Hoggar Institute

Pour que 2014 soit l’année de changement en Algérie

Tribune Libre - Ait Benali Boubekeur

Dans l’état où se trouve le pays, la sortie de crise passe indubitablement par la constitution d’un pôle démocratique puissant. Sa mission consiste à rassembler toutes les forces saines du pays en vue de succéder au pouvoir qui s’est installé, rappelons-nous, par la force en 1962. En fait, bien que la rente pétrolière comble les carences de ce régime, il est temps pour les Algériens, après un laisser-aller de plusieurs décennies, de penser à l’avenir de leurs enfants. « Et pourtant l’Algérie, au moment d’importants bouleversements stratégiques qui se dessinent entre 2013/2020, a besoin d’un profond changement si elle veut préparer l’après hydrocarbures et éviter sa marginalisation au niveau des relations politiques et économiques internationales », écrit l’expert Aberrahmane Mebtoul.

De toute évidence, cette situation scabreuse ne peut être évitée que grâce à un sursaut national émanant de l’Algérie profonde. Car, il est inutile d’espérer, comme l’écrit Brahim Tazaghrat dans une contribution à El Watan, que le salut vienne du régime. Bien que ce dernier veuille se maintenir vaille que vaille lors du prochain scrutin, les Algériens doivent lui infliger une sanction électorale sans précédent. Pour convaincre les sceptiques, il suffit juste de dresser, sans complaisance ni esprit revanchard, le bilan calamiteux des cinquante dernières années. En effet, en éloignant le peuple de la gestion du pays, les différents successeurs à la tête de l’État ont pour préoccupation principale la pérennisation du système. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette politique désastreuse a conduit le pays au dépérissement.

Tout compte fait, et sans aller fouiner dans un passé lointain, l’ère Bouteflika symbolise à elle seule l’échec du modèle de la gestion opaque. Bien que certaines mauvaises langues puissent parler de quelques réalisations, il n’en reste pas moins que les scandales qui les ont suivies ont foulé l’honneur du pays au sol. En outre, sans une conjoncture financière favorable, due exclusivement à l’augmentation des prix du pétrole, ces réalisations auraient-elles pu être accomplies ? Pour être objectif, à moins que l’on soit malhonnête, il est difficile de soutenir une telle idée. D’ailleurs, l’histoire nous enseigne qu’à chaque fois que les prix du pétrole ont dégringolé, l’Algérie était en difficulté.

Quoi qu’il en soit, la priorité est désormais de créer les conditions pour rendre le changement possible. En plus, depuis la chute des dictatures en Afrique du Nord, l’Algérie ne peut pas rester à la queue du peloton. D’autant plus que les ingrédients qui ont permis les changements dans ces pays sont les mêmes en Algérie. Quant aux régimes, à des degrés différents, leurs points  communs se résument à peu près comme suit : l’arbitraire, la corruption généralisée et l’incompétence. Cela dit, chaque pays a son histoire et ses spécificités. En tout état de cause, grâce à la vigilance des partis démocratiques, à l’instar du FFS, à vrai dire l’un des seuls partis qui placent l’intérêt de l’Algérie au dessus des calculs politiciens, le changement doit intervenir pacifiquement. D’ailleurs, existe-t-il un parti qui appelle à une autre voie ?

Par ailleurs, bien que chaque parti soit libre de faire la lecture de la conjoncture que vit l’Algérie, certaines propositions sont difficilement soutenables. En effet, l’appel à l’armée de déposer Bouteflika, en vertu de l’article 88 de la constitution, répond-il à l’impératif de changement ? Comment peut-on s’associer à l’analyse des communistes algériens qui considèrent que la crise algérienne commence avec l’arrivée de Bouteflika au pouvoir ? Pour eux, il suffit que l’armée reprenne le pouvoir –est-ce qu’il l’a perdu dans la réalité ? –pour que tout redevienne normal. Or, la vraie revendication est la restitution du pouvoir au peuple. Ce qui veut dire que le dirigeant tient le mandat du peuple pour une période donnée. Que la majorité ait raison ou tort, elle peut gouverner, sans entrave, pendant le mandat que lui a confié le peuple. Et si l’opposition peut faire mieux, elle devra convaincre les Algériens lors des futures échéances.

Hélas, pour l’instant, on n’en est pas là. Les rênes du pouvoir sont toujours entre les mains des dirigeants inamovibles. Du coup, la priorité consiste à mettre fin à cette emprise. À ce titre, le mouvement des chômeurs du Sud constitue un point de départ. L’alliance de ces mouvements avec les forces politiques saines du pays permettrait de réaliser le projet républicain pour lequel des Algériens ont donné leur vie. Ainsi, à l’occasion de l’élection présidentielle de 2014, ces forces doivent parvenir à constituer un pôle capable de battre, électoralement parlant, le candidat du régime et ses relais. Pour parvenir à ce résultat, chaque Algérien, conscient de la nécessité impérieuse de construire un État juste, doit veiller à ce que sa voix soit entendue. « Sécuriser politiquement l’élection d’avril 2014, c’est mettre en place un dispositif assurant la transparence du vote et excluant toute fraude d’où qu’elle vienne, en commençant dès aujourd’hui à assainir le fichier électoral quitte à le reprendre dans son intégralité », suggère Brahim Tazaghart.  Mais, la meilleure façon de sécuriser l’élection est de ne pas se laisser voler sa voix. Et chaque électeur, peu importe son choix, doit s’assurer que sa voix a été prise en compte.

Pour conclure, il va de soi que cette mission n’est pas une sinécure. Bien que le régime soit incapable de construire le pays, force est de reconnaitre que sa capacité de détruire les oppositions est intacte. D’ailleurs, si ces dirigeants avaient consacré autant d’efforts à bâtir le pays, l’Algérie aurait connu un sort meilleur. Hélas, ce n’est pas le cas. Et comme en 1954, il appartient aux Algériens, épris notamment de justice sociale, de sauver le pays.   

Boubekeur Ait Benali
19 mai 2013