L’avenir de l’Euro

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«L’Europe est en danger, si la zone euro se fissure, l’Union européenne ne sera pas capable de survivre, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer», Jacek Rostowski Cela fait quelques années que la crise de la dette publique secoue un grand nombre des pays industrialisés et plus particulièrement la zone euro. Une dynamique de défiance que l’ensemble des pays européens ne sont pas parvenus à stopper malgré les initiatives prises jusqu’ici. Est-ce à dire que l’euro serait condamné à un éventuel éclatement ? Une telle issue peut difficilement être exclue. Les mesures prises réalisées tardivement en matière de solidarité européenne sont apparemment associées à la généralisation de politiques budgétaires trop restrictives, ce qui prive de crédibilité la perspective de désendettement des États faute de croissance soutenue. Des États comme la Grèce, l’Irlande, l’Espagne, récemment l’Italie et même la France peignent à se financer sur les marchés financiers à des taux raisonnables parce que leur capacité à rembourser semble incertaine aux investisseurs. Une dynamique difficilement réversible une fois enclenchée : que la crainte est justifiée ou pas, si le taux d’intérêt auquel un État peut emprunter monte trop, celui-ci devient réellement incapable de rembourser sa dette, la charge des intérêts pesant rapidement trop lourd sur son économie.

Dans le cas de la France par exemple, les intérêts de la dette publique représentent environ 54 milliards de d’euros (2,7% du PIB), selon la Commission européenne, soit l’équivalent d’un taux d’intérêt de 3,2% sur les quelques 1700 milliards d’euro de dette publique du pays. Si ce taux devrait être porté à 5% cela impliquerait un surcroit de dépense de 30 milliards d’euros, soit 1,5 point de PIB ou trois fois le budget du ministère de l’écologie et deux fois et demie celui de l’emploi. Une telle dynamique de défiance s’est ainsi enclenchée il y a environ deux ans à propos de la Grèce, pour s’entendre ensuite à l’Irlande et le Portugal. Leurs 700 milliards de dette publique ne pesaient cependant ensemble que 7,4 du PIB de la zone euro. Dans ce cas la situation restait gérable, car le reste de la zone pouvait se porter à leur secours, même si les conditions dans lesquelles l’Europe a affronté ces problèmes sont en réalité difficiles ; un climat de perte de confiance s’est généralisé. Mais, récemment, la crainte a commencé à se propager à l’Italie, dont les 1910 milliards de dette pèsent, à eux seuls, 20% de la zone euro. Si l’Europe ne parvenait pas à remédier le plus rapidement possible à cette crise, l’avenir de l’euro serait véritablement menacé. Effectivement, même en argumentant la capacité de prêt de Fonds européen de stabilité financière (FESF) mis en place vers la moitié de l’année 2010.

Des mesures avec hésitation

Pour quelle raison les mesures prises depuis la crise grecque n’ont-elles pas eu davantage les résultats escomptées ? D’abord, parce qu’elles étaient insuffisantes et ont été prise souvent trop tard et n’émanaient pas spécialement de la solidarité entre les États. L’aide apportée à la Grèce et à l’Irlande par exemple, a été sous forme de prêts à des taux si élevés qu’ils contribuaient à aggraver la crise économique de ces pays au lieu de la résorber. Les conditions que l’on peut qualifier de draconiennes, imposées à la Grèce en termes d’austérité, ont plongé le pays dans une récession si profonde qu’il ne parvenait pas à tenir ses engagements de réduction de déficits faute de recette fiscales suffisantes. Remettant par conséquent ainsi en cause la poursuite de l’aide accordée, ce qui relançait la crise que cette aide était censée résoudre. Les mesures adoptées lors du sommet européen le 21 juillet 2011 se sont avérées de nature à remédier aux défauts des dispositifs antérieurs. Le fait que la Grèce ne pourrait jamais rembourser seule sa dette a été reconnu et la restructuration partielle de celle-ci a été organisée, en mettant à contribution le secteur privé. La capacité du FESF a été relevée à 440 milliards d’euros. Mais surtout, on lui a accordé le droit d’intervenir pour soutenir un pays de la zone avant même que la crise ait pris un tour aigu : il peut désormais racheter des titres de dettes sur le marché financier pour faire baisser les taux d’intérêts exigés par les investisseurs, et briser ainsi les opérations purement spéculatives. Pourtant, non seulement ces annonces n’ont pas été suffi à ramener le calme, mais la situation a continué à se dégrader. Cela pour multiples raisons. De prime d’abord, en obligeant de facto le secteur privé à renoncer au remboursement d’une partie de la dette grecque, on a rompu avec le dogme qui voulait que les États de la zone euro feraient de toute façon le nécessaire pour rembourser intégralement leurs dettes quoi qu’il arrive. Cette promesse était la raison fondamentale pour laquelle les États pouvaient emprunter à des taux d’intérêts très bas, plus bas notamment que les entreprises, car ils étaient considérés comme les débiteurs les plus sûrs. Les États ont perdu de plus en plus leur rigueur dans le marché financier. En agissant ainsi, ils ont accru les inquiétudes concernant la dette des autres pays de la zone, même si les chefs d’État avaient tenu à préciser que la Grèce était l’unique cas pour lequel une telle solution était envisagée. L’inquiétude était d’autant plus forte que les doutes concernant la solidité du secteur bancaire européen avaient été ravivés par les résultats des stress tests rendu publics à la mi-juillet. Ceux-ci faisaient apparaître pour la première fois au grand jour l’ampleur de l’exposition des banques aux titres de la dette publique de la zone euro. Or, les mesures susceptibles de prévenir une telle contingence, et en particulier la capacité accordée au FESF d’acheter la dette des États, ne sont pas encore entrées en vigueur, car elles doivent être ratifiées par les parlements nationaux. Cette ratification est elle-même facteur d’incertitude, car comme on l’a constaté ces derniers temps avec les exigences supplémentaires du gouvernement finlandais de stopper son aide à la Grèce, la solidarité européenne commence à sonner le glas.

