Témoignage

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Permettez-moi de témoigner !

Quand les opportunistes dament le pion aux doyens et aux pionniers !

Lui rendre hommage, de son vivant, m’était impossible.

Une fois, décédé, je pense que peut être, je ne m’attirerai pas les foudres de guerre et surtout, je ne passerai pas pour un notoire plébiscitaire, si j’ose apporter un témoignage des plus modestes, concernant un homme qui a toujours porté l’Algérie dans son cœur et dans son esprit.

Un homme qui a bravé, au plus fort de la tourmente qui a secoué notre pays, tous les dangers par des déclarations franches et téméraires au moment où le silence coupable était de mise. Toutes ces langues déliées, aujourd’hui, par cette sécurité revenue, n’étaient pas très loquaces, hier.

La concorde civile applaudie, la réconciliation plébiscitée et le wiâm adulé étaient, étrangement des sujets tabous, il n’y a pas si longtemps.

Que de fois j’ai entendu des orateurs disserter, à se couper le souffle, à propos de la réconciliation nationale et du Wiâm al madani, sans jamais avoir le courage de citer le nom d’un des pionniers en la matière.

Ont-ils toujours peur qu’il leur fasse de l’ombre de l’au-delà ?

Je trouve que l’éthique et l’objectivité en prennent un cinglant camouflet en agissant de la sorte.

Les raisons de l’adhésion générale de tous ne sont, hélas, pas toujours celles que nous croyons et pour lesquelles une petite minorité a appelé et combattu quand le terrain était miné et quand chaque parole, allant dans le sens de la réconciliation, était prohibée. En ces temps-là, il est vrai que les appels à la sagesse étaient peu écoutés.

La résonance des sabres et la tonalité des Kalachnikovs étaient plus entendues que tout autre son.

Eu égard à tout ce qu’ils ont fait pour l’Algérie, dans les moments cruciaux, où personne ou presque, n’osait chuchoter ce qu’il pensait tout haut, à propos du barbarisme qui sévissait en ces temps-là, nous devons rendre hommage à cette frange d’hommes qui ont sacrifié leurs vies pour faire entendre la raison aux uns et aux autres.

Il fallait le faire et, ils l’ont fait dignement faisant fi de tous les dangers qui les guettaient à chaque pas réalisé dans le sens de la réconciliation des belligérants.

Un homme se distingue et sort du lot !

Un homme, parmi cette frange à qui je rends un vibrant hommage, a sacrifié une grande partie de sa vie entière au rétablissement du vrai visage de l’islam tant en Algérie et dans le monde arabe et musulman mérite, à mon humble avis, de l’associer tout particulièrement, non pas par esprit partisan et élitiste, mais pour sa position peu enviée.

Il faisait doublement face à ses détracteurs, chose tout à fait naturelle sur le plan politique mais aussi à ses semblables de la mouvance islamique qui lui reprochaient son adhésion à la démocratie et à son pragmatisme qui le particularisait.

Ils lui réprimandaient farouchement aussi son refus absolu de toutes thèses de Djihad en Algérie.

Il est passé aussi maître dans l’art de secouer la classe politique quand celle-ci s’adonne, à son sport favori, à savoir l’engourdissement et au repos du guerrier.

Accosté, dans une mosquée, par des citoyens curieux quant à son positionnement politique, et qui le questionnaient justement à propos de son parti, le Cheikh a vite fait de les déchanter en leur donnant rendez-vous à la maison de la culture Mouloud Mammeri, où il devait animer un meeting politique.

Il réfutait catégoriquement l’utilisation de la mosquée à des fins partisanes.

Jamais il n’a fait de la mosquée une tribune partisane comme il était d’usage à cette époque-là.

Un homme qui a appelé toutes les tendances politiques à un minimum et au SMIG nationale comme il aimait l’appeler.

Un appel resté sans suite grâce à une fetwa dont l’auteur interdisait l’union des forces politiques sur un consensus national souverain mais qui s’est prononcé sur la validité et le djawaz, par contre, d’une rencontre à Sant’ Egidio officiée par un évêque de cette église italienne.

