Hoggar Institute

Daech ou l'imposture du siècle ?

Tribune Libre - Guerroua Kamal

Certes, avec cette nébuleuse de Daech qui sème partout dans le monde peur, mort et psychose, les occidentaux nous ont inventé l'une des plus brillantes légendes de ce XXI siècle.

Pourquoi légende ? Parce que tout simplement cela sent plus plutôt le faux que le vrai. Un Etat sans les attributs de l'Etat qui lui sont primordiaux, intégriste et sanguinaire de surcroît, ayant déstabilisé le monde entier sans que les U.S.A et leurs alliés puissent l'abattre comme ils auraient bien fait auparavant et en temps record avec des régimes qu'ils considèrent comme «terroristes» (Irak, Libye, etc). Implanté en plein cœur du Moyen-Orient et doté d'une impressionnante armée internationale composée, pour la plupart, de milices de mercenaires venues des fans des dictateurs déchus, des déçus et des détracteurs de ces Américains envahisseurs ainsi que des milliers de jeunes égarés, discriminés et souffrant d'un "Apartheid territorial" (le mot est du Premier ministre français M. Valls) dans les banlieues européennes, le Califat de Daech aura monté un florissant commerce terroriste sur le dos des Arabes et des Musulmans. Qui plus est, s'est servi de la technologie sophistiquée (les réseaux sociaux en particulier) pour recruter à large échelle son contingent de soldats djihadistes. Autrement dit, il frappe avec les armes de ses soi-disant ennemis. Pour rappel, 70% à 80% de son arsenal militaire est de provenance américaine. L'effet boomerang n’a donc pas tardé à se faire sentir. Le plus tragicomique est que cet Etat «fantomatique» s'inspire du Califat de "l'âge d'or musulman", c'est-à-dire, de cette grande Nation du savoir et de la justice, prétendant rétablir la Charïa. Et s'autorisant à parler et à réagir au nom des Musulmans à la Realpolitik de ces chancelleries occidentales, trop préoccupées, à ce qu'il paraît, par leurs intérêts géostratégiques que par la paix mondiale! Qui croire aujourd'hui? Qui soutenir? Qui incriminer? Ceux ayant produit le monstre ou ce monstre-là qui effraie ses accoucheurs et nous tous ?

Sûrement, si Shakespeare était encore parmi nous, il nous monterait l'une des pièces de théâtre qui fera date dans l'Histoire. Depuis la guerre d'Afghanistan (1979-1989), les Américains ont appris à jouer aux apprentis sorciers. Les Islamistes ont souvent été leur Poker gagnant. Ils les ont fabriqués, logés, nourris et blanchis, puis, lancés en meutes aboyantes contre les Russes, leurs ennemis de toujours. Pour, enfin, les discréditer en septembre 2001 et les récupérer peu après pour leur propagande de "Guerre contre le Terrorisme", comprendre bien sûr, "Guerre pour le Pétrole".

Le Pentagone n'a jamais été dupe et, enlisés dans la crise du capitalisme, les Européens l'ont aveuglément suivi dans sa démarche impérialiste. Hier, l'Oncle Sam a tiré de gros dividendes de la défaite russe, aujourd'hui, il recycle celle des régimes arabes et des multiples forfaitures de leurs leaders, en livrant "indirectement" de l'armement à Daech. Enfin,y a-t-il une logique en politique quand tout sent l'oseille ? Absolument aucune! Sauf une longue saga de guerres «dites» humanitaires, de chocs de civilisations, de crises de migrants, etc. Certes, si le but des Américains étant de dresser les uns (les Arabes) contre les autres (les Islamistes), les manipuler, puis, puiser dans leur faiblesse les moyens pour imposer leur totale suprématie, il n'en reste pas moins que l'impact de ce choc, si fort soit-il, n'est pas concentré uniquement cette fois-ci dans la zone musulmane mais touche les capitales occidentales. Voilà le problème !

Kamal Guerroua
21 avril 2016