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Le rôle capital des étudiants pendant la guerre d’Algérie

Tribune Libre - Ait Benali Boubekeur

La grève des étudiants, le 19 mai 1956, symbolise l’engagement général des étudiants en faveur de la lutte armée. Bien qu’il soit difficile de parler de l’unanimité –il ne faut pas oublier que l’accès à l’école pendant la période coloniale fut réservé en partie à la clientèle du système –, pour les plus déterminés, leur engagement et leur prise de conscience remontent à des lustres. En fait, pour les pionniers, le militantisme date des années 1920 et 1930. Cela dit, leur répartition n’est pas homogène. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que chaque courant politique (PCA, UDMA, Oulémas, PPA-MTLD) a ses propres adhérents.

D’une façon générale, le déclenchement de la guerre d’Algérie, le 1er novembre 1954, prend tout le monde de vitesse. Comme pour les autres formations, les étudiants ne sont pas tous sur la même longueur d’onde. En revanche, pour les étudiants activistes, l’événement est accueilli avec enthousiasme. À l’instar de Rachid Ouamara, plusieurs d’entre eux mettent en sourdine leurs études pour renforcer les rangs du FLN et de son bras armé, l’ALN. Peu à peu, malgré les difficultés tous azimuts, les deux organisations parviennent à gagner de plus en plus en prestige. Ainsi, dès 1955, les partis modérés se rallient au combat indépendantiste. Dans ce domaine, force est d’admettre que le travail entrepris par Abane et ses camarades apporte des résultats inespérés.

En tout cas, avant les travailleurs, les commerçants voire les politiques, les étudiants sont les premiers à réaliser le rassemblement de toutes les tendances. Le 8 juillet 1955, ils donnent ainsi naissance à l’UGEMA (union générale des étudiants musulmans algériens). Et la présidence échoit à l’étudiant Ahmed Taleb Ibrahimi de l’association des Oulémas. Très vite, cette organisation se distingue par son engagement sur le terrain. En effet, dès janvier 1956, l’UGEMA lance des actions contestataires. « Le 20 janvier 1956, elle [UGEMA] ouvre une quinzaine de solidarité avec les étudiants emprisonnés et contre la répression en Algérie par une journée de grève des cours et de la faim », note à juste titre l’historien Guy Pervillé.

À Paris, bien que l’épée de Damoclès soit suspendue au dessus de leurs têtes, les dirigeants de l’UGEMA résistent autant que faire se peut aux intimidations. Du coup, malgré la pression de l’UNEF (union nationale des étudiants français) assimilant le combat libérateur du peuple algérien à du terrorisme, les militants de l’UGEMA ne se départent pas. Si de telles revendications sont considérées comme telles, alors nous sommes tous des rebelles, réplique le Président de l’UGEMA lors de la réunion anticolonialiste à la mutualité de Paris, le 21 février 1956.

Toutefois, lors du deuxième congrès de l’UGEMA, qui s’est tenu du 24 au 30 mars 1956, les étudiants inscrivent leur combat dans le cadre de la libération nationale. Parmi les principales décisions entérinées ce jour-là, il y a immanquablement celle inhérente au combat indépendantiste. De toute façon, après deux ans de guerre, il n’est plus question d’abandonner le combat en si bon chemin. De son côté, le pouvoir colonial ne fait plus de distinction entre les différentes catégories d’Algériens. D’ailleurs, bien avant la grève, les étudiants ont payé un lourd tribut.

En effet, dans l’appel du 19 mai 1956, les rédacteurs mentionnent une longue liste des étudiants ayant perdu leur vie. De Zeddour Belkacem à Ferhat Hadjadj, la section d’Alger de l’UGEMA énumère ces crimes odieux. Dans ce cas, à quoi serviraient les études si la mort les guettait à tout moment, se demandent-ils. « Effectivement, avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres », étaient-ils le sens de leur engagement. En outre, en dépit des sacrifices consentis jusque-là, les étudiants estiment que leur place est parmi les combattants. « La fausse quiétude dans laquelle nous sommes installés ne satisfait plus nos consciences… Notre devoir nous appelle à la souffrance quotidienne aux côtés de ceux qui luttent et meurent libres face à l’ennemi », poursuivent-ils. Par ailleurs, une semaine plus tard, le syndicat estudiantin, dont le siège se trouve à Paris, exhorte les étudiants algériens, où ils se trouvent, à suivre le mouvement de grève. Dans la foulée, les étudiants inscrits en France, au Maroc et en Tunisie décident, à leur tour, de boycotter les facs.    

Désormais, il ne reste aux étudiants qu’à mettre en œuvre leur plan d’action. En Algérie, ces derniers rejoignent en masse les maquis. Souffrant d’un problème d’encadrement, le FLN se voit alors renforcer par ces universitaires. Quant à ceux qui sont restés à l’extérieur, leur mission consiste à faire connaitre la cause algérienne. Ainsi, jusqu’à l’indépendance, l’UGEMA joue un rôle capital. En fait, conformément à ses orientations, son but consiste à « informer, expliquer la tragique réalité algérienne, démystifier le monde étudiant qui distingue mal la France culturelle et la France colonialiste, gagner les sympathies à notre juste cause, obtenir l’engagement concret de la communauté étudiante mondiale dans la lutte que nous menons. »

Tout compte fait, malgré la complexité de la situation, les étudiants réussissent à atteindre leurs objectifs. Bien qu’ils décident de mettre fin à la grève en octobre 1957, la pression est maintenu à Alger. Désormais, l’heure est à la préparation de l’Algérie de demain. « Confiant dans l’issue finale du combat libérateur et conscient des lourdes charges qu’il aura à assumer pour édifier un État nouveau et assurer un fonctionnement harmonieux, l’étudiant doit se préparer à faire face à ses nouvelles responsabilités », déclare le président de l’UGEMA à l’issu de la conférence de presse du 14 octobre 1957.   

En guise de conclusion, il va de soi que la réussite de la révolution dépend de la participation de tous les Algériens. Bien que certains dirigeants se croient uniques détenteurs de la révolution, force est de reconnaitre que sans le renfort des organisations, dont celle des étudiants, la solution au conflit algérien aurait été plus alambiquée. Dans ce sens, on peut dire que les étudiants ont accompli convenablement leur mission.   

Ait Benali Boubekeur
24 mai 2013