Bouteflika en trois ironies du sort

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On dit que le caractère d’un homme fait son destin, et qu’il le rencontre quelques fois sur la route qu’il a pris pour l’éviter.

 Le 30 octobre 1999, lors d’une rencontre à Crans Montana, Bouteflika disait en guise d’explication de son activité diplomatique : ‘Vous vous souvenez qu’il y a 6 mois seulement l’Algérie avait une image tout à fait négative dans la mémoire collective de l’opinion internationale. Et il était grand temps que quelqu’un vienne dépoussiérer un peu la vitrine.

 Et effectivement, Bouteflika a passé presque trois mandats, le plumeau à la main, à dépoussiérer la vitrine, pendant que la boutique elle, ses placards encore plein d’horreurs, accroissait les détritus de l’autocratie et de l’arbitraire, les ordures du clientélisme, et les saletés de la rapine et la déprédation, d’un côté, et la misère de la majorité, de l’autre.

 Un quatrième mandat avec une chaise roulante pour plumeau et l’annonce d’un cinquième mandat ont fini par resalir la vitrine. Les apparences ne trompent plus. La khatima de Bouteflika annule toute son œuvre dépoussiérante au crépuscule de sa vie. L’image de l’Algérie au seuil du 5ème mandat suscite le dégout et la risée du monde. Retour à la case départ. “Tu es poussière et tu retourneras en poussière.”

 Imposé par les chefs de l’armée, Bouteflika, déclarait en 1999 qu’il ne voulait pas être « un président aux trois quarts », allusion à ses parrains qui détenaient la réalité du pouvoir, il a effectivement passé trois mandats à tenter d’arracher son quart de président manquant aux chefs militaires, et à imposer aux civils son penchant absolutiste via une constitution sur mesure où tous les pouvoirs sont concentrés entre ses mains, sans contre-pouvoir aucun. Son AVC à la fin du troisième le dépossédera de tous ses pouvoirs publics et physiques durant son quatrième mandat. Retour à la case départ. Président avec tous les pouvoirs mais sans pouvoir. On dit bien que l’ironie du sort, c’est la face cachée de notre destin.

 C’était aussi en 1999, à Alger, en plein meeting, une mère de « disparu » l’interpelle sur le sort de son fils. Bouteflika excédé par le lèse-majesté répond : « Les disparus ? Ils ne sont pas dans ma poche », la rabrouant avec mépris en retournant les poches de son pantalon. Bouteflika a ensuite passé presque trois mandats à tenter d’enterrer la mémoire des kidnappés de la junte janviériste à travers la supercherie dite « charte de la réconciliation nationale ». L’ironie du sort est que depuis son AVC, il a lui-même disparu de l’espace publique, et la majorité du peuple considère qu’il est kidnappé par un gang de généraux et d’oligarques véreux qui usent de son nom et de sa position comme devanture pour maintenir aussi longtemps que possible leurs pouvoirs et leurs accès débridés à la rente.

 L’ironie du sort, c’est la face cachée de notre destin. « Chaque âme est otage de ses œuvres » (Coran).

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