Le rejet du système est massif

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La société algérienne confirme son rejet du cinquième mandat de Bouteflika, exprimé déjà le vendredi passé. Ni les menaces du Premier ministre Ahmed Ouyahia  qui, lors de la déclaration de la politique générale au Parlement, aurait évoqué le scénario syrien, dans une ultime tentative de dissuader les Algériens de sortir exprimer pacifiquement leur opinion sur leur destin, ni la démagogie des partis-croupions de l’alliance présidentielle qui font des pieds et des mains pour les convaincre de leur mascarade, n’ont entamé le courage de la rue de défier le Système.

 « Y en a marre! » crient des milliers de jeunes qui, pour beaucoup d’entre eux, n’ont connu que Bouteflika comme président de la république. Une vingtaine d’années, c’est toute une génération et l’Algérie n’a malheureusement pas avancé d’un iota. Aucun domaine n’est épargné par la régression : l’économie, l’éducation, la culture, le tourisme, les travaux publics, etc.  Pire, la corruption est devenue « un système bis », les inégalités sociales se sont creusées davantage et le chômage endémique pousse chaque jour des jeunes désœuvrés et désespérés  à se jeter dans la bouche des requins de la Méditerranée. De même les institutions de l’Etat ne sont-elles, hélas,  que des jouets entre des groupes d’intérêts informels au sommet de la hiérarchie! La coupure, déjà existante, entre l’Algérie profonde et l’Algérie des officiels au lendemain de l’indépendance s’est transformée en rupture définitive sous le règne de Bouteflika. Sous-estimant encore en ce 2019 les vertus du clavier d’un ordinateur, des réseaux sociaux et de l’internet, « la génération de la boundoukiya », pour emprunter le mot du professeur Rachid Tlemçani, laquelle s’est emparée du pouvoir par la force au nom d’une certaine « légitimité révolutionnaire », s’emploie aujourd’hui de gouverner cette Algérie déjà blessée, tourmentée et dépecée par la guerre civile, puis touchée dans sa dignité par la lèpre de la corruption et cette manouvre de « continuité », voulue d’en haut par une poignée de politicards soutenus par  des milieux d’affaires véreux, avec un homme gravement malade. S’ajoute sa méthode éculée de gérer tout un Etat comme une propriété privée, avec les réflexes staliniens des années 1970 ! Le constat est là, accablant : en vingt ans, l’architecture institutionnelle de l’Etat  est défaite autant que celle de cette société, la nôtre, livrée à elle-même sur tous les plans. L’opposition, les syndicats, les mouvements citoyens ne sont pas en reste. Au final, les Algériens ont compris que cela ne pourrait plus marcher! Le burn-out populaire est à son paroxysme et les jeunes ne sont plus enchantés d’assister à ce grand cirque où une oligarchie sur le point de rendre l’âme, continue de  dilapider en toute impunité les biens de la communauté, pour satisfaire son propre ego et la piétaille de ses larbins, de ses prébendiers et de ses profiteurs.  Pas de recul en arrière ! Les Algériens expriment avec calme et retenue, leur besoin d’un leadership expressif,  d’une élite propre, honnête et soucieuse de défendre l’intérêt général.  Les images de la mobilisation dans les rues algériennes qui parviennent par les réseaux sociaux sont éloquentes : la jeunesse est déterminée à aller jusqu’au-bout de ses revendications pour en finir avec une nomenklatura gérontoctarique, décadente, corrompue. En revanche,  par son entêtement à camper sur ses positions, celle-ci risque de mener le pays vers l’impasse.

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