Six martyrs à la mosquée de Québec dont deux algériens: “Ils avaient choisi le Canada pour concrétiser leurs rêves”

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canada-funeraillesSous le titre “Une première dans l’histoire du Canada, un réfugié arabe nommé ministre canadien de l’Immigration”, en évoquant les deux poids deux mesures, même dans les pays du monde musulman. Je me suis posé la question suivante : que serait-il advenu, si le jeune Ahmed Hussen avait demandé l’asile humanitaire dans un pays arabe, aurait-il eu la chance de devenir ministre,  de faire des études et devenir avocat? Enfin je me suis dit, au pire ou au mieux : son plus haut grade ne sera peut-être pas plus que pour la majorité de ses compatriotes somaliens ici en Suisse, qu’agent d’entretien ou infirmier au Centre hospitalier, avec une grande différence dans le salaire, comparé à ceux de l’Italie et de la France voisine… bien sûr.

L’histoire du Canada est l’histoire de l’immigration

C’est au cours de son remaniement ministériel, le 10 janvier 2017, que le Premier ministre canadien Justin Trudeau a fait appel à cet ancien réfugié somalien de confession musulmane afin de diriger le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté.  Ahmed Hussen, avocat et militant communautaire, est arrivé au Canada en 1993 à l’âge de 16 ans après avoir fui sa ville natale, Mogadiscio, la capitale somalienne. Depuis son élection, Hussen est devenu un modèle d’intégration. Son élection a été présentée comme un symbole de l’ouverture du Parti libéral canadien aux communautés issues de l’immigration. “L’histoire du Canada est l’histoire de l’immigration, et je suis particulièrement fier et honoré que le Premier ministre me confie ce rôle si important”, a déclaré Hussen après l’annonce de sa nomination. Hussen prendra le relais de John McCallum, un ancien député libéral qui va devenir l’ambassadeur du pays en Chine. Sous la direction de McCallum, le Canada a accueilli près de 40 000 réfugiés syriens.

Quelques semaines après cet événement qui place un étranger musulman à la tête de la politique de l’émigration, l’horreur  frappe le Canada, ce dimanche 29 janvier. Une mosquée, le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), a été attaquée par un homme cagoulé, peu avant 20 heures, durant la dernière prière du soir (Icha). Six personnes ont été tuées et huit autres blessées, dont certaines dans un état grave. Les victimes étaient âgées de 35 à 65ans, tous canadiens. Une cinquantaine de personnes étaient présentes au moment du drame.

“Qu’est-ce qui est plus grave : une tête de porc ou un génocide?”

Les drapeaux ont été mis en berne au Canada, ce lundi 30 janvier, au lendemain de l’attentat, dernière des actes islamophobes visant le Centre culturel islamique de Québec: en juin 2016, une tête de porc accompagnée d’une affiche “Bonne appétit”(sic) avait été déposée à l’entrée du Centre pendant le ramadan, puis en juillet, un tract titré “Qu’est-ce qui est plus grave : une tête de porc ou un génocide?”, avait été distribué dans le quartier.

Le meurtrier est le terroriste Alexandre Bissonnette, un “nationaliste” franco-canadien de 27 ans, qui a pénétré ce dimanche dans la mosquée, située dans le quartier paisible Sainte-Foy, et a ouvert le feu sur des fidèles réunis pour la dernière prière du soir. Il s’est ensuite enfui en voiture mais, pris de remords une demi-heure plus tard, il a appelé la police.

Qui sont les victimes de l’attentat à Québec ?

Les six personnes tuées lors de l’attaque d’une mosquée de Québec étaient toutes des Canadiens binationaux. Un Marocain, deux Algériens, un Tunisien et deux Guinéens

● Khaled Belkacemi, professeur à l’Université de Laval, originaire d’El-Harach, 60 ans, était professeur titulaire à la Faculté de sciences de l’agriculture et de l’alimentation (FSAA). Le recteur de l’Université Laval, Denis Brière, a déploré la mort de Belkacemi. Le doyen de la FSAA, Jean-Claude Dufour a parlé, de son côté, d’un «homme très cultivé, passionné et engagé au sein de la faculté». L’homme était le père de deux enfants adultes.

