Hoggar Institute

Faut-il juger Bush?

Tribune Libre - Guerroua Kamal

Les droits de l'homme, la légalité internationale, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes dites-vous! Que des mots creux dont on n'a aucune peine à imaginer qu'ils feraient se tordre de rire tous ces arabes qui ont cru, jadis, en un semblant de justice et en sont, aujourd'hui, revenus de tout.  Les faucons de la maison blanche aux ventres voraces et aux canines bien pointues ont jeté par leur obsession paranoïaque des théories de guerre et des "espaces vitaux" toute une région dans un chaos qui n'a rien à envier à ce qui s'est passé avant, militarisme oblige, dans l'Afrique subsaharienne.

En 2011, l'avocat américain Reed Brody, réputé mondialement être le "tombeur des dictateurs" a publié un livre au titre provocateur "faut-il juger Bush?" dans lequel il a recensé toutes les tortures ayant eu lieu illégalement  dans les prisons américaines d'Abu Ghraib (Irak) et de Guantanamou (Cuba). Il a invité à l'occasion tous les tribunaux du monde entier à lancer des procédures pénales contre l'ex-président Bush junior, responsable à ses yeux, non seulement de la transgression de la fameuse légalité internationale mais aussi et surtout des droits de la personne humaine. Sachant bien que, à l'en croire, c'est le régime spécifique généralisé appelé "Patriot Act" mis en oeuvre au lendemain des attentats de World Trade Center de 2001, suivi juste après par l'invasion de l'Afghanistan des Talibans, accusés d'avoir hébergé un Ben Laden, tout juste expulsé du Soudan qui a été à l'origine de son courroux. En effet, tous les arbitraires commis ont été passés sous silence grâce à cette loi scélérate.  En plus, les statuts de la cour pénale internationale (C.P.I), le premier tribunal permanent depuis le procès de Nuremburg (1945)  qui sont validés en 1998 par la majorité des pays du monde n'ont pas été ratifiés par les U.S.A! Il se trouve, en conséquence, que ceux qui veulent édicter les règles qui gèrent la communauté planétaire sont les premiers à les avoir transgressées!

Que dire alors  des 1500 américains et des 100 000 irakiens qui pourrissent dans leurs tombes, rien que pour assouvir les mensonges politiques de Bush et son mentor Tony Blair, l'ex-Premier ministre britannique? Ils  sont, sans doute, les grands oubliés, sinon, les misérables "losers" de cette machine impitoyable de la guerre, menée tambour battant sous le fallacieux alibi de la possession d'armes de destruction massive par le dictateur déchu de Baghdad et appuyée, bien sûr, par le leitmotiv combien dérisoire et mesquin des "croisades". Un lapsus de langage que le locataire du bureau oval aura ajouté à l'arsenal rhétorique des vautours néoconservateurs qui, rappelons-le bien, glosaient à l'envi sur un concept en vogue les "Rogue States", ces pays voyous qui forment "l'axe du mal". Un axe pris longtemps comme prétexte à la politique interventionniste aussi bien par les démocrates que par les républicains. En revanche, tous les arabes gardent en mémoire le discours courageux d'un certain Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères sous Chirac à l'O.N.U. Une bouchée d'air frais dans un climat belliciste, porté à son paroxysme par les partisans de la guerre d'usure, totale, dévastatrice et inhumaine contre un peuple réduit pendant une décennie à la famine et à la misère. En ce contexte, il convient d'avouer que la France, fidèle à sa célèbre "politique arabe" instaurée par le général De Gaulle et remontant à l'époque du Napoléon III et son fameux "Royaume Arabe" a renoué avec sa tradition "humaniste"  après la glissade du  virage mitterandien et sa fervente participation à l'invasion de l'Irak au début des années 1990. Certes, les circonstances n'étaient pas les mêmes mais il n'en demeure pas moins que "le machin" du Général  (qualificatif que celui-ci aurait adressé à l'O.N.U) a subitement refait  surface pour mettre en évidence l'obsolescence des institutions internationales et leur inaptitude à faire régner la paix souhaitée dans le monde. Quoique, on le sait très bien, Saddam faisait de l'annexion du Koweit un cheval de bataille pour fédérer sous sa houlette, soit-disant, l'ancien Bilad el-Cham, encouragé en coulisses par ces français mêmes et les yankees! Les lois de la politique sont comme les cartes de poker, elles n'ont pour principe que la ruse du Machiavel! Malheureusement.

