Hoggar Institute

La crise de Tiguentourine ou l’hypothèse volée

Tribune Libre - Hammoudi Moussaab

Interrogations exclamatives

La crise des otages d’Aïn-Amenas est terminée depuis quelques semaines déjà, et on peut disposer de suffisamment de recul, ce qui nous permettra d’évaluer l’évènement plus connu désormais sous la désignation « crise de Tiguentourine ». Première observation générale, cette crise fait surgir, comme souvent, plus de questions que de réponses, quand bien même il s’agissait (et pour la première fois) de la base industrielle de production de gaz, organe vital de l’économie algérienne.

Ce qui est frappant, c’est qu’en dépit du grand vacarme (médiatique et militaire), on ne dispose d’aucune image. Comment se fait-il qu’à l’âge de la photographie facile et de la centralité d’un sujet tel que le terrorisme, on ne dispose ni d’image ni de son ? Ceci, alors que l’opération militaire regroupait tous les ingrédients d’une couverture médiatique surabondante en images, en déclarations et en commentaires.

Même plus, concernant l’Algérie, quand le premier ministre a bien voulu se charger de la communication, pendant les opérations militaires, la version officielle des faits a été revisitée cinq fois,  et on ne dispose pas (et peut-être plus) d’une version exacte du déroulement des opérations. Tout reste inconnu, jusqu’aux motivations des ravisseurs. Le motif de l’intervention est lui-même, bizarrement, étrange : le « l’Algérie ne négocie pas » qu’avancent les autorités algériennes sonne comme : « Le régime militaire ne vous montrera ni image ni parole ni rien ».

Reste à se demander une énième fois : Pourquoi dès qu’il y a l’équation regroupant le régime algérien en place avec la question terroriste, le résultat est toujours, tel un dogme, zéro image, zéro explication ? Dès qu’il y a volonté de transcender la règle, les spéculations virent aux contradictions grossièrement abusives, grotesques ensuite quand la République française communique à la place de l’Algérie.

Autre exclamation. Alors même qu’il mettait farouchement en garde contre une hypothétique intervention étrangère, c’est le régime algérien qui a ouvert son espace national pour les forces étrangères et ceci sans conditions, lui offrant « le survol inconditionné de l’aviation militaire française ». C’est dire que le régime en place est fondé sur une succession de contradictions qui le font dire la chose et son contraire à chaque fois qu’il prend la parole.

Enfin, pourquoi le silence des puissances internationales, lorsque leurs ressortissants civils périssent par les mains des militaires algériens ?

Observations et remarques anodines

L’opération militaire a eu lieu alors que le régime algérien se vante, et ce depuis vingt ans, de ses prouesses contre le terrorisme, souvent présenté comme vivant « ses dernières heures ».

Le régime algérien a détruit tout un pays en prétendant détruire le terrorisme, si l’on tienne compte du dispositif sécuritaire qui est à ce titre l’un des plus couteux : les budgets accordés aux secteurs sécuritaires : ministère de la défense (pour l’armement), et celui de l’intérieur (pour les forces d’intervention : police et milices paramilitaires et non ceux de prévention : sapeurs pompiers et protection civile) sont colossaux. Ceci sans parler des circuits parallèles, comme les dix-neuf sociétés militaires privées (SEP) qui œuvrent en collaboration étroite avec d’autres sociétés étrangères du même type, ce qui multiplie les coûts davantage.

Dès lors, on est en droit de demander : comment se fait-il  que l’action d’un tel dispositif sécuritaire, aussi soutenu et appuyé, soit soldée par un échec ? Comment un tel échec  devant une opération, à premier abord, très minime ? « Minime » parce que le plus important était seulement de surveiller un site stratégique, ce qui devrait être facilement assuré au quotidien, vu la nature du site et son importance, et aussi de préserver la vie des quelques fonctionnaires, ce qui allait de soit, si on remplissait le premier engagement. « Minime », parce que l’immense dispositif sécuritaire avait en face de lui des ravisseurs, ou terroristes, peut importe, une poignée de voitures (et non des drones ou des avions de chasse) conduites par une quarantaine de nomades circulant (librement !) à travers un Sahara large d’environ deux millions de kilomètres-carrés.