● Abdelkrim Hassane, analyste informatique, originaire de Staouali, ce deuxième Algérien tué, était un jeune père de famille. Sa troisième fille n’est pas encore née. Il vivait au Canada depuis 2010

● Aboubaker Thabti, pharmacien, Originaire de Tunisie, Thabti était arrivé à Québec en 2012. Il était pharmacien de formation. L’homme agé de 44 ans avait trois enfants dont l’un d’eux avait obtenu sa nationalité en septembre 2015.

● Azzeddine Soufiane, Docteur en biologie propriétaire d’une boucherie, l’homme de 57 ans était une figure de la communauté musulmane de Québec. Azzeddine Soufiane, d’origine marocaine, arrivé au Québec il y a près de 30 ans.

● Mamadou Tanou Barry et Ibrahima Barry : Mamadou Tanou Barry avait 42 ans. Ce comptable était marié et père de famille. Ibrahima Barry avait lui 39 ans et était agent à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).

Quand l’administration Trump envoie des messages qui pourraient être une inspiration

Le bilan aurait été certainement plus lourd à quelques minutes près. L’expert en sécurité canadien Michel Katsuya a observé “un courant xénophobe qui a été toléré [et]peut-être nourri par des médias, comme des radios provocantes”, tandis qu’un ancien policier chargé de la surveillance de divers groupes, J.-F. Brochu, estime, que la tuerie s’inscrit “en plein quand l’administration Trump envoie des messages qui pourraient être une inspiration”. Au Québec, comme en France ou en Europe, l’islamophobie ne se résume pas à son propos, mais participe d’une volonté de prise de pouvoir, de grand remplacement des personnels politiques, éducatifs, et des institutions. Par les urnes, certes, mais l’outrance des propos conduit aussi à des agressions non-verbales, rétorque un responsable d’une ONG humanitaire suisse.

Un tel acte de violence n’a pas sa place dans la société canadienne

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a profité de la reprise des travaux parlementaires pour inviter à une minute de silence après avoir rappelé qu’”un tel acte de violence n’a pas sa place dans la société canadienne”. Au “plus d’un million de Canadiens de confession musulmane”, il a assuré que« 36 millions de Canadiens ont aussi le cœur brisé”. Plus tôt dans la journée, il avait condamné cet “attentat terroriste”. Il s’est ensuite rendu à Québec pour participer à une veillée en hommage aux victimes près de la mosquée, puis à une rencontre avec la communauté musulmane locale. “Nous sommes ici pour démontrer que nous n’acceptons pas cette haine”, a-t- il déclaré devant la foule.

Différentes confessions religieuses : “On est tous dans le chagrin”

Toute la journée, alors que la sécurité était renforcée aux abords des mosquées du pays, les appels à la solidarité, à la fraternité et à la tolérance ont été lancés par les élus canadiens et les représentants des différentes confessions religieuses. “On est tous dans le chagrin”, a dit le premier ministre québécois, Philippe Couillard. “Nous devons absolument nous rassembler”, a estimé la porte-parole du Conseil national des musulmans canadiens.

Plusieurs dirigeants de la communauté musulmane de Québec ont exprimé leur douleur, mais aussi le réconfort trouvé dans l’élan de solidarité de leurs concitoyens et de leurs élus. Certains rappelaient tout de même que les musulmans sont encore victimes de gestes ou propos haineux au Canada. Et quel courage de cet Imam, qui mentionne l’acteur du massacre, comme la 7eme victime du drame, et qui mérite lui aussi une pensée ainsi que ses parents.

Un geste de solidarité “pour démontrer que nous sommes les plus forts”

Enfin et pour symboliser la solidarité des citoyens, la Ville de Québec invite les citoyens qui souhaitent manifester leur soutien aux familles des victimes de l’attentat survenu au Centre culturel islamique à utiliser les arbres à souhaits qui seront installés dans les 25 bibliothèques que compte la municipalité sur son territoire. Du papier et des crayons seront placés à proximité de chaque arbre pour permettre aux personnes qui le désirent d’exprimer leur solidarité à l’aide de mots ou de dessins. “L’objectif de ce geste est de permettre à tous les citoyens de s’exprimer et de démontrer que c’est dans la solidarité que nous sommes les plus forts”, a déclaré le maire de Québec, Régis Labeaume.

Mustapha Habes
16 février 2017

Cet article est publié simultanément avec “Le Jeune Musulman“, N° 24, Févier 2017

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