L’élément d’une psychologie politique algérienne

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Les mains qui tremblent ne peuvent pas construire

Il est toujours difficile d’élaborer une problématique ou construire un objet de recherche, il se trouve que les épistémologues des sciences et, plus particulièrement ceux de la science humaine, ont largement débattu sur la question. Ils ont fini par trouver un terrain d’entente en posant des règles considérés comme sacrées pour mener une recherche. Ils se basent tous sur l’idée d’interroger la nature, la décrypter et rendre ses inconnus accessibles ; ils se retrouvent souvent sur la même longueur d’onde des recommandations de Claude Bernard et son fameux dicton : « le chercher doit être comme sa machine à photographier, il écoute la nature et écrit ce qu’elle lui dicte » (1). Pour évoquer les éléments d’une psychologie algérienne et surtout son aspect politique, il faut se rappeler que la psychologie politique est une discipline tout à fait compétente en la matière ; elle nous détermine les comportements des décideurs au plan individuel ou en groupe ; elle étudie les profils types, les attitudes, elle analyse le discours, l’intérêt et les motivations sociales ; elle nous donne généralement un ébauche d’analyse nécessaire à la compréhension d’une société. Elle n’est pas seulement une branche de la psychologie ni de la sociologie, elle reste un carrefour de connaissance en quête d’un paradigme fédérateur et d’une place indépendante au cœur des sciences sociales. Elle tente de voir et d’articuler plusieurs approches : histoire des civilisations, questions de philosophie politique, sociologie, psychologie sociale, anthropologie socioculturelle, etc. Sa méthode se résume à une posture a-dogmatique dans la diversité et l’unité de l’humain. Dans ce contexte, l’état psychologique de l’Algérie, peuple et gouvernement, nous préoccupe pour plusieurs considérations. Un pays pétré dans les contradictions : moderne et archaïque, riche et pauvres, orientale et occidentale, enfermé et ouvert à la modernité. Pour comprendre cet état de sous-développement permanent qui caractérise le comportement de l’algérien, nous allons essayer de faire une petite comparaison avec ce qui est passé en Europe amenant à son développement politique et ce qui se passe actuellement en Algérie ; nous avons voulu prendre l’exemple européen parce qu’il est édifiant, nous nous interrogeons ainsi sur le poids de l’histoire et son influence sur la réalité.

Le dévoilement ou la prise de conscience

S’il faut prédire l’avenir d’un pays il faut regarder son histoire, d’ailleurs quand celui-ci se retrouve dans une situation difficile, afin de reprendre de la force, il revient par une action automatique à son passé. Regardant par exemple le développement politique de l’Europe, il n’est en réalité qu’une reproduction de la pensée, de la culture et les traditions ancestrales. Pour inventer leur propre mode de pensée et, en s’appuyant sur d’autres cultures, les grecs ont inventé une forme d’exceptionisme sur lequel la civilisation occidentale actuelle a jeté ses bases ; le développement de la spéculation philosophique a atteint son summum et a fait une arrière base solide rendant les européennes riche en réflexion et en expérience. Les romains ont représenté une forme d’expansion territoriale basée sur un esprit de guerre et de conquête. L’armée fut alors l’une des premières forces régaliennes de l’Etat, et ce n’est pas un hasard qu’actuellement les Etats-Unis, ou l’Europe coloniale il y a deux siècles, ont considéré la conquête comme ultime moyen pour dominer les peuples ; la stratégie guerrière a bien marché en Rome ancienne, elle peut être considérée comme un acte inconscient que l’Europe moderne avait réactivé de manière automatique pour se révéler dominatrice, reproduisant son propre histoire. Après la renaissance, la mise en valeur du patrimoine gréco-romain et de la culture judéo-chrétienne est devenue l’essence même de la prépondérance de l’Europe et la civilisation occidentale sur le reste du monde. Le libéralisme politique qui a eu lieu au milieu du 15 siècle a formulé des critiques à l’égard de l’Eglise en séparent le religieux et le politique. L’école scolastique de Salamanque en Espagne ; quoique plus orientée vers les études purement théologique a jeté les bases du libéralisme politique amenant dans le même temps Martin Luther Qing à se protester contre l’Eglise en affichant ses 95 thèses sur le château du Wittenberg, en développent aussi une réflexion intellectuelle basée sur la critique de la position d’intermédiaire (vente de redevance) entre Dieu et l’homme. Ainsi, Martin Luther Qing a développé sa fameuse idée : le salut par la foi (2). De l’autre côté, et durant la même période, une pensée socialiste s’est développée par l’idée motrice de Thomas Moore en 1516 dans son ouvrage « l’Utopie ». Deux courants politiques se sont développés en parallèle pour aboutir à une démocratie libérale concrétisée par les travaux d’Alexis de Tocqueville et surtout de Jean Locke en développent l’idée de la règle du droit, the Rule of Law. La liberté fut conçue comme un droit naturel indivisible ; les institutions politiques doivent garantir ce droit. L’autre courant de pensé s’est consacré justement à moraliser l’excès de cette liberté, il a surtout vu les écarts des revenus, la création des classes sociales antagonistes, le luxe conjugué avec la misère et l’absence de justice sociale. Il s’est développé de la sympathie d’une large frange de la société spécialement les intellectuels pour brider comme ils pouvaient l’individualisme dominant. La sociale démocratie s’est épanouie par la contribution remarquable de Jean Maynard Keynes, et a pris comme chemin de prédilection l’Europe Occidentale.

