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Algérie : la faillite de la classe politique

Tribune Libre - Ait Benali Boubekeur

Ça y est ! Le chef de l’État a trouvé la solution à la crise politique. Le génie de la politique, un talent qui manque surement aux grandes démocraties du monde, vient de procéder à un remaniement partiel du gouvernement. Un projet colossal, diront certains courtisans, si l’on tient compte de sa santé chancelante. Et s’il parvient à tenir sa promesse de réviser la constitution, ses proches considéreront que la mission du chef de l’État est accomplie avec brio, et ce, bien que le pays navigue à vue.

Toutefois, après cette parenthèse de dérision, il est évident que la politique poursuivie risque uniment de mener le pays droit dans le mur. Et pour cause ! Nous avons affaire à un « pouvoir têtu, ignorant ou qui fait semblant d’ignorer les dangers. Un pouvoir occupé uniquement à préserver ses intérêts et à mettre des lignes rouges au risque de conduire le pays à tomber dans le marécage du chaos créatif, conçu par l’impérialisme », déclare Mohamed Nebou, lors de la célébration du 70eme anniversaire des événements de mai 1945.

Bien que ce message s’inscrive dans le cadre de la commémoration, un moment qui devrait ressouder tous les Algériens, il n’en reste pas moins que la gestion catastrophique du pays interpelle constamment les opposants. Le dernier remaniement est la preuve, si besoin se fait sentir, de cette gestion hasardeuse. Hélas, face à ce régime aveugle, les solutions préconisées par la pseudo-opposition, regroupée au sein de la CNTLD,  ne peuvent constituer une voie idoine pour sortir le pays de la crise. En la réduisant à l’échelle des personnes, ces nouveaux opposants –de fraiche date pour certains –se placent dans une perspective de conquête de pouvoir. Leur principale revendication d’une présidentielle anticipée étaie cette thèse.

Cela étant dit, la démarche du FFS n’est pas pour autant irréprochable. En fait, si dans la première phase de consultation, il fallait insister sur le bien-fondé du consensus national en vue de convaincre toute la classe politique, il n’en est pas de même après le refus de plusieurs partis de prendre part à cette rencontre. Car, en politique, l’erreur à ne pas faire, c’est de considérer qu’on a raison contre tout le monde. En effet, bien que les intentions de la direction du FFS soient louables, la conférence nationale de consensus –que je soutiens personnellement sans réserve –n’est qu’une voie parmi tant d’autres. À ce titre, elle n’est juste que pour ceux qui la portent.

Pour conclure, il va de soi que le régime algérien est le seul responsable de la crise. Cela dit, bien que le changement soit inéluctable, celui-ci ne doit se produire que par des moyens pacifiques. Et puisqu’il existe plusieurs propositions, y compris celle du régime consistant à perpétuer le statu quo mortifère, la solution résiderait dans la mobilisation des citoyens autour d’un projet de société. Ainsi, l’Algérie gagnera sur deux fronts : le changement pacifique et la sauvegarde des principes démocratiques.

Boubekeur Ait Benali
22 mai 2015