« La Mer rouge » : le naufrage annoncé d’un Pharaon

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« Ils m’ont torturé au maximum vous comprenez ? Puis le général Toufik est venu, il m’a dit : Ana Rabha [c’est moi le Maître] tu vas voir ce que je vais faire de toi. Accepte de dire que tu as tué Hachani et tu auras quinze ans de prison, tes parents pourront te voir en prison. Sinon je vais t’emmener chez ta mère que je vais éventrer devant toi. C’est moi le général Toufik, Rab Edzayer [le Dieu de l’Algérie]. » (1) « Sinon je te ferai cracher le lait que tu as tété. C’est moi le général Toufik, Rab Edzayer », selon une autre source (2).

Cette déposition a plongé la salle dans un grand silence.

Ce témoignage de Fouad Boulemia, lors du procès-mascarade du 12 avril dernier concernant l’assassinat de Abdelkader Hachani, n’a pas choqué parce qu’il confirme que la torture est généralisée, institutionnalisée et pratiquée avec l’approbation et l’intention calculée des plus hautes autorités. La torture est une « constante nationale » dont personne ne dénie l’endémie, excepté les généraux de l’éradication, leurs complices et leurs suppôts.

Cette déposition a surpris car elle révèle un pan de ce que les mondes médiatique et politique algériens taisent depuis plus de dix ans : la nature de l’invisible, l’inaudible et l’inamovible général Mohamed Mediène, alias Toufik, chef de la toute-puissante DRS. Elle a ouvert une lucarne sur l’âme de ce criminel en puissance dont la personnalité est une des clefs pour comprendre le comportement du pouvoir ces dix dernières années.

Il est connu que le général Mediène, surnommé « La Mer rouge » par ses collègues, est responsable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de massacres génocidaux. L’emprisonnement politique de dizaines de milliers de citoyens, la torture de dizaines de milliers d’Algériens, les disparitions forcées de 17 000 citoyens, les milliers d’exécutions sommaires, les campagnes de massacres ciblant des dizaines de milliers de personnes appartenant à des segments précis de la société, et les diverses formes de persécutions relèvent de crimes à grande échelle, organisés par une politique d’Etat systématique, dont le général Médiène, en tant que chef de la DRS, est l’un des plus importants responsables. Ce qui est moins connu, c’est le profil psychologique de l’un des architectes de cette vaste et terrible entreprise de destruction.

Le crime contre l’humanité est défini psychologiquement comme « un délit tellement odieux qu’il choque la conscience humaine. » Le silence terrible dans lequel a été plongée l’audience au procès traduit précisément ce choc. « Te faire cracher le lait que tu as tété », « éventrer ta mère devant toi » expriment la phase ultime dans la dégénérescence de la personnalité sadique : le caractère nécrophiliaque. Erich Fromm le définit comme « un état d’idolâtrie permanente du dieu de la destruction », « l’attraction passionnée envers ce qui est mort, décomposé, putride, écœurant », « le culte de la transformation de tout ce qui est vivant en quelque chose sans vie ; c’est le désir de détruire pour détruire. » (3) Le ventre d’une mère étant semence et berceau de vie, son lait étant source et eau de vie, les propos du général Mediène indiquent que c’est le désir d’extirper et d’écarteler la vie qui agite son âme.

Fromm caractérise le nécrophiliaque par sa « conviction que la seule façon de résoudre un problème ou un conflit c’est la force et la violence. La question qui se pose n’est pas de savoir si la violence doit être utilisée dans certaines circonstances. Ce qui caractérise le nécrophiliaque c’est que la force – en tant que ‘pouvoir de transformer l’homme en cadavre’ – est pour lui la première et la dernière solution à tout […]. Fondamentalement, la solution des nécrophiliaques aux problèmes de la vie c’est la destruction et jamais l’effort bienveillant, la construction, ou l’exemple. Leur solution c’est la réponse de la reine d’Alice au pays des merveilles : ‘Coupez les têtes !’  » (3)

