour avoir toute l’ouverture : l’armée en faisant une plongée dans son patrimoine et en interrogeant la mémoire de cette pléiade de martyrs n’aura qu’à se cristalliser dans une bonne action complémentaire au Harrak et le renforçant. Le temps, lui, saura faciliter l’entente entre les deux protagonistes et
sa pérennité et leur permettra de se dépasser et réunir les conditions favorables pour voir enfanter cet Etat de droit que tout le monde attend.

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