Aujourd'hui l'état des lieux est très lamentable. Pour preuve, aucun pays au Moyen-Orient n'est en capacité d'affronter l'hydre de Daesh! Ce qui est très grave à long terme. La question n'est pas seulement d'ordre militaire mais d'enracinement idéologique de l'islamisme politique. Personne n'est dupe pour ignorer que les principes de cette entreprise terroriste à l'écho mondial se répandent comme un feu dans la brousse. Et, comble d'ironie, il n'est pas rare (c'est la plupart des cas d'ailleurs) que ces Etats fragiles et déstabilisés que sont les pays arabes agissent en connivence avec les américains (responsables à part entière de ce chaos chronique) pour s'en dépêtrer, curieux! On dirait un appel de la victime à son bourreau dans un travestissement ridicule de la réalité des faits. Et puis maintenant, en l'absence de la première victime (les arabes en l'occurence),  les uns (les occidentaux) et les autres (la Turquie, l'Iran) se font concurrence tels des pompiers pyromanes plein de sollicitude  pour apporter secours, sous divers prétextes, à des populations en danger, menacées par Daesh! Chacun tente en effet de donner son empreinte à cette bataille anti-islamiste. Les iraniens, un marché prometteur de 77 millions d'habitants, assis sur de solides réserves pétrolières encadrent et équipent des milices qui partent à la conquête du bastion sunnite de Tikrit (Irak), les américains, quant à eux, tentent de former l'armée irakienne pour qu'elle se lance à l'assaut des djihadistes de Daesh, autrement ils seront obligés à se redéployer eux-mêmes sur le sol tandis que la Turquie, fait de la question du Kurdistan, une monnaie d'échange de son degré d'engagement dans cette affaire.

Si les Kurdes parviennent à jeter les fondations de leur Etat (ce qui est, somme toute, fort possible dans l'agenda américain d'aujourd'hui  d'autant que les signes précurseurs en faveur de la reconnaissance de l'Etat palestinien se font sentir ), les turcs seront poussés dans leurs derniers retranchements et cesseront de coopérer. Les occidentaux le savent pertinemment : Erdogan est un allié sérieux mais imprévisible et les iraniens cachés derrière une rivalité arabo-persane qui date de l'époque anteislamique, réinvestissent le terrain à leur façon, tirant profit de la confiance qu'ils ont regagnée auprès des américains après la signature des accords sur le nucléaire et, par ricochet, de la relégation de l'Egypte d'Al-Sissi aux seconds rôles dans le processus de reconfiguration de la carte du "Grand Moyen Orient" (une question de leadership). Grâce à la crise du Monde Arabe, l'Iran a consolidé ses positions stratégiques et en a bien acquis d'autres : Liban, Syrie, etc. Idem la capitale Sanâa prise par les milices Houthis (clientes) est , elle aussi,  plus ou moins sous leur contrôle même si elle fait allégeance, à l'heure qu'il est, aux milices de  l'E.I. L'Arabie Saoudite, soutenue du bout des lèvres par Obama, ne fait pratiquement  que bombarder les positions des Houthis poussée par une verve confessionnelle. A vrai dire, la zone arabe est un noeud à problèmes: problème de l'eau, du pétrole, du confessionalisme religieux, de mauvaise gouvernance,etc. Si les plans américains de ces dernières années, ceux de Bush Junior en particulier, ont pu diviser, démanteler les réseaux étatiques et détruire "le nationalisme arabe" des années 1960-1970, en le substituant par une vague islamiste (souvenons-nous du soutien indéféctible d'Obama à Morsi), il n'en reste pas moins que la méthode utilisée relève beaucoup plus d'une piraterie, dénuée de vrais calculs politiques, ce que j'appelle personnellement "Realpolitika boiteuse" que d'autre chose. Demeure enfin la problématique de l'énergie pétrolière, une arme à double tranchant dont l'administration américaine fait usage afin d'avoir son dernier mot à dire dans cette histoire de Daesh.

Kamal Guerroua
19 août 2015