Médiène n’est d’ailleurs pas le seul « défenseur de l’Etat national républicain » à être nécrophiliaque, à être voué « au culte de déchirer tout ce qui est vivant ». L’ex-officier de l’ANP Habib Souaïdia raconte comment : « nos chefs directs, mais aussi les généraux Mohamed Lamari, Saïd Bey, Gaïd Salah et Fodhil Chérif, nous disaient souvent des phrases du genre : ‘Vous n’allez pas passer la journée à ramener ces corps jusqu’au PC. Ramenez simplement les têtes.’ » (4) Et il arrive que la tête coupée, exigée par le général-corps-d’armée, soit livrée « dans un sac jusqu’au ministère de la Défense, sur le bureau de Lamari ! » (5) Parfois « on ne s’encombrait pas à prendre les têtes, on ne découpait que les oreilles » (4) Quelle attirance ont des têtes et des oreilles coupées pour ces généraux ? Que fait le général Lamari avec une tête sur son bureau quand on referme sa porte ?

Ces pratiques nécrophiliaques des officiers janviéristes, modernistes et éclairés, qui déclaraient vouloir sauver la République algérienne de la barbarie moyenâgeuse, ne devraient pas surprendre. Après tout leur modèle d’humanité et les officiers qu’ils idéalisent sont leurs instructeurs militaires français, et la stratégie militaire autiste qu’ils singent c’est celle qu’ils ont apprise à l’école militaire coloniale. Les officiers français ont aussi dégénéré dans le sadisme et la nécrophilie à mesure que leurs campagnes de massacres pour asseoir la colonisation se banalisaient. Alors que le général Savary (Duc de Rovigo) avait commencé à massacrer des tribus dans l’Algérois des années 1830 pour réaliser des buts militaro-politiques de contre-insurrection, il finit par le faire par culte de la destruction : « Des têtes !… Apportez des têtes, des têtes, bouchez les conduites d’eau crevées avec la tête du premier Bédouin que vous rencontrerez ! » (6) Les sinistres colonnes de l’armée coloniale au milieu du 19ème siècle se livraient aux « récoltes » d’oreilles d’Algériens. (7) Le colonel Montagnac s’adonnait à ce culte pour gratifier des pulsions nécrophiliaques personnelles : « Pour chasser les idées noires qui m’assiègent, quelquefois, je fais couper des têtes. » (8) Cavaignac, tristement célèbre pour ses enfumades,  était plus explicite sur la jouissance que lui apportait ce « vilain métier auquel on s’attache et qui ne devrait cependant laisser que des remords tant il est cruel, et donne pourtant du plaisir. » (9)

A vouloir exclure des hommes de l’humanité, tous ces Caligula militaires ont fini par s’exclure eux même du genre humain. En disant « c’est moi le général Toufik, Rab Edzayer », il est clair que Mediène a perdu tout contact avec les hommes : il plane en pleine république sadique. L’essence du sadisme est bien le désir d’omnipotence.

Albert Camus a montré comment Caligula, que les circonstances ont mis dans une position de pouvoir sans limite, devient de plus en plus assoiffé de pouvoir jusqu’au point où il commence à fantasmer que son pouvoir est absolu et à afficher des prétentions à la divinité. De même que dans l’Egypte antique, Pharaon, qui n’hésitait pas à ordonner l’infanticide à grande échelle chez les fils d’Israël pour préserver son trône, avait lui aussi déclaré : « Ô notables, je ne connais pas de divinité pour vous autre que moi. » (10)

Pharaon d’Egypte n’avait-il pas ordonné de démembrer ceux qui avaient cru en le Seigneur de Moïse, non pas parce qu’ils y avaient cru, mais parce qu’ils l’avaient fait sans demander son autorisation préalable ? De même, le Pharaon d’Algérie qui avait décidé que Fouad Boulemia soit reconnu coupable du meurtre de Abdelkader Hachani, pouvait-il tolérer que la volonté de Boulemia s’oppose à la sienne ? Lorsque cela s’est produit, Médiène n’hésita pas à descendre de son trône pour rappeler l’ordre des choses. C’est moi le Dieu de l’Algérie ! Tu dois te soumettre à ma divine volonté, sinon « je te ferai cracher le lait que tu as tété ».

