Arrêt de croissance

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On est en 2015, la zone Euro n’a pas encore trouvé son niveau d’avant la crise de 2008, pourtant, chaque Etat essaye malgré tout de mener des politiques plus au moins raisonnables. Etranglé par la dette publique jusqu’à l’asphyxie (94%, du PIB en France, 97% en Espagne, 130% en Italie, etc.), chaque gouvernement des Etats respectifs, essaye de rééquilibrer les comptes publics là où la crise a creusé des déficits abyssaux, établir les comptes extérieurs et se battre pour retrouver la compétitivité négligée pendant les premières années de la monnaie unique. La Zone Euro, étant élément clé de la triade (UE USA Japon) dans laquelle circule une majorité de fonds, est actuellement en panne d’investissement. Plusieurs pays de l’union européenne affichent un investissement très en deçà du niveau d’avant la crise. Selon l’OCDE, en 2013, le rapport entre l’investissement total et le produit intérieur brut (PIB) est en retrait de prés de 12 points en Irlande, de 10 points en Portugal, et de plus de 9 points en Grèce par rapport à la moyenne de la période de 1996-2007.

Les Etats unis, eux aussi, ne sont pas sortis de l’auberge, malgré le gaz de schiste qui a cassé les prix du pétrole conventionnel et a au même temps freiné l’élan des entreprises qui ont investit en la matière. La compagnie Haliburton a eu un chiffre d’affaire dépassant 8 milliard de dollars pour le second trimestre 2014 contre 7,3% au premier trimestre 2014 pour un effectif de plus 80.000 personnes. Cette entreprise est présente dans plus de 80 pays avec des centaines de filiales, et représente le second fournisseur de services à l’industrie pétrolière et gazière dans le monde. Au deuxième trimestre de 2014, le taux de croissance a été de 15 % en Amérique du Nord, 12% en Moyen Orient Asie-Australie, 5% en Amérique du sud et 6 % en Europe Russie et l’Afrique.  Cette décroissance est à l’origine des licenciements ayant touché plus de 1000 emplois notamment dans ses  filiales en Russie et en Afrique.

Au-delà de la situation incertaine du secteur pétrolier, au niveau d’investissement, les Etats-Unis, même s’ils résistent mieux à l’onde de choc, sont mal lotis comme les autres pays de la Zone Euro avec une différence de plus de 3 points du PIB. En premier lieu, le chômage qui est descendu à 6,1% contre 10% en octobre 2009, une croissance économique à 3,9% en fin 2014 contre 0,2% en France et 0,7 en Allemagne. Selon l’OCDE, la progression du PIB sera tirée par la consommation des ménages qui se sont désendettés depuis 2007 ainsi que par les entreprises qui semblent prêtes à investir davantage après plusieurs années de nombreux bénéfices. Confiante, la réserve fédérale a commencé à réduire son soutien à l’économie en ralentissant ses achats de bon de trésor et des titres hypothécaires ; le déficit de l’Etat fédéral est ramené sous les 3% en fin 2014, et la politique d’austérité qui a freiné la croissance sera moins restrictive : un accord a été retrouvé afin de réduire les coupes budgétaires en 2014 et 2015. De l’autre côté, l’entrée en vigueur de l’Obamacare, la loi sur l’assurance santé, accroit les transferts sociaux. Mais, malgré tout, la reprise économique aux Etats-Unis n’est pas certaine, et l’économie américaine reste fragile ; elle crée plus d’emplois précaires que réels insuffisants pour faire revenir sur le marché du travail de nombreux américains en difficulté. Comme la montre la baisse continue du taux d’activité depuis le début de la crise, le nombre des chômeurs reste élevé, les salaires n’ont pas augmenté depuis pratiquement 2007, et plus de 40% d’emplois créés après 2009 l’ont été dans les secteurs précaires comme le fast food, la grande distribution ou les emplois saisonniers.

