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En 2014 ou après, le changement s’impose en Algérie

Tribune Libre - Ait Benali Boubekeur

Ce début de l’année 2014 va surement être consacré au faux débat sur le bilan présidentiel. Deux visions vont alors s’affronter. La première va soutenir l’idée selon laquelle des réalisations ont été faites –ce qui n’est pas faux –et la seconde va pointer, sans fard ni acrimonie, la carence, la mainmise sur l’Algérie et la tyrannie du régime algérien. Pour annoncer d’emblée la couleur, j’appartiens à cette seconde catégorie. On ne va pas tout de même louer l’action de ceux qui violent le droit du peuple algérien à vivre en toute liberté. 

Par ailleurs, pour qu’un bilan soit positif, il ne faudrait pas que toute l’économie dépende d’une seule ressource, les hydrocarbures. Bien qu’elle soit un atout indéniable, il n’en reste pas moins que cette ressource ne durera pas l’éternité. « Que se passera-t-il lorsque la rente diminuera, ou s’éteindra quasiment au rythme de la baisse prévisible des devises issues des hydrocarbures », s’interroge l’expert international, Abderrahmane Mabtoul, le 26 décembre 2013. Comme dans la seconde moitié des années 80, les Algériens de condition modeste payeront les pots cassés.

 Entre temps, en exerçant une emprise totale sur la rente, celle-ci ne profite qu’une catégorie d’Algériens. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le clan dirigeant le pays ne se rassasie pas. Récemment, une députée du néo FLN [l’esprit de cette dame est à des années-lumière de celui des fondateurs de ce grand parti], dont l’estomac est très grand que son cerveau, réclame une augmentation de son salaire. 30 millions par mois ne suffisent pas, d’après elle. N’est-ce pas là une insulte à la mémoire de Mostafa Ben Boulaid qui a mobilisé toute sa fortune pour la libération du pays.

Toutefois, après avoir satisfait une clientèle vorace, le régime consacre une grande partie de la rente pétrolière à la politique sécuritaire. Obsédé par la pérennisation du système, il débourse des sommes faramineuses pour contrecarrer toute idée de changement. En s’appuyant exclusivement sur les services de sécurité, le pouvoir algérien –la loi de finances qui vient d’être votée en est la preuve –leur consacre la part de lion. Dans un pays où la violence est érigée en règle, il est normal, pourrait-on dire, que ceux qui accomplissent la sale besogne soient récompensés.

Est-ce une nouveauté ? Depuis l’indépendance du pays, le régime algérien fonctionne de cette façon. Du coup, sur le budget de l’État, presque 20 milliards de dollars sont alloués aux ministères de la Défense et de l’Intérieur, soit 36% du total. Pour donner un ordre de grandeur, cela représente « le budget de la moitié des États du continent africain », lit-on sur El Watan au lendemain du vote de la loi de finances.

D’une façon générale, bien que cette loi ne soit pas si éloignée des lois de finances entérinées par le passé, à l’approche de l’élection présidentielle, cela preuve que le régime n’a nullement l’intention de restituer les rênes du pouvoir au peuple algérien. Ainsi, en empêchant le peuple algérien d’avoir un regard sur ses affaires, cela compromet sérieusement l’avenir démocratique du pays. D’ailleurs, dans les pays où le pouvoir émane de la volonté populaire, peut-on voir à sa tête un président grabataire ?

Bien que notre culture nous interdise de critiquer les infirmes, le maintien d’Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’État est une insulte à l’intelligence humaine. Et quand ses soutiens le comparent au président Roosevelt, on a juste envie de le dire ceci : malheureusement, il n’y a aucune comparaison possible entre les politiques américains et algériens. En effet, si ceux-là œuvrent pour la pérennité de l’Amérique, les nôtres œuvrent pour la pérennité de leur clan à la tête de l’État. Et si jamais les Algériens ont à nouveau une chance de voter librement, ils vous infligeront une défaite comme  celle de décembre 1991.

Toutefois, en évoquant ce vote sanction, force est de reconnaitre que ce choix n’était pas la panacée. Comme l’ont prouvé les événements de la décennie rouge, cette option ne fut pas sans frais. En voulant se donner des représentants aussi violents que les gouvernants, le pays a été plongé dans crise abyssale. Résultat de la bêtise humaine : 200000 de nos compatriotes ont laissé leur vie.  Mais, jusqu’à quand cette malédiction va-t-elle poursuivre l’Algérie. Hélas, en l’état actuel des choses, une prise de conscience collective n’est pas d’actualité.

 Autrement dit, qui va porter ce projet de changement ?  La société amorphe ? Elle n’est pas prête. L’opposition qui croit que la démocratie doit être protégée par les kalachnikovs? Surement pas. Quant au FFS, depuis le retrait de son président charismatique, Hocine Ait Ahmed, de la vie politique, le parti se cherche. Les atermoiements de la nouvelle direction à trancher la question de la présidentielle en sont la preuve. En plus, et ça c’est l’avis du sympathisant du FFS, la nouvelle direction commet une erreur monumentale en n’organisant pas les débats au niveau de la base. Du temps d’Ait Ahmed, bien qu’il jouisse d’une confiance au sein du parti et même dans la société en général, il a toujours associé les militants et les sympathisants à la réflexion. En disant cela, on est tout de suite classé comme adversaire du parti. Mais, si ça permet de faire bouger les choses, il ne faudra pas hésiter à se faire des antagonistes.  

En tout cas, vu la gravité de la situation, le changement ne peut pas reposer sur une partie de la société. Si les Algériens ne veulent pas que leur pays s’effondre, ils devront retrousser les manches. Sans perdre de temps, ils devront œuvrer pour que la dictature disparaisse, comme le système colonial a disparu du paysage politique algérien. Pour cela, il ne faudrait s’en remettre à une quelconque force abstraite. Bien qu’il soit quasiment impossible de créer une dynamique d’ici avril 2014, le chantier politique doit commencer aussitôt. Le but est bien sûr de créer une alternative pacifique à ce régime. Encore une fois, le tout est de s’éloigner des idées extrémistes.

Pour conclure, il va de soi que le régime ne lâchera pas du lest. En mobilisant tous ses moyens, légaux (voter des lois en faveur de la pérennité su système) et illégaux (l’action des services secrets sur les organisations autonomes), le régime va remporter sans peine la prochaine présidentielle. Mais si les Algériens veulent que cette situation change, il faudra qu’ils s’organisent sans perdre de temps. En France, la campagne pour la présidentielle de 2017 a commencé au lendemain de la victoire de François Hollande. Comme quoi, quand on aime son pays, on n’attend pas la dernière minute.    

Boubekeur Ait Benali
5 janvier 2014