Pour le sadiste, le pouvoir n’est pas le pouvoir de réaliser des choses mais il est le contrôle sur les hommes. L’expérience de contrôle absolu sur Boulemia, en fait sur toute l’Algérie depuis 1990 (date de son intronisation à la DRS), donne au génocideur qu’est Médiène l’illusion d’omnipotence, la vanité de pouvoir transcender les frontières de l’existence humaine.

Mais comme tous les faux dieux, le général « La Mer rouge » n’est pas unique. Au sein de l’univers de l’éradicationisme haut-gradé de l’ANP, les faux dieux pullulent, comme le rapporte Souaïdia dans son témoignage sur maints officiers qui se prennent pour Dieu. Ces officiers sont atteints de « la folie des grandeurs » malgré leur guerre acharnée contre la religion, nonobstant leur discours moderniste, car le sadisme, comme l’explique Fromm, « n’a pas de but pratique, il n’est pas trivial. Il relève de la dévotion, de la simulation de l’impotence en expérience d’omnipotence. C’est la religion des estropiés psychiques. » (3)

Comme tous les faux dieux, le général « La Mer rouge » n’est pas divin. On dit que le général « Rab Edzayer » est « un homme frêle et effacé qui écoute beaucoup plus qu’il ne parle », qui « fixe attentivement son interlocuteur en tirant sur un gros cigare collé au doigt » (11), qu’il est d’un « froid glacial » (12), arrogant, dédaigneux et paranoïaque, qu’il apparaît rarement en public et fuit les caméras. Bien sûr, on ne dit pas que le général « Rab Edzayer » va aux chiottes comme tout le monde.

Certains attributs psychologiques de ce général, qui a « fait partie de la promotion ”tapis rouge” [et]qui suit ses premières classes dans les écoles du KGB » (13), coïncident avec ceux de la personnalité antisociale, que Robert George Leeson Waite, auteur de ‘The Psychopathic God : Adolf Hitler’, a attribuée au Führer du IIIème Reich (14). Ce trouble de la personnalité est défini comme un mode général de mépris et de transgression des droits d’autrui, caractérisé par l’incapacité de se conformer aux normes sociales qui déterminent les comportements légaux, par l’irresponsabilité persistante, et la tendance à abuser autrui par profit ou par plaisir, ainsi que par l’absence de remords et l’indifférence pour le mal traitement d’autrui.

Certains autres traits psychologiques de ce général, telle que sa tendance a être imbu de lui-même au point de refuser de recevoir même des généraux, auraient conduit des psychiatres comme Fritz Redlich, auteur de ‘Hitler : Diagnosis of a Destructive Prophet’ (15), à déceler chez lui un narcissisme pathologique, un mode général de fantaisies ou de comportements grandioses, caractérisé par le besoin excessif d’être admiré, le sens grandiose de la propre importance, le manque d’empathie, l’utilisation d’autrui pour parvenir à ses propres fins, ainsi que les attitudes et comportements arrogants et hautains. Il n’est pas étonnant que cet autolâtre en quête d’omnipotence se pose en compétiteur avec Dieu, qu’il se proclame « Rab Edzayer » et qu’il nomme ses troupes spéciales du GIA « al-ghadhiboun `ala Allah » (ceux en colère contre Dieu).

Mais quel processus psychosocial produit un énergumène au comportement sadique et nécrophiliaque comme celui du général Médiène ?

Trois facteurs méritent une attention particulière pour comprendre la descente en enfer de ce général originaire de Guenzet (Bordj Bou-Arreridj) : son histoire psychologique, son ascension fulgurante dans l’échelle du pouvoir, et un environnement socio-politique propice.