Du coup, ni le FESF ni la Banque centrale européenne (BCE) sont intervenus pour racheter sur le marché des titres la dette espagnole et italienne, afin de faire baisser les taux d’intérêts exigés par les investisseurs. Cette intervention a été efficace, mais elle a divisé la BCE ellemême, dont plusieurs responsables (allemands notamment) s’opposent à ce type d’opération théoriquement interdites par ses statuts. Cette intervention également suscité de sérieuses frictions politiques. La BCE a en effet conditionné son aide à l’adoption par le gouvernement italien d’un nouveau plan d’austérité de 45,5 milliards d’euro sur deux ans. Cette exigence a été jugée illégitime par de nombreux observateurs, car elle empiète sur les prérogatives des parlements. Cette affaire illustre l’inadaptation d’une des solutions souvent avancées à la crise : pour casser leur dépendance à l’égard des marchés financiers, la BCE devrait financer directement les États en difficultés en comblant leur déficit. Un tel financement ne saurait cependant être inconditionnel, sauf à risquer la pérennité de l’euro. Comme on l’a constatée à propos de l’Italie, un tel mode de financement des déficits des États donnerait donc à la BCE, une institution déjà souvent considérée comme trop puissante, un pouvoir supplémentaire sur les politiques budgétaire des États. Mais, c’est surtout l’orientation trop restrictive des politiques budgétaires des États de la zone euro qui aggrave la crise : l’austérité généralisé, loin de rassurer la capacité futur des États à rembourser leurs dettes, inquiète au contraire les investisseurs. À juste titre, lorsque leurs titres sont attaqués sur les marchés, les États réagissent de façon spontanée, en annonçant des plans d’austérité supplémentaire, comme l’on fait l’Espagne et l’Italie et même la France. Lorsque qu’un seul État est en cause, le calcul peut se révéler gagnant si, malgré l’effet récessif de l’austérité, son activité resté tirée par celle de ses partenaires. En revanche lorsque tous les États de la zone euro serrent leurs budgets au même temps, l’activité économique plonge nécessairement. Et par conséquent, la situation budgétaire de chacun se dégrade ou ne s’améliore pas autant que souhaité. Contrairement à ce que l’on croit, les marchés n’exigent pas l’austérité : ce qu’ils attendent, ce sont des raisons crédibles de penser que la dette pourra être remboursée. Certes, cela implique que la finance publiques ne dérivent pas de manière inconsidérée, mais aussi surtout que le pays crée suffisamment de richesse. Or, les politiques mises en oeuvre actuellement en Europe ont l’effet inverse.

Solutions et divergences

On a pu mésuser l’ampleur de ce décalage lors de la rencontre du 16 aout dernier entre Nicolas Sarkozy et Angéla Merkel. En effet, on venait d’annoncer que l’activité économique avait totalement stagné au deuxième trimestre 2011 en France et en Allemagne, le coeur de la zone euro, épargné jusque-là par la crise de la dette et censé tirer l’économie de toute la zone pendant que les pays périphériques assainissent la leur. Pourtant, les deux chefs d’État n’ont pas pu expliquer comment ils comptaient soutenir l’activité économique au cours des prochaines d’années. Ils se sont contenté de réaffirmer leur volonté commune d’aller encore plus loin dans l’austérité en Europe, notamment en demandant à toutes les États membres de la zone euro d’adopter rapidement des “règle d’or” interdisant les déficits. Résulta ? Les investisseurs ont logiquement déduit que l’économie allait stagner durablement en Europe, et comme parallèlement les choses n’allaient pas mieux aux États-Unis, les cours Bourse s’effondrent jour après jour. Cette impasse résulte principalement de l’attitude du gouvernement et même de l’opinion publique européen, et le comble, est que cette attitude est parfaitement compréhensible : l’Allemagne s’est imposée depuis les années 2000 une cure d’austérité d’une ampleur qu’on peigne à imaginer à l’extérieur du pays et les électeurs d’autres Rhin peuvent difficilement comprendre que l’Allemagne aide d’autres pays si ces derniers refusent de s’appliquer la purge amère qu’ils ont subie pendant dix ans. Si l’ensemble de l’Europe applique la politique d’austérité suivie en Allemagne dans les années 2000, la récession européenne durera un peu plus longtemps que prévu car nous comme nous l’avons signalisé cette démunie considérablement la recette fiscale faute de croissance soutenue. Ainsi, la survie de la zone euro deviendra de plus en plus improbable malgré le progrès accomplis en matière de solidarité budgétaire.

Hammou Boudaoud
3 octobre 2011

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