Autre incompréhension. La France, principalement, a adopté le point de vue algérien, celui de ne pas négocier. Les puissances internationales engagées dans la lutte anti-terroriste n’ont pas critiqué, non plus, les pratiques exterminatoires de l’armée algérienne. Autant dire qu’autour de l’emploi des méthodes musclées, le consensus était général. Pourquoi ? Une seule explication s’impose à ce niveau : le besoin du dernier allié puissant dans le monde arabe  qui se trouve en l’image du régime algérien, surtout  que les deux anciens, la Libye de Kaddafi et la Syrie d’Al-Assad, sont en phase de changement.  Solidarité oblige donc, non seulement on ne critique pas les pratiques du régime algérien, mais en plus, on adopte son point de vue. Faut-il rappeler d’ailleurs que cette solidarité n’est pas nouvelle puisqu’elle date des années quatre vingt-dix ?

Hypothèse volée

« Volée » dans les deux acceptions du mot. Parce que durant toute l’étendue de l’opération on n’a jamais prononcé le nom d’un acteur majeur : le service de renseignement algérien : le fameux Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS). Pourtant, c’est cet organe (et aucun autre) qui détient l’autorité en Algérie. Et force est de remarquer qu’il fut systématiquement écarté de toute responsabilité. Surtout que le stratagème de la communication officielle s’efforçait de donner à l’aspect militaire, l’allure d’une régularisation politique. Qu’est-ce qu’il en est si le plus « effacé » était le plus responsable ?

A dire vrai, cette opération favorise le doute (rarement évoqué) suivant : ne pourrons-nous pas fortement douter de la relation entre régime algérien et terrorisme, dans le sens d’une connivence entre eux ? D’ailleurs, le mot terroriste n’est-il pas toujours abstrait quand il s’agit de la question algérienne ? Le régime algérien n’a-t-il longtemps exterminé et décimé des vies et des villes qui s’opposaient à son règne, en introduisant et en inventant l’épouvantail terroriste ? La généalogie et la typologie des groupes armées ne sont-elles pas sujettes à suspicion ? Surtout qu’il s’agit de groupes et groupuscules qui, bizarrement, se combinent et se défragmentent assez souvent : une branche ethnico-nationaliste à vision indépendantiste (MNLA), un mouvement armé vaste qui fonctionne comme une marque commerciale (Al-Qaeda), et un groupe pas très précis (Ansar Eddine) dont les leaders principalement algériens (à leur tête le dénommé Mokhtar Belmokhtar) ont en commun des biographies très douteuses (les données et le déploiement historique montrent que ce dernier mouvement est même un pur produit du régime militaire algérien) jusqu’à entretenir de fortes relations avec quelques branches militaires du régime algérien. Rien n’empêcherait, dès lors, de croire que le clan militaire qui soutient un tel groupe, l’investit comme moyen de pression contre les autres clans (surtout que ces mêmes clans militaires sont en perpétuelle concurrence pour détenir le monopole de la décision en Algérie).

Pareille supposition peut devenir très concrète lorsqu’on la transpose sur les évènements et l’actualité dans la région : dans sa guerre contre le Mali, une frange de l’armée refusait l’ouverture de l’espace aérien pour les avions militaires français. Toutefois, le président algérien semblait réagir contre le gré de cette frange lorsqu’il a accordé l’ouverture de l’espace aérien. C’est alors en signe de représailles que la frange militaire « trahie » a agi, elle aussi, sans tenir compte de l’administration politique, dans le but de la mettre dans une situation délicate vis-à-vis d ses alliés européens.

On a souvent comparé cette pratique (former, appuyer, utiliser puis se débarrasser des groupes terroristes) à celle des Etats-Unis manipulant Al-Qaeda. Néanmoins, dans le cas algérien, le Pakistan de Pervez Musharraf est une illustration plus adéquate : le régime militaire de ce dernier à subventionné les Talibans (dans le cadre d’entêtements nationalistes contre l’Afghanistan) et il les a combattus par la suite (dans le cadre de la guerre contre le terrorisme).

Conclusions

En règle générale, jauger l’action dans son ensemble est inutile parce qu’il est facile de prouver le fiasco général ne serait-ce que parce que des groupes armés ont pu toucher des points vitaux, et avec une grande aisance. De plus, les contradictions des « officiels » sont le reflet des contradictions du régime en place, puis de l’échec de tous. Ceci, sans ajouter la boucherie humaine qui n’a épargné ni les otages ni les ravisseurs (qui pouvaient mieux servir vivant).

