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Quelle perspective pour l’Algérie de 2014 ?

Tribune Libre - Ait Benali Boubekeur

L’année 2013 est indubitablement celle qui a marqué de son empreinte l’Algérie. De quelle manière ? Sans doute de façon négative. Enchaînement des affaires de corruption, l’instabilité politique et le recours systématique à la violence, comme le montrent les événements de Ghardaïa, sont autant d’événements qui compromettent l’avenir du pays. À cette situation alambiquée, il s’ajoute une attitude méprisante des dirigeants envers le peuple algérien. Ainsi, malgré une situation frôlant le pourrissement, ni ceux-ci ni ceux-là ne semblent s’inquiéter. Plus grave encore, le peuple algérien assiste impuissant à la déliquescence programmée de son pays. Et nous pouvons dire qu’en l’état actuel des choses, il est improbable que le changement vienne de lui. En effet, bien que la contestation sociale monte partout, force est de reconnaître que ces mouvements  sont sporadiques et désordonnés. Du coup, il suffit que les dirigeants les exploitent, en nourrissant notamment ces tensions, pour qu’ils soient discrédités.

Cependant, en Algérie, force est d’admettre que cette situation perdure depuis belle lurette. En chaque période, les dirigeants développent leur génie à contrôler le peuple qu’à gérer convenablement le pays. Toutefois, bien que les racines de la crise remontent à plusieurs décennies, il suffit de s’intéresser à l’année 2013 pour se rendre compte du mal qui range le pays. Depuis le début de l’année 2013, les affaires s’enchainent. Et si la désaffection du peuple algérien pour ses affaires n’était pas consommée, il aurait trouvé mille raisons pour réagir. Car, il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’une affaire de corruption ne soit divulguée. Dans l’affaire Chekib Khalil, summum de la trahison d’État, on parle de 800 millions d’euros détournés. Sur le plan sécuritaire, bien que la moindre remise en cause du régime soit réprimée dans le sang, les frontières du pays –et c’est le moins que l’on puisse dire –sont poreuses. « Vous vous souvenez de Tiguentourine ? Vous vous souvenez qu’un commando d’une quarantaine d’hommes armés avait parcouru sans encombre plus d’un millier de kilomètres à travers le Sahara malgré les check-points de l’armée, malgré les images satellites fournies par les Américains et malgré les Drones qui couvrent le territoire », s’interroge Hocine Malti, dans une contribution intitulée « Sonatrach : 50 ans après. »

Pour le moment, ces questions ne constituent nullement une source de préoccupation pour ceux qui nous gouvernent. Ce qui les intéresse en revanche, ce sont les profits qu’ils tirent dans l’exercice de leur fonction. Après avoir phagocyté les organisations pouvant s’opposer à eux, ils sont désormais les seuls maîtres du pays. Pour étayer cette thèse, il suffit de revisiter les discours présidentiels. Depuis son élection, le chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika, ne s’est jamais adressé au peuple comme un élu ayant bénéficié d’un mandat du peuple. Du coup, pour régler le moindre conflit au sommet de l’État –dans les pays qui se respectent, c’est au peuple que revient le dernier mot –, les clans se livrent des batailles en vue de s’acquérir les meilleures positions au sein du sérail.

Encore une fois, il faut préciser que ces luttes ne profitent nullement au peuple algérien. D’ailleurs, si le peuple algérien décide de s’organiser, tous les clans du régime se réuniront aussitôt pour mater les mi-sujets mi-citoyens. Mais en usant du chantage permanent envers le peuple algérien, il n’est pas rare de voir le régime algérien subir le chantage des grandes puissances occidentales. Sur les suites de l’attaque de la base gazière de Tiguentourine, Hocine Malti démontre que les différents changements, qui sont intervenus récemment à la tête de l’État, sont le résultat des pressions étrangères. « La conclusion la plus évidente à laquelle sont parvenus Américains et Britanniques est que si une telle opération [Tiguentourine] avait pu avoir lieu et avait causé autant de pertes en vies humaines et autant de dégâts matériels, c’est parce qu’elle a bénéficié de complicités au sein du personnel en place sur le champ –peut-être même au sein des services de sécurité –, mais aussi en raison de l’incompétence de certains chefs militaires. Ils ont alors exigé des Algériens que des sanctions exemplaires soient prises à l’encontre de certains responsables militaires et une amélioration de l’interconnexion entre certaines structures de l’ANP », note Hocine Malti dans la même contribution.