L’homme, en question, n’est autre que le cheikh Mahfoud Nahnah (Allah yerhamou) du parti du MSP (Algérie).

Dieu soit loué, je n’ai pas connu cet homme à travers une certaine presse qui a tout fait pour ternir son image et déformer tout son très long parcours mais, contrairement à ses dénigreurs, j’ai eu la chance de le connaître et de l’approcher de près, à un moment crucial et déterminant de ma vie.

C’était un jour décisif car, sans cette rencontre salutaire, j’aurai peut-être pris le chemin du maquis une décennie après.

En ces temps-là, l’islam était aux mains des apprentis et autres aventuriers qui chérissaient la forme plus que le fond !

C’était le temps de la renaissance (sahwa) et de l’effervescence religieuse des années 1980 ! Le fameux jour qui a fait complètement basculer ma modeste vie religieuse était un vendredi !

Quand la destinée bascule une vie

J’avais décidé, ce vendredi-là, de fuir l’insipide prêche de la mosquée du quartier où j’habitais et habite toujours, en quête d’autre chose que des leçons et prêches à propos des questions de divergences, au moment où nous avions âprement besoin des dénominateurs communs pour réduire nos divisions.

Ma destination, ce jour-là, m’était guidée et dictée.

J’ai finalement atterri, sans l’avoir choisi, sur l’esplanade de la mosquée d’El Biar. Je ne connaissais pas encore le bonhomme et j’ignorais tout de son personnage.

Dans mon esprit, c’était un très vieil homme avec une canne.

Peut-être est-ce parce qu’il avait commencé très tôt la Dâawa.

Après la prière du vendredi, qu’il avait officiée, je suis sorti transformé ! Son prêche a laissé beaucoup d’impacts sur moi ! Il avait, ce jour-là, parlé des religieux qui ont brandi le sabre de l’apostasie contre tous ceux qui ont eu… la malédiction d’installer la satanique parabole !

Ces malheureux étaient traités de tous les noms

Satan, Démon et de… Lucifer etc.

Cheikh Mahfoud, avec son sourire légendaire qui ne l’a même pas quitté sur son lit de mort, avait demandé à toutes les âmes charitables et tous ceux que la parabole, le magnétoscope ou la télévision gênaient et embarrassaient, de bien vouloir remettre ces accessoires maudits à son association (El Irchad wal Islah) qui en avait grand besoin.

La subtile allusion visait plus le camp des opposants farouches à l’évolution que celui des paisibles croyants anodins dont je faisais partie.

L’après prêche lui a valu un tollé et beaucoup d’insultes de la part de ceux qui, quelques années après, ont adopté et la parabole et bien d’autres choses encore inimaginables. J’avais toujours de la sympathie pour cet homme qui a cette particularité de présenter les choses différemment et qui avait horreur du classique et monotone :

« Ma Yatloubouhou Al-Moustamiôun » ou, si vous voulez, cette manie qu’on a de se conformer à l’ordre établi de peur de susciter le courroux des conservateurs endurcis.

Il avait en horreur aussi tous ceux qui ne font pas travailler leurs cerveaux et qui avalent toutes les couleuvres indigestes qui leur sont servies au nom du sacré.

Devant la grande admiration que je vouais au défunt, maintes fois j’étais tenté d’écrire sur ce grand homme que nous avons perdu mais devant les préjugés, dont nous excellons, nous autres Algériens, et les tendances qui nous interdisaient toute objectivité envers nos antagonistes, j’ai dû reporter ce témoignage à plus tard.

Un homme à abattre à tout prix

Devant toutes les accusations et ternissures qu’on lui collait, mon opinion, à son sujet, n’a pas bougé d’un iota.

J’ai su, dès lors, que pour abattre cet homme il faut recourir aux diffamations et autres mensonges car sur le terrain du franc dialogue, de la clairvoyance politique et de la persuasion il était difficile, voire impossible, à ses adversaires, de lui damer le pion.

En parlant justement de sa clairvoyance, je me rappellerai toujours les propos qu’il a tenu lors de son tout premier meeting à la salle Harcha Hassen en 1988 :

Il fut l’un des fondateurs principaux, si ce n’est le fondateur même, de la Rabita de la Dâawa Al Islamia.