Vouloir faire cracher à un homme le lait qu’il a tété de sa mère soulève beaucoup de questions sur le rapport du général Mediène avec sa propre mère durant son enfance, dont on ne sait pour le moment strictement rien.

On sait par contre, comme l’indique Christoph Eich dans ‘Approche psychologique de la torture’ (16), qu’à sa naissance un bébé vit dans une union fusionnelle avec sa mère qui ressemble à l’état paradisiaque et non-dualiste d’avant la naissance. Quand une mère répond aux besoins du nouveau-né, quand elle le comprend sans parole, si elle est présente chaque fois que le bébé en signale le désir, un fond de confiance s’établit dans le psychisme de l’enfant. Progressivement il apprend à accepter les absences inévitables de sa mère, confiant en son retour. Il étendra son champ de liberté, deviendra autonome et saura supporter des frustrations, fort de cette confiance en lui-même et en la vie.

Eich indique que tout le contraire se passe si pour une raison quelconque la mère ne répond pas aux besoins du bébé pendant les premiers mois. Dès que la réalité unitaire est rompue, dès que le climat symbiotique entre la mère et l’enfant est perturbé, ce dernier se sent expulsé du paradis et propulsé dans une sorte de néant. Et c’est la panique de l’anéantissement, la chute dans le vide. Selon sa constitution il aura tendance soit à une attitude passive et auto-destructrice, soit à la violence.

On sait aussi que des expériences de rejet et de punition douloureuses durant l’enfance et un climat familial violent et chaotique engendrent souvent un caractère agressif, ainsi qu’une pauvre image de soi-même et un manque de confiance en soi qui attisent un besoin maladif d’élévation de soi.

Quel que soit son self-concept individuel, il s’imbrique avec un self-concept sociétal modelé par l’expérience coloniale (17). Cette dernière a laissé l’élite fortement aliénée culturellement dans un état de dépersonnalisation, de susceptibilité chronique, et de doute de soi oscillant parfois entre le narcissisme et la haine de soi. Cette infrastructure psychologique confère un besoin démesuré de sécurisation et une forte agressivité (18).

Le pouvoir corrompt souvent les meilleurs hommes, mais couplé à une telle personnalité il est simplement dévastateur. L’ascension fulgurante dans l’échelle du pouvoir est sans doute pour quelque chose dans la transformation psychologique du général Médiène. Passer en quelques années du rang d’un simple officier qui montait la garde sur Chadli Bendjedid pendant ses parties de pêche dans le littoral oranais à celui d’un général-major aux pouvoirs sans limites provoque nécessairement des troubles de la personnalité.

Devenir en une décennie le Commandant réel de l’armée, le Chef suprême des milices, l’Emir national du GIA, le Président effectif de la plupart des formations politiques, le Directeur exécutif de presque toutes les organisations parapolitiques, le Magnat incontesté de la presse, l’Homme influent des lobbies d’affaires, toute cette concentration de pouvoir sans avoir à rendre des comptes à personne, donnent au général l’opportunité de transposer sa vulnérabilité, de compenser sa faiblesse et son doute de soi par son pouvoir sur les autres. Gérer l’emprisonnement politique, la torture, la disparition, l’exécution sommaire, le massacre de dizaines de milliers d’êtres humains avec une impunité totale, jouir impunément du droit de vie ou de mort sur des pans entiers d’une société, donne au général – comme dirait Fromm – l’occasion de « transformer l’asticot qu’il se sent être en dieu. » (3)

Enfin l’environnement socio-politique propice est un ensemble de conditions favorisant le développement des comportements sadiques. Les études des génocides et les recherches sur les variations des violations massives des droits de l’homme selon les régimes montrent que les régimes qui contrôlent complètement toutes les institutions et organisations politiques, économiques, sociales et culturelles, où il y a une seule pyramide hiérarchique de pouvoir coercitif, où l’opposition est diabolisée et exclue, et où il n’y a ni contrôle, ni frein et ni contre-poids au pouvoir au centre représentent les régimes où la probabilité des génocides et l’intensité des violations des droits de l’homme tendent à être les plus fortes (19). Par contre les systèmes réellement démocratiques et pluralistes, où le pouvoir des régimes est limité par des élections compétitives, où il y a une multitude de pyramides, où l’opposition est considérée comme légitime, et où le pouvoir est diffus, contrôlé et équilibré enregistrent les plus faibles intensités des violations des droits de l’homme (19).