En tout cas, cela confirme l’adage selon lequel « il y a toujours plus fort que soi. » Cela dit, peut-on se réjouir de ça ? Aucun Algérien –bien évidemment, il s’agit de ceux qui pensent à l’Algérie avant les privilèges –ne peut accepter que la souveraineté nationale soit ainsi bradée. D’après Hocine Malti, ce ne sont pas les « cris d’orfraie » de la société nationale des hydrocarbures qui changeront quoi que ce soit au chantage anglo-américain. Et ce ne sont pas non plus les supporters zélés d’un quatrième mandat qui défendront l’honneur de l’Algérie. Car, pour eux, la préoccupation est ailleurs. Contre vents et marées, ils soutiennent que l’homme idoine pour l’Algérie malade est l’homme malade. « Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir », dit le proverbe. De toute façon, si une telle éventualité se concrétise, le pays aura du mal à se relever. « Le pays passerait des années à attendre, à douter, à fonctionner sans chef d’orchestre, ni boussole », écrit Abed Charef.

Hélas, malgré la profusion des risques guettant le pays, les Algériens dorment sur leurs deux oreilles. Ou plutôt ils acceptent volontiers leur soumission. Ainsi, l’Algérie, qui a enfanté des Ben Mhidi, Zeghout, Ait Ahmed, Abane, Boudiaf, accepte désormais de courber l’échine. Par conséquent, à quatre mois de la présidentielle d’avril, tous les indicateurs montrent que le régime va garder sa mainmise sur l’Algérie. Qu’il y ait un quatrième mandat ou pas, le régime placera –et il n’y a aucun doute là-dessus –son candidat à El Mouradia. « Que Bouteflika ait une brouille avec le général Toufik ne serait en fait qu’un fantasme médiatique. Il n’y a ni gagnant ni perdant, c’est le pouvoir de 1962 qui continue de régner en Algérie », soutient l’économiste pétrolier, Rabah Reghis.

Pour conclure, il va de soi que l’année qui s’achève englobe à elle seule toutes les contradictions du régime. Malheureusement, en dépit de la multiplication des affaires –si le peuple avait son mot à dire, chaque affaire affaiblirait le régime –, le système va être reconduit. Grâce à sa clientèle [un représentant du régime parle de 5 millions d’Algériens qui voteraient en faveur de Bouteflika en 2014], estimée dans toutes les dictatures à environ 20% de l’électorat, l’Algérie devra encore attendre. Mais, est-ce que les risques d’une décadence vont patienter pendant ce temps-là ? Ce n’est pas sur. Et si ce jour arrive, les Algériens n’auront qu’à plaindre eux-mêmes.

Boubekeur Ait Benali
31 décembre 2013

 

Commentaires  

 
0 #1 RE: Quelle perspective pour l’Algérie de 2014 ?Didon 31-12-2013 21:35
Je pense que pour l'heure ,porter la junte devant les tribunaux français pour toutes ces affaires de corruption est la meilleure solution.Encore faudrait-il trouver les gens qui se dévouent à ce combat.Cela pourrait avoir l'effet d'un coup de fouet psychologique pour le peuple algérien
En France,nous n'avons pas de généraux assoiffés de sang,mais malgré tout les musulmans ne se lèvent meme pas le dimanche pour aller voter pour des candidats hors systèmes.Ils ont tous les droits et n'en usent d'aucun.Certains prétendent que l'islamophobie les forcera à s'organiser ,mais j'en doute quelque peu.
Je ne parle pas des pseudo printemps arabes ou les gens se sont contentés de défiler dans le désordre et la désorganisation sans aucun objectif précis,ce qui a eu pour effet de revoir certaines dictatures comme en Egypte reprendre du poil de la bete.Quand il s'agit de réfléchir à longue échéance ,de s'organiser en structure efficace avec des objectifs précis ,là il n'y a plus personne.
C'est malheureux à dire,mais à l'heure d'aujourd'hui ,les arabes sont les peuples les plus passifs au monde.Est-ce l'incommensurabilité de la tache qui les effraient.Cela joue certainement.Les dictatures arabes et plus particulièrement la dictature algérienne est une des plus féroces et cruelles au monde.Cela joue comme facteur psychologique dans l'attitude du peuple.
Pour qu'un peuple se lève ,il faut qu'il y croit.Une certaine conscience politique et par là un travail de fond est plus qu'évident.
Pour l'heure,que ce soit en Algérie ou en france,les arabes préfèrent se lamenter sur leur sort plutot que de prendre leur responsabilité.
Les musulmans n'agissent plus car ils n'y croient plus.On décèle meme une certaine haine de soi,à propos de ce que certains disent sur les arabes qui se seraient entendus pour ne pas s'entendre.Ce qui est faux.Sinon comment aurait-il pu faire une civilisation glorieuse de plus d'un millénaire.Je pense que le dégat collatéral le plus destructeur de la colonisation est ce dégout de soi-meme que les arabes ont d'eux-meme,ce qui fait qu'il n'y croit plus et reste passif devant l'adversité.C'est une sorte de dépression collective à l'echelle d'une oumma.C'est pour cela que traduire la junte pour corruption devant les tribunaux est un parfait médicament pour le moral des algérien.Ce n'est pas la panacée ,mais un bon début dans le processus de la guérison
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