Toutefois, le danger vient du fait qu’on a estimé que cette horrible méthode musclée était, en soi, une réussite, osant même appuyer cette vision de tous les discours glorificateurs possibles (langage populiste, en premier plan, accentué du mensonge tambour battant).

Il persiste un autre danger, cependant, plus grave, que nous croyons d’ordre symbolique. Il concerne surtout la logique de la violence qui fut la thématique centrale par excellence de « la crise de Tiguentourine ». Force est de remarquer que le régime en louant son action armée et en poussant la population algérienne à la louer, essaye d’actualiser l’image ideal-typique de l’Algérien « violent et barbare », d’établir ainsi un lien sémiotique entre son univers militaire sanglant et l’univers social, voulant que les deux soient fondés sur la sémantique de la violence. La violence survalorisée  du régime en place s’inscrit ainsi dans la continuité (à long terme, la nature ?) de la société algérienne qui lui devient, à son tour, « otage » (en voici un mot qui vaut la peine). Dans un pays où l’opinion publique est ou bien contrôlée ou bien effacée (souvent aveuglée par des discours nationalistes abstraits voyant partout le triomphe, mais le voyant surtout là où il n’est pas). Il convient de poser une dernière question : l’Algérien a-t-il « mordu l’hameçon » ?

Moussaab Hammoudi
15 février 2013

 

Commentaires  

 
+1 #1 RE: La crise de Tiguentourine ou l’hypothèse voléeYoussef 15-02-2013 12:21
UN COMPLEXE PÉTROLIER OU GAZIER = « TRAIT D’UNION ÉCONOMIQUE» AVEC L’OCCIDENT.
PORT OU AÉROPORT = « TRAIT D’UNION FRONTALIER» AVEC L’OCCIDENT.

Une « grille de lecture » ou « clé de raisonnement » opérant sur les symboles et les significations peuvent nous aider à décrypter et débusquer l’énigme d’In Aménas (et autres…). Car un complexe pétrolier ou gazier est d’abord un « trait d’union économique , commercial, avec le monde extérieur en général, et l’Occident en particulier. De même, un port ou aéroport constitue un « trait d’union frontalier » et commercial, donc vital pour les partenaires occidentaux. Le Port d’Annaba a été détruit par la SM en Juin 1964 pour incriminer le FFS, et l’Aéroport d’Alger visé par la même SM en Août 1992 pour accuser le FIS, et bénéficier du soutien du « monde extérieur » dans la lutte contre les islamistes…hum !

El Guemmar en 1992, l’Académie interarmes de Cherchel en 2011, et autres « ouragans » similaires, « spectaculaires », « sanglants », « très médiatisés », etc., etc.

Avec les coups d’In Aménas et Khechella, le Pouvoir militaire, le DRS en l’occurrence, cherche « davantage de soutiens » des Puissances occidentales. Le DRS étant au service du Clan fort (Mediene-Nezzar-Tartag-Djebbar) , -fort car arrimé-amarré-accroché au DRS/néo-MALG-, agit dans la perspective de la « Séquence d’après », la perspective des Élections Présidentielles de 2014……2014 !

La « séquence d’après », c’est ce à quoi il faut penser, et dont on ne peut faire abstraction ! Bon nombre d’évènements s’inscriront dans ce cycle qui a commencé avec les « mascarades électorales » de 2012... L'un des messages du DRS consiste à dire aux Occidentaux de soutenir la "carte", le ticket d'un "éradicacteur" pour El Mouradia en 2014.....
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-1 #2 paroles paroles parolesCARLOSVALDES 15-02-2013 21:07
ya si youcef l'éclairé....ta grille de lecture n'a rien de claire....tu sembles incriminer les services algériens dans l'attaque du site gazier ...ce que je lis moi c'est une réplique du fameux" qui tue qui des années noires " pronné par des cercles interventionnistes et humanitaristes en europe et ailleurs ....thése qui a fait son temps et depuis révolue....en fait en balançant des noms de cette maniére tu sembles trés au fait des organigrammes des services soit disant secrets.... bref la chose qui est arrimé ici... c'est ta pensée qui est bien ancrée outre-mer mais dites nous Monsieur l'éclairé depuis quand des opérations subversives servent elles de tremplin a des choix politiques....hey open ur mind....les personnes que tu citent n'ont besoin d'aucun soutien ni interne ....ni externe...et pour ce qui de 2014 ...les algériens sont assez mures pour élire eux méme leur président.....arriverderci....cia bello.
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0 #3 RE: paroles paroles paroleshakim 17-02-2013 13:32
"qui tue qui" est une création de Bernard Henri Lévy pour discréditer les ennemis des généraux éradicateurs, ses amis!
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0 #4 L'autruche...Kamel 18-02-2013 11:02
Monsieur CarlosValdes

Votre interprétation des faits m'a vraiment fait sourire !