Cette régularité empirique et le fait que l’intensité des violations des droits de l’homme en Algérie se classe parmi les quatre plus graves dans le monde (avec le Rwanda, le Burundi et la Sierra-Léone) montrent donc que le pluralisme et la démocratie en Algérie ne sont que des façades (20). Le président, les ministres, les fonctionnaires clefs, la plupart des chefs de partis politiques, des députés, des walis, des chefs de daïra, des maires etc. sont désignés, fabriqués ou co-optés par les généraux. Ils représentent les intérêts de leurs patrons militaires et non de la société, car ils n’émergent pas d’élections compétitives et propres mais d’élections truquées par les généraux. Les organisations les plus importantes, dites de la société civile, sont contrôlées par les généraux. Les médias sont contrôlés par les généraux. Au lieu d’agir en frein ou contre-poids au pouvoir et à l’entreprise génocidaire des généraux, au lieu de les remettre au moins en cause, ces groupements les ont cautionnés et encouragés. Pire, ces créatures qui « lèchent vers le haut et crachent vers le bas » ont entretenu avec acharnement un discours du monde à l’envers qui disculpe les oppresseurs et culpabilise les opprimés.

Nul doute donc que le général Médiène ne s’est conforté au statut de « sur-homme » que parce qu’il a trouvé dans son entourage des « sous-hommes » qui ont accepté de lui déléguer leur propre volonté. En effet, la qualité de « sur-homme » ne peut être reconnue et accordée à un despote que par des « sous-hommes ». Comme l’affirme Fromm, « le sadisme et le masochisme s’opposent en tant que comportement mais en fait ils sont les deux faces d’une même situation : le sentiment d’une impotence vitale. Le sadique et le masochiste ont chacun besoin d’un autre pour les compléter. Le sadique fait d’un autre homme le prolongement de lui-même, alors que le masochiste se fait le prolongement d’un autre homme. Tous les deux cherchent une relation symbiotique car aucun d’eux n’a son centre en lui-même. » (3)

Contrairement à ces prolongements des généraux, Boulemia a son centre en lui-même. La foi en Dieu et Sa Providence donnent un sentiment de sécurité irremplaçable. La soumission à Dieu exclut la soumission aux généraux. En gagnant son duel de volonté avec le général « La Mer rouge », Boulemia risque de perdre sa liberté pour longtemps, peut-être même sa vie, mais en dévoilant la face cachée de ce dadjal il a fait plus pour l’Algérie que tous ces clubs d’appendices serviles de l’oppression.

Ce que fait Médiène à son insu, c’est nous rappeler que, comme tous les faux dieux, il n’est pas éternel et est destiné à joncher la poubelle de l’histoire. « Ceux que Dieu va détruire, Il les rend d’abord fous de pouvoir », dit Charles Beard dans ses ‘Quatre leçons de l’histoire’.

Au moment où l’on évoque le départ du génocideur Médiène (21), maudit par les autres faux dieux de l’univers éradicateur de l’ANP, on ne peut manquer de faire le lien avec le destin de Caligula qui a fini dans un bain de sang, assassiné sur le mont Palatin par ses propres soldats sous le commandement de son capitaine de garde, Cassius Charea.