Reste maintenant un pôle émergent, celui de la Chine. Relativement affaiblit par une forme d’investissement basé sur les exportations à grande échelle, l’économie chinoise se calme. Le Bureau national des statistiques (BNS) chinois a annoncé que le PIB du pays avait connu, au troisième trimestre, une expansion de 7,3% sur un an. C’est une décélération par rapport aux 7,5% observés au deuxième trimestre. C’est surtout le chiffre le plus faible, observé depuis le premier trimestre de 2009, époque à laquelle la Chine avait pris de plein fouet le contrecoup de la crise financière internationale. Selon les estimations du FMI, l’économie chinoise devrait être la première au monde en 2015. Les Etats-Unis, toujours présents grâce au dollar, mais en perte de pouvoir d’achat, c’est-à-dire la Chine l’emporte désormais, surtout si on compte les écarts des prix à la consommation entre les deux pays. Elle est déjà le premier exportateur du monde, ainsi qu’un client essentiel pour de nombreux pays. Mais, après trois décennies d’expansion effrénée, sa croissance ralentie, le commerce extérieur ne suffit plus à tirer l’économie chinoise ; d’autant plus la compétitivité des produits exportés est menacée par la hausse des salaires. L’autre grand moteur de l’économie chinoise a été l’investissement, stimulé par une politique de crédit bon marché après la crise de 2008, mais la forte augmentation des capacités productives, outre les impacts idéologiques ont donné lieu à des gaspillages dans de nombreux projets inutiles, ainsi qu’a un excès d’offre dans de nombreux secteurs. Pour consolider son développement, la Chine devrait mettre l’accent sur la consommation, notamment les services, moins gourmands en ressources que l’industrie et plus créateurs d’emplois. Cela implique d’augmenter les revenus des ménages et de continuer à développer la production sociale, le pays est tenu, pour rester compétitif, à améliorer la qualité de ces productions et bien d’autres mesures à prendre en considération. Comme, nous l’avons vu, les trois locomotives de l’économie mondiale sont en arrêt, récession en Europe, plus particulièrement la Zone Euro, reprise molle aux Etats-Unis, et repli sur soi en Chine. Actuellement, le débat économique dans le monde, s’est apparemment focalisé sur l’idée de l’arrêt de croissance, chacun à contribuer à mette une pierre à l’édifice. Thomas Pketty, devenu célèbre par son fameux ouvrage, « le capitalisme au 21 éme siècle », a expliqué la crise économique par des inégalités creusées entre les différentes classes sociales que le capitalisme a créées au cours des deux siècles derniers. Mais, il y a une idée, intéressante soit-elle, pessimiste concernant la vision, mais réaliste, celle de l’économiste américain Robert Gordon. Celui-ci préconise que la capacité du capitalisme contemporain à produire de la richesse d’une manière de plus en plus efficace revient à l’innovation. Or, celle-ci, est en panne selon l’auteur. «  Le progrès rapide réalisé au cours des 250 dernières années pourrait bien représenter un épisode unique de l’histoire de l’humanité » (1). L’économiste américain voit l’histoire du capitalisme en trois étapes dans lesquelles l’innovation fut un facteur majeur. La première date de la révolution industrielle qui a commencé en 1750 à 1850. Nous avons vu à cette époque, l’émergence de la machine à vapeur et l’expansion de l’économie du textile. L’impact du premier choc de l’industrialisation se faisait encore sentir par la suite, il a aidé au développement du chemin de fer, de la télégraphie et d’autres formes de technologie. La deuxième étape commence vers la moitié de XIX siècle jusqu’à la moitié de XX, elle se caractérise par la révolution électrique, l’arrivé de l’eau courante, la téléphonie l’automobile, l’avion, le cinéma, les divertissements et tout ce qui s’en suit, les autoroutes, les supermarchés, la télévision, les assurances, mais aussi l’augmentation de l’espérance de vie et la baisse de la mortalité

Avec le développement de l’informatique et l’arrivé des premiers ordinateur dans les années 60, une troisième révolution a commencé, elle a accouché d’internet et du commerce en ligne, du téléphone portable et de la robotisation. La révolution technologique continue toujours, mais si son élan nous aide à améliorer notre quotidien, l’efficacité productive n’est pas vraiment assurée. La révolution informatique qui a largement modifié notre vie n’a pas vraiment apporté les gains substantiels de l’efficacité. Selon, R. Cordon l’histoire ne peut pas servir deux fois les mêmes plats : « on gagne énormément en productivité quant on passe de la diligence à l’avion, mais très peu quant on passe à la réservation de son billet par internet » (2). Les gains en terme d’efficacité du travail issu des deux premières révolutions industrielles ont représenté un saut pour l’humanité qui ne peut pas se produire qu’une seule fois et n’être améliorer qu’à la marge. D’autant plus que l’économiste précise que cette troisième révolution s’est fait sentir aux Etats-Unis entre 1996-2004, une période de très courte durée par rapport aux deux premières révolutions qui ont été à l’origine du gain de productivité, s’étale sur plusieurs décennies. «  On ne voit aucun effet des nouvelles technologies de l’information et de la communication à leur date d’installation (1994-2001) sur les gains de productivité. Ceci pourrait refroidir l’optimisme sur les nouvelles technologie du futur » (3). Selon ses contradicteurs Eric bynfolson, et Adrew Mc Afee, professeurs de mangement aux Etats-Unis, une révolution technologique serait bel et bien en cours, et nous commençons à peine à sentir les effets avec la révolution numérique et la technologie de l’information. Les gains d’efficacité ne constitue plus maintenant à accroitre, la force physique des salariés ou à envoyer des produits plus vite d’un bout à l’autre de la terre. L’innovation c’est ce qui permet d’utiliser davantage et mieux notre intelligence : «  les ordinateur et les autres avances digitales sont entrain de faire pour notre pouvoir mental la capacité d’utiliser notre cerveaux pour comprendre et façonner notre environnement, ce que la machine à vapeur et ses descendants ont fait pour le pouvoir des muscles » (4). Les gains de productivité sont beaucoup plu liés à l’efficacité du travail intellectuel. « Mais,  il est déjà difficile de faire accepter la nourriture génétiquement modifié alors imaginer ce que sera si l’on vous propose de vous implanter quelques choses dans le cerveau pour accroitre ces performances. » (5). Nul doute que l’innovation se poursuit dans les années à venir. Mais à la question de savoir si ces innovations sont source de gain de productivité, la réponse n’est forcement pas sûr. La nouvelle technologie, telle la robotisation, les produits de hight tech ou les produits pharmaceutiques par exemple, dépensent plus en recherche et développement plus qu’elle en gagne. Selon R. Cordon, la technique est bel et bien à un tournant, elle ralentie. Les conséquences sur l’économie américaine sont bien visibles : le rythme de croissance du revenu par habitant serait divisé par dix, d’une moyenne historique de 2 à 0,2%. De ce débat économique, notamment l’idée maitresse de R. Cordon, on retient six facteurs ralentissant la croissance.

