De la problématique algérienne

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Depuis sa naissance le régime algérien a marginalisé la véritable élite, il a semé par la suite tout un système de perversion et d’avilissement, ses graines ont fini par trouver un tapis d’humain fertile qui permit l’émergence de certaines classes politiques, l’actuelle d’ailleurs excelle dans l’art du constat, étalant maux et problèmes connus de tout Algérien ; corruption, despotisme; népotisme, clientélisme, kleptocratie, mafiocratie, prétorianisme, féodalisme, économie rentière et j’en passe. Ces constatations et critiques demeurent infructueuses, des lettres mortes puisqu’aveugler par l’hypertrophie du moi, ces artistes ne se penchent pas sur les causes du problème ou du moins pas toutes, discours et articles titillant l’affect des disciples avec des arguments vide de solutions, d’un autre côté on peut apercevoir une opposition souffrir elle aussi de verbiage, pourtant cette procédure (constatation critique, appel) dure depuis au moins vingt ans chez certains mais reste toutefois stérile, elle ne résonne pas dans le cerveau algérien ni suscite son intérêt, et ceci pour deux choses : d’abord un divorce subsiste entre parole et action puis la production des causes de la dictature par les Algériens eux même or, tel un médecin diagnostiquant son patient, l’opposition devrait d’abord déterminer les différentes causes de la maladie pour ensuite songer à la soigner.

Nonobstant la responsabilité des gouvernants, le problème algérien est comme celui du monde arabe dû à plusieurs facteurs internes et externes, je me pencherai sur ce qui actuellement est pour moi le facteur majeur de cette décadence et l’espoir de toute initiative visant le changement.

L’être algérien est la cause sous-jacente du problème, ses qualités et valeurs jadis piliers de la révolution furent oblitérés par le temps laissant place à de nouvelles venues : opportunisme, individualisme, déconsidération de l’autre, non-respect des lois, régionalisme, incivisme, soif du pouvoir, cette dégradation criante est constatable dans l’automobiliste qui ne respecte pas le simple code de la route et corrompt le policier ou le gendarme pour éviter un PV sans se soucier des répercutions que pourrait avoir son acte sur la société, des administrations devenues coteries de fonctionnaires ou l’individu soudoie pour obtenir un droit, etc. on remarque que chacun dans son métier aussi insignifiant soit-il se rue vers l’argent à sa manière suivant son pouvoir et ses prérogatives, l’homme véreux fît son apparition dans cette anarchie, il ne recule devant rien et devient vite référence, sa médiocrité prime sur le savoir, la corruption s’installe graduellement comme substitut au népotisme, éducation, principes ou éthique sont devenus de vains mots face aux instincts primitifs de possession et de survie, voici donc des principes zoologiques érigés en principe moraux, l’incivisme est devenu roi et le pacte social évaporé, il en va de soi qu’une partie du peuple résiste à la maladie, l’autre a préféré l’exil mais hélas toutes les deux ne représentent qu’une minorité.

En parallèle notre religion gardienne d’éthique et de nobles valeurs se voit limitée par l’Algérien à la pratique, vidée de son esprit et dénuée de sa fonction sociale (il faut noter qu’il y’a depuis les années quatre-vingt-dix différents textes juridiques inhibiteurs qui pénalisent « la pratique politique » dans les mosquées, d’autres articles menottent le mouvement associatif et politique, l’interprétation de ces textes souvent flous est bien entendu sujette à une appréciation arbitraire), du coup on peut assister à un imam fonctionnaire faire sa khotba prédéfinit et vide de sens qui une fois confrontée aux cerveaux des auditeurs peine à traverser la porte de sa mosquée, le musulman algérien se voit déchiré dans son comportement, schizophrène entre la mosquée et la rue, notre religion est utilisée tantôt comme épouvantail renforçant le clivage et la lutte idéologique,tantôt comme outil de propagande en faveur d’un candidat, les zaouias à travers les marabouts et leurs disciples sont devenus bureaux politiques, on peut presque palper la bassesse humaine à l’approche des rendez-vous électoraux, des candidats parfois illettrés promettent mont et merveilles profitant de l’indigence mentale des votants souvent analphabètes politiques, ces derniers choisissent en fonction d’un intérêt personnel variable entre déjeuner, promesse de logement ou l’effacement d’une dette, au final tout ce beau monde cité en haut acteur de sa déchéance se plaint par malheur des résultats de ses propres actions et espère par miracle un changement.