N’y a-t-il pas là aussi l’annonce du naufrage du général dans sa Mer rouge ? Dans le Saint Coran Allah dit : « Et il [Pharaon] s’enfla d’orgueil sur terre ainsi que ses soldats, sans aucun droit. Et ils pensèrent qu’ils ne seraient pas ramenés vers Nous. Nous le saisîmes donc, ainsi que ses soldats, et les jetâmes dans le flot. Regarde donc ce qu’il est advenu des injustes. » (22)

A. Matari et M. Mahmoudi
CCFIS, 26 avril 2001

Notes :

(1) Témoignage de Fouad Boulemia rapporté par Daikha Dridi, ‘Procès de l’assassinat de Hachani : Fouad Boulemia condamné à mort’, algeria-watch, 16 avril 2001, article censuré en Algérie.
(2) Rapporté par I. D., ‘Reconnu coupable de l’assassinat de Hachani Boulemia condamné à mort’, Le Jeune Independent du 14 avril 2001 et dans La Tribune du même jour.
(3) E. Fromm, The Anatomy of Human Destructiveness, p. 358, Penguin, London 1973.
(4) Habib Souaïdia, La sale guerre, p. 132, La Découverte, Paris 2001.
(5) Ibid., p. 130.
(6) P. Christian, L’Afrique française, l’empire du Maroc et les déserts du Sahara : Histoire nationale des conquêtes, victoire et nouvelles découvertes des Français depuis la prise d’Alger jusqu’à nos jours (Paris : 1845-1846), cité par Henri Alleg, La Guerre d’Algérie, vol. 1, p. 64.
(7) Henri Alleg, op. cit., p. 67.
(8) Yves Lacoste, André Nouschi and André Prenant, L’Algérie: passé et présent. Le cadre et les étapes de la constitution de l’Algérie actuelle (Paris : Editions Sociales, 1960), p. 306.
(9) Mostefa Lacheraf, L’Algérie: Nation et société, Cahiers libres 71-72 (Paris : François Maspéro, 1976), p. 226.
(10) Coran, 28:38
(11) La Grande Muette, Les Cahiers de l’Orient, 1992 (à compéter)
(12) Fromm affirme qu’un « un autre élément caractéristique dans l’expression faciale du nécrophiliaque est l’incapacité de rire. Son rire est en fait une sorte de minauderie. C’est un rire non vivant qui manque la qualité libératrice et joyeuse d’un rire normal. En fait, ce n’est pas seulement l’absence de la capacité d’avoir un rire libre qui caractérise le nécrophiliaque, mais en général l’immobilité et l’absence d’expression sur son visage. » E. Fromm, op. cit.
(13) Voir le profil du général Médiène établi par Algeria-Interface, www.algeria-interface.com.
(14) Robert George Leeson Waite, The Psychopathic God : Adolf Hitler, Da Capo Press 1993.
(15) Fritz Redlich, Hitler : Diagnosis of a Destructive Prophet, Oxford University Press, 2000.
(16) In La Torture : Le Corps et la parole, Les Actes du IIIème Colloque interuniversitaire, Editions Universitaires de Fribourg Suisse, 1985.
(17) A cela se superpose évidemment son self-concept corporatif conséquent aux entraînements militaires « spécialisés » dans les écoles sécuritaire (KGB et autres). L’entraînement militaire est un processus de resocialisation à travers lequel l’identification de l’officier avec son groupe de référence social est détruite pour être remplacée par de nouvelles associations égo-impliquées centrées dans l’organisation militaire. On y endoctrine l’officier concernant des ennemis internes et externes et on lui inculque une attitude élitiste.
(18) Cette agressivité peut s’expliquer par le modèle psychanalytique de la frustration-agression (voir Sélim Abou, L’Identité culturelle, Anthropos, Paris 1981) et reflète une peur d’aller à la rencontre de sa communauté et de perdre un noyau sécurisant minimal fourni par « une mère coloniale [qui]défend l’enfant contre lui-même, contre son moi, contre sa physiologie, sa biologie, son malheur ontologique. » (voir Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, ENAG, Alger 1987).
(19) Pour les génocides voir par exemple R. J. Rummel, ‘Democracy, Power, Genocide and Mass Murder’, Journal of Conflict Resolution, Vol. 39, No. 1 (1995) 3.
(20) The Observer, 24 October 1999
(21) El Watan, Al-Hayat et Azzaman du 23 avril 2001.
(22) Coran, 28:39-40

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