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La piste d’Amar Ouredane pour la résolution de la crise politique algérienne

Tribune Libre - Ait Benali Boubekeur

Sur certains thèmes, il y a des contributions inusables tant le sujet reste toujours d’actualité. Celle d’Amar Ouredane, publiée le 24 septembre 1997, dans le journal canadien « La Presse », en fait indubitablement partie. En quelques lignes, l’auteur de « la question berbère dans le mouvement national algérien » parvient à cerner les contours de la crise algérienne et à proposer une également une issue.

Il va sans dire que la crise des années 1990 est la conséquence de la gabegie dont le régime algérien est totalement responsable. Ainsi, de coup de force en coup de force, la dictature algérienne va accoucher d’un monstre, en l’occurrence le FIS (Front islamique du salut). Quoi qu’il en soit, après les massacres, commis dans des bourgades isolées, Amar Ouredane estime que la solution réside inéluctablement dans le recours à un vrai dialogue. « Il va falloir un jour non seulement s’asseoir à une table de négociations, mais se résigner à partager le pouvoir politique et les leviers économiques sous-jacents », affirme-t-il.

D’une façon générale, bien que le régime puisse engager un simulacre de dialogue [le belligérant n’est pas associé et les autres partis doivent se prononcer sur ce qu’entend entreprendre le pouvoir], il n’en reste pas moins que cette méthode est vouée d’emblée à l’échec. En effet, tout le monde sait que la condition sine quo none d’un retour à la paix durable en Algérie est tributaire au fait de renoncer  à toute forme de violence. Bien que les islamistes et le pouvoir se battent pour le contrôle exclusif des rênes du pouvoir, l’Algérie ne connaitra l’apaisement que si les exclusions sont bannies.

Ainsi, au lieu de définir un calendrier consistant à restituer le pouvoir au peuple, le régime algérien, en recourant aux magouilles, privilégient des fausses solutions, et ce, pour peu que les géants occidentaux soient contents. En outre, pour Amar Ouredane, la représentation politique algérienne ne se limite pas aux courants islamiste et conservateur, mais il y a aussi la mouvance démocratique. Bien qu’une partie ait failli à son devoir en soutenant sans ambages le coup d’État de janvier 1992, l’avenir de l’Algérie doit reposer sur elle. En tout cas, pour Ait Ahmed, la meilleure alternative est de parvenir à supplanter les deux courants en question. D’ailleurs, le slogan du FFS ne renvoie-t-il pas les deux courants au même titre : « non à l’État intégriste, non à l’État policier ».

De toute évidence, ces deux courants ont les mêmes racines. En effet, le courant conservateur et le courant islamiste, selon Amar Ouredane, sont issus de la même matrice. « Cette réalité historique et sociologique, vérifiable par quiconque d’en donne la peine, a toujours été occultée par les dirigeants algériens successifs pour diverses raisons : stratégiques, pendant la guerre de libération nationale ; idéologiques, pendant la guerre froide et la construction du socialisme ; et enfin politiques, pour sauver le système de la rente », étaie-t-il sa thèse.    

Cela dit, en excluant tout le peuple, après l’indépendance, de toute la gestion des affaires nationales, l’explosion est simplement retardée. Et bien que le régime lâche du lest après octobre 1988, les contradictions et les grenouillages politiques aggravent immanquablement la situation. Plus grave encore, malgré la parenthèse démocratique [1989-1991], le régime ne compte pas céder la moindre parcelle du pouvoir. Au contraire, dès avril 1990, le régime accentue son contrôle sur les collectivités locales.

En somme, dans sa magistrale contribution, Amar Ouredane préconise carrément l’adoption du système fédéral en Algérie, une solution moins couteuse et plus prometteuse, d’après lui. Pour ce faire, il propose l’organisation de l’Algérie en six régions, celles que les valeureux révolutionnaires algériens ont créées en novembre 1954. D’autant plus, estime-t-il, que les trois courants, cités précédemment, existent concomitamment dans les six régions. En tout cas, une façon de permettre aux Algériens de participer activement à la construction du pays.

Ait Benali Boubekeur
15 janvier 2013