Il savait, avant tout le monde, que le pluralisme politique n’allait pas se faire sans obstacles.

En fin politicien, qu’il était, il voulait par l’entremise de cette institution éviter l’irréparable à cette mouvance islamique qui faisait ses premiers pas dans la jungle politique où tout faux pas est interdit risque de la mener vers la calamité.

Il savait que la mouvance islamique était constituée par une mosaïque de tendances difficiles à gérer et qui ignorait jusqu’à l’abc de la politique.

Devant des groupes qui confondaient l’invariable et le variable et qui ne se sont, jusqu’à là, versées que dans les questions rudimentaires de l’islam, il fallait donc impérativement une institution forte et capable pour gérer tous les différents qui, inévitablement, ne manqueraient pas de surgir.

La Rabita de la Dâawa Al Islamia avait préconisé avant toute décision de création de parti d’en discuter en collégialité et de s’en remettre à ses institutions.

Malheureusement, le culte de l’irréflexion et le goût de l’aventurisme et de l’opportunisme avait pris le dessus sur la raison et la lucidité.

Certains apprentis politiciens de la mouvance islamique ont, malicieusement, tablé sur une échappée tonitruante au départ afin de s’assurer une confortable place sur le podium.

Ils savaient que les masses leurs sont acquises grâce à un discours populiste très aguichant et irrésistible, à en charmer les foules les plus distraites, qu’ils avaient affectionné.

Chose ruminée furtivement puis appliquée ouvertement et voilà le premier parti islamiste s’en vient s’emparer de l’écrasante majorité des algériens.

Il faut dire et c’était prévisible qu’en cette période, toute nouvelle, la palme est quasi assurée au premier parti islamiste qui sortirait la tête du tunnel.

L’opportunisme mêlé à l’inexpérience totale du parti ainsi créé a fait rater à la mouvance islamiste la plus haute marche du podium qui devait lui revenir, de fait, compte tenu de la sociologie du peuple algérien et de son grand amour pour l’islam.

De faux calculs et une véritable tragédie

Ayant tablé uniquement sur les masses et la majorité absolue, le parti défunt a entamé une précipitation qui allait coûter à l’Algérie des milliers de vies humaines.

Des stratèges occultes de tous bords y sont aussi pour beaucoup dans le drame qui a endeuillé moult familles algériennes.

Des mains obscures allaient tirer les ficelles de derrière les rideaux du théâtre funèbre où se joue la tragédie la plus dramatique de l’histoire contemporaine et dont les auteurs ne sont autres que les spectateurs et victimes à la fois d’une pièce aux rebondissements jamais effleurés par l’imagination humaine.

Cheikh Nahnah a tout tenté pour atténuer l’ardeur des dirigeants du parti dissous mais malencontreusement la passion était plus forte que la sagesse et la raison.

Devant la sourde oreille des aventuriers de tout genre, il a préféré se démarquer et créer son parti.

Sous sa direction, le parti a réussi à privilégier le dialogue et la réconciliation nationale qui étaient tabous mais devenus, par la grâce divine, le leitmotiv de tous, y compris de ses plus farouches opposants d’hier.

Conclusion

Enfin, je ne pense pas avoir rendu, suffisamment, l’hommage que mérite le Cheikh mais je compte, in cha Allah, revenir une autre fois sur le sujet avec plus de détails et surtout avec moins d’émotion.

Que ton âme repose en paix, Cheikh Nahnah et que Dieu te récompense pour tout ce que tu as donnée à l’Algérie en particulier et au monde musulman et arabe en général.

Je souhaite aussi, pour conclure, nous accaparer, ne serait-ce qu’en quelques lignes, un espace qui nous permettrait de réhabiliter d’autres personnalités et, pas des moindres, que nous avons bafoué qui, par ignorance ou par partialité nous avons calomnié étant parmi nous.

C’est un précèdent, que nous créerons afin de donner une meilleure image à la démocratie, à la liberté d’expression et qui permettrait, enfin, de redonner à l’objectivité ses lettres de noblesse.

Alger, le 4 avril 2010
Seddiki Nourdine

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