Il faut préciser que l’état actuel de notre société en désintégration n’est que le fruit d’un cumul, un cancer qui s’est métastasé dans chaque individu sous forme de valeurs transmises ou acquises par besoin d’adaptation et ce durant plus d’un demi-siècle, les différentes politiques d’apaisement et anesthésiants creusent aussi le faussé des relations sociales, on constate par la que notre société est gravement malade, la résultante est que par sa structure, sa composante et ses valeurs, elle assure la pérennité du régime, ainsi une parfaite osmose entre gouvernants et gouvernés rend le problème difficile à éradiquer sans réunir les moyens et outils nécessaires.

On a par le passé en Algérie assisté à des mini révoltes sporadique, sous différents thèmes ; souci de nourriture ou insulte à la religion, mais jamais à un éveil collectif, celui de la conscience, il est clair qu’une réelle envie de changement prend racine dans la société quand celle-ci dans sa majorité et j’insiste sur le mot majorité ressente les maux de la dictature et ne produit pas ses causes, éprouve le besoin de s’en débarrasser définitivement en utilisant concrètement les outils pour ce faire, le cas échéant elle ne peut et ne mérite pas d’être libre, ceci explique peut-être l’échec des différents appels au changement.

Il n’y a certainement pas de solution miracle mais une révolution mentale et intellectuelle s’impose avant toute chose, elle commence d’abord par un projet de société porteur de valeur, dont le but est de bâtir une nation utilisant l’individu en tant que cellule de la société, s’inspirant du verset coranique « Dieu ne modifie point l’état d’un peuple, tant qu’ils ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes » il faut que cette idée murisse dans les esprits et pousse tous les individus de la société à réfléchir sagement aux causes de leurs malheurs jusqu’à décider du changement, il faut qu’ils réfléchissent aux bases essentielles d’une politique adéquate qui pourra les sortir de la léthargie progressivement, car sans cela tout changement impétueux sera mis en échec soit à travers l’explosion d’une guerre civile entre différentes franges déjà fragiles ; ce qui ouvrirait le champ à une intervention étrangère avide sous prétexte sécuritaire, soit sujet à l’avortement du processus après quelques mois ou années suite à l’enracinement des valeurs cités en haut, une révolution brusque animée par la vengeance se limitera à couper les têtes et non des racines bien enfouit dans le tissu social qui de facto pousseront encore plus fort, sinon se contentera de remplacer l’ancien dictateur par un nouveau, il faut se mettre à l’évidence que le changement d’un ministre, d’un gouvernement, des assemblées ou même du président de la république ne changera rien à la situation dans les conditions actuelles.

Un travail socio-pédagogique est impératif pour réunir les préconditions nécessaires au changement, l’idée d’un projet de société doit renouer les liaisons sociales sur des bases saines, pour construire la société algérienne avec de vraies valeurs, il faut apprendre aux Algériens à faire des concessions, à respecter la loi, à respecter autrui, que les droits sont proportionnels aux devoirs et ainsi de suite, une plate-forme est nécessaire, son élaboration doit se faire en concertation par des spécialistes honnêtes et soucieux de l’avenir du pays, ensuite viendra une campagne de sensibilisation sur terrain renforcée par différents canaux de communication, la conscientisation se fera à travers les acteurs de la société civile, les différents partis dit d’opposition -si toute fois leur envie de changement persiste- auront de quoi s’occuper durant les périodes creuses entre les élections, qu’ils utilisent leur machine humaine pour cette cause, il faut que l’idée d’un projet de société pour le changement se propage au sein des familles via les associations, les cercles intellectuels et les réseaux sociaux, elle doit pénétrer chaque individu et le modifier pour en faire un citoyen acteur de son destin, l’individu doit comprendre et assimiler l’idée que le changement de ses gouvernants, sa société voir sa vie dépendent de son propre changement, un travail titanesque d’alphabétisation politique est à prévoir, sans tout cela, à mon humble avis le mot changement au sens que nous insinuons n’aura peut-être jamais lieu.

Mohammed Mendi
24 février 2016

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