1- La seconde moitié de XX siècle a profité de l’arrivé des femmes sur la marché du travail. Ce qui a permis l’augmentation du nombre d’heures travaillées ; cela a représenté un bon soutien à la productivité. Or, ce facteur démographique ne joue plus, car le vieillissement de la population et l’augmentation de l’espérance de vie des personnes inactives diminuent la quantité du travail de façon générale. Les pays développés sont les plus touchés, ce qui implique aux générations futures de récompenser ce déficit.

2- La capacité productive du travail est intrinsèquement liée au système éducatif, plus les compétences cognitives et les niveaux de formations sont élevés, plus la contribution de l’éducation à la croissance de la productivité est forte. Dans ce domaine, les pays développés accusent un retard. Concernant les études des mathématiques et des sciences et, selon un classement réalisé, les consultants de l’Economist Intelligence Unit, les systèmes éducatifs asiatiques sont les plus performant en terme de qualification de la population. La Finlande, le Royaume-Uni, et le Canada tirent leur épingle du jeu, mais Allemagne, (12éme), les Etats-Unis (14éme) ou la France (23éme) sont mal classées, ce qui va se refléter sur leurs gains de productivité.

3- La question des inégalités, déjà développée par Thomas Pekitty, est une difficulté davantage pour l’économie mondiale, elle est aussi une source de perte de gains de productivité. Des écarts de richesses croissants se traduisent par une paupérisation relative de plus en plus forte d’une partie importante de la population, ce qui amène à des mauvais résultats à l’école. Et ce qui crée des tentions sociales et l’instabilité.

4- Les inégalités des revenus sont en partie combattues par l’existence de systèmes fiscaux et de redistributions qui permettent d’en atténuer les effets. Les revenus de transfert ont ainsi permis de diviser par quatre l’effet récessif de la crise pour les ménages européens. Le niveau d’endettement élevé des Etats va les obliger à raboter leur degré d’intervention sociale. Les ménages les moins favorisés seront de moins en moins aidés. Une situation qui renforce les inégalités et les conséquences négatives sur la productivité.

5- La montée de la puissance émergente va accélérer le processus de délocalisation, les pertes d’emplois ainsi que une révision à la baisse des salaires dans les pays du Nord. Des forces structurelles poussent à la suffusion des technologies de l’information et de la communication, la volonté des pays émergent de s’intégrer davantage dans le marché mondial, celle des multinationales de s’implanter dans les marchés le plus solvables et des investissements financiers de meilleur rendement.

6- L’environnement aussi est un défi majeur que le monde économique doit relever, une économie verte n’est pas forcement rentable. Et même si l’évolution technologique permettra peut-être à passer à des systèmes de production plus économes en énergie, cela réclame des investissements en capital très importants.

Hammou Boudaoud
21 janvier 2015

Notes de référence :

(1) Robert Cordon, « Is US economic grouth over ? Faltrerign Inovation Confronts the six Headwinds”, NBER Working paper n°: 183, 15 Aout 2013.
(2) Idem.
(3) Robert Cordon, op.cit.,
(4) Erik Brynjolfsson and Andew Mc Afee, “ The second machine age, progress and prosperity in a time of brilliant technologies”, www, Nortan, 2014.
(5) Robert Cordon, op.cit.,

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