Une lettre émouvante !

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« Je te salut mon ami ! Me reconnais-tu? Je suis le petit être oublié d’un pays qu’on appelle : la Syrie !

Je saisi ce moment de répit avec moi-même et l’opportunité d’une trêve avec le monde extérieur, pour t’écrire et te donner  une brève  idée  sur les horreurs qui secouent et bouleversent nos jours et nos nuits. Je me  presse de te révéler tant de choses à la fois, car je crains  d’oublier un quelconque détail ou de m’éteindre avant d’avoir le temps de terminer ma lettre !

Eh bien mon ami ; je suis l’enfant qui a été témoin de scènes horribles et d’actes profanes et pervers d’un régime qui ne se repentis pas, au contraire, il récidive à chaque fois ! Peut-être as-tu suivi les informations à la télévision …ces images choc, qui ébranlent profondément et brutalement tous ceux qui ont une âme humaine, vulnérable à pareilles convulsions que subie mon pays… la Syrie.
Des civiles  en désarroi ! Ceux qui  échappent à la cible des bombardiers  sont forcément dans la trajectoire des barils d’explosifs. Des gens traqués par l’épouvante et démunis de toute riposte. Après des tentatives vaines de s’enfuir et d’éviter le péril, ils se retrouvent meurtris par le froid  sinon en proie à la faim !

Je suis cet enfant qui a été contraint de quitter sa patrie (la Syrie) pour se réfugier dans un camp d’un pays voisin ! Sais-tu ce que j’ai éprouvé à ce moment-là ? J’ai ressentis comme si  mon cœur allait s’arracher, ou qu’il allait percuter  mon thorax pour se libérer de toutes ces douleurs qui le déchirent! Je me sentais déraciné à jamais avec la peur mortelle de ne plus revoir mon pays, mon village, mon quartier dont il n’en reste pas grand-chose, et  notre petite maison qui n’y est plus, ensevelis par les décombres ! Et commença alors à se déverser en trombe  toute sorte de panique! Le voyage  jusqu’au pays voisin n’était pas une partie de plaisir ! Loin de là !

Les jours sont  passés à la fois  moroses et pénibles …et l’hiver arriva !

Là,  je vais peut-être devoir m’arrêter un moment pour prendre du recul dans mes souvenirs proches mais qui me semblent tellement lointains ! Quand j’étais tout petit ma grande sœur me raconta l’histoire de « la petite vendeuse d’allumettes ». Je me souviens que lorsque ma sœur s’arrêta de lire, elle se retourna vers moi, et là je n’ai pas pu retenir mes larmes. Je lui ai alors dit d’une voix étouffée : personne ne l’a donc aidé ! Mais si, me répondit-elle,  ils sont venus à son secours, mais peut-être un peu tard… et après tout ce n’est qu’une légende ! Je demeurais sceptique, mais je me consolais en me répétant la phrase de ma grande sœur : « et après tout ce n’est qu’une légende ! ». Jamais je n’aurai imaginé qu’un jour j’aurai à vivre cette même histoire ! C’était dans ce camp pour refugiés du pays voisin. Par une matinée d’hiver rude et glaciale…on s’est réveillé en sursaut, secoué par des sanglots déchirants. On s’est vite rendu compte qu’il s’agissait d’un nourrisson qui a été retrouvé mort de froid !

C’est l’éternel calvaire…et d’interminables souffrances !

Sais-tu de quoi j’ai envie en cet instant mon ami ?  Je veux juste revoir le visage serein de ma maman, entendre sa voix calme et douce et avoir quelques minutes d’étreinte dans ses bras ! Je souhaite  revivre le moment ou mon père s’incline pour se mettre au niveau de ma taille ; il prend mes petites mains qu’il serre entre les siennes pour me confier une tache précise et me dit d’une voie forte mais chaude : « je compte sur toi fiston ! ».  Je veux juste m’introduire furtivement prés de ma grand-mère au moment où elle prépare la galette. J’attends patiemment qu’elle me donne un bon morceau avec ses mains généreuses et nous échangeons alors un sourire entendu, puis je m’en vais satisfait d’avoir eu la chance de déguster la meilleure galette de tous les temps !

Dis-moi mon ami, est-ce que tu connais le sentiment cruel de devoir inhumer ton passé et spécialement les beaux souvenirs qui t’unissaient avec les tiens, ces êtres chers qui ne sont plus de ce monde et que tu sois obligés d’avaler la vérité amère en t’avouant qu’ils ne peuvent plus être avec toi…plus jamais !?

Comment (avec tous ces maux et ces tourments) ne pas avoir un sentiment d’aversion et d’aigreur envers tous ceux qui ont causé notre détresse !

Je sais mon ami que tu n’y es pour rien dans ce conflit ; mais j’aimerai bien que tu diffuse mon message si tu permets. Peut-être qu’il existe encore de braves gens qui sont prêts à nous tendre la main avant que ce ne soit trop tard, pour préserver ce qui reste de mon pays… la Syrie !!! ».

Salsabil Chadli
Février 2014

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