Comment voulez-vous si puérilement défendre, l'indéfendable en balançant "vos vérités" toutes crûes, considérées comme un véritable outrage à l'intelligence des algériens...

- "c'est ta pensée qui est bien ancrée outre-mer"

==> Réponse type du "bon nationaliste vertueux" qui bouffe à tous les
râtelier ! Suivez mon petit doigt :

1/ Tu es manipulé !
2/ La main de l'étranger...

- "mais dites nous Monsieur l'éclairé depuis quand des opérations
subversives servent elles de tremplin a des choix politiques...."

==> Le 05 Octobre 1988, cela ne vous rappelle rien ?
==> Et le coup d'État militaire du 11 janvier 1992 ?
==> Et l'enlèvement des époux Thévenot,le 24 octobre 1993 ?
==> Et le détournement d'un Airbus à Alger en décembre 1994 ?
==> Novembre 1993, "suite à l'affaire Thévenot", Charles Pasqua déclenche «l'opération Chrysanthème », la plus grande rafle d'opposants algériens en France !
==> Le 13 janvier 1995, à nouveau réunis à Rome, les opposants algériens signent un « contrat national »
==> Des attentats « islamistes » meurtriers en France de l'été 1995 ?
==> L'enlèvement et l'assassinat en mai 1996 des sept moines de Tibhirine ?

.../...


- "les personnes que tu citent n'ont besoin d'aucun soutien ni interne
....ni externe..."

==> Le DRS et la DCE, la DGSE/DCRG et la DST(DCRI) sont très liés.

Demandez à Jean Rochet, Marcel Chalet, Pasqua, Bonnet, Pandraud, Marchiani, le général Philippe, Rondot, Patrick Calvar et Bernard Squarcini...vous serez bien édifié !
La CIA, le FBI et...le Mossad ont pignon sur rue !

ps: comme toujours, la meilleure, est pour la fin !

- "pour ce qui de 2014 ...les algériens sont assez mures pour élire eux
méme leur président..."

==> Et vous croyez que les gens sont vraiment débiles pour croire à vos
inepties ? Après 1992, il n'y a JAMAIS eu en Algérie, de véritables
élections ! Partout, c'est bourrage des urnes, trucages, mascarades et
parodie !

hey, open your mind !
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0 #5 RE: L'autruche...Riad Algeria 20-02-2013 14:01
oui monsieur, pour moi je préfère de loin des élections truqués, des urnes bourrés et des généraux corrompus que des islamistes sanguinaires, égorgeurs, arriérés, barbu, sales, ......
regarde l'exemple en syrie et en lybie et heureusement la plupart des algériens ont la même idée que moi.
Donc messieurs les islamistes, BYE BYE BYE
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0 #6 quel échecRiad Algeria 20-02-2013 14:06
Citer :
Dès lors, on est en droit de demander : comment se fait-il que l’action d’un tel dispositif sécuritaire, aussi soutenu et appuyé, soit soldée par un échec ?


l'échec est seulement dans ta petite tête seulement, 29 tangos éliminés par les forces spéciales algérienne et trois autres capturé. Les otages ont été massacrés par tes amis les islamistes sanguinaires et égorgeurs.
Monsieur, je suis désolé pour toi et tes amis mais l'échec été plutôt du coté des tangos.
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0 #7 RE: RE: L'autruche...Kaddour 20-02-2013 17:38
Le problème c'est que tes généraux bien aimés, corrompus qui bourrent les urnes et truquent les élections produisent des "islamistes" sanguinaires, égorgeurs, arriérés,sales et même barbus ...donc tu n'es pas sortit de l'auberge avec ton choix.

Maintenant pour savoir si la plupart des algériens pensent comme toi, pour le moment y a que le système pourri et truqué de tes généraux pour le vérifier... c'est peut être pour ça que tu y tiens ?
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-1 #8 RE: quel échecKaddour 20-02-2013 17:43
Tu y étais peut être ? Mais je suis d'accord sur un point avec toi, ce n'est pas un échec... c'est un vrai désastre !!
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