L’Europe s’est développée en reprenant les repères historiques comme base tout en les orientant vers l’évolution de la technique et l’émergence de l’épistémologie des sciences, elle avait structuré son épanouissement social à travers un développement trivial : sciences, arts et métiers. Ce n’est pas étonnent qu’on trouve de nos jours un dualisme politique “gauche/droite” issu d’une origine sociale conditionnée par l’état du lieu et du moment. Les traits culturels et les spécificités de la société ont été repris et reformulés à chaque reprise, ils se développent tout en s’adaptant avec le changement et tout ce que la société a pu produire au cours de son propre développement. En prenant en considération des repères historiques et en essayant d’intégrer ou du moins ne pas omettre l’identité culturelle européenne et plus particulièrement son développement politique, la vie politique fut basée sur un dualisme politique : démocratie libérale et sociale démocratie. Peu importe le domaine qu’il faut découvrir, paradigmes, objets et thématiques de recherche sont légion. La civilisation occidentale reste largement dominatrice voire séduisante, conçue déjà selon l’implacable description kaldounienne : le dominé est séduit par le dominateur.

L’Europe a pris conscience d’elle-même, de sa réalité sociale, de son existence ; elle est partie de l’idée introspective pour faire l’étude sur l’être. L’idée de conscience collective fort répandu chez Marx n’est guère en opposition avec l’universel, ni contraire à l’islam que prétend une majorité de musulmans qu’il s’oppose au marxisme. En vérité la lecture marxiste de la réalité des sociétés musulmanes ne s’oppose pas à l’esprit critique que l’islam a développé ; elle n’est qu’un outil méthodologique, une lecture, une vision que peut avoir tout intéressé par l’étude sociologique. « Dieu ne change pas la réalité d’un peuple s’il ne change pas de lui-même », a précisé le Coran. Le changement veut dire forcement prise de conscience d’une réalité pour la rendre plus agréable, le progressisme est né justement de l’idée de l’évolution et l’adaptation avec des horizons nouveaux, et fut une doctrine politique incontournable ayant tracé l’itinéraire des sociétés. La prise de conscience et l’éveil intellectuel de la société occidentale se sont exprimés dans une philosophie abondante, et pour bien manifester l’intérêt porté à l’être, David Hum a écrit ceci, dans son « Traité de la nature humaine » : « Généralement quand j’essaye de m’approfondir dans ce que j’appelle le moi, écrit-il, je m’affronte à différentes sensations et des multiples contradictions, le mal et le bien, la haine et la passion, le calme et la tension, la chaleur et la froideur, etc. mais la cohérence des perceptions produit d’abord la supposition de leur existence, continue par la nécessité où se trouve l’esprit de les maintenir dans leur dépendance mutuelle » (3). Ce philosophe de conviction libérale a étudié la nature humaine en se basant sur le sens et la perception, mettant l’être au centre de son intérêt. Laïque et moderniste, l’humanisme intellectuel a considéré l’homme comme une base sur laquelle s’articule une forme de pensée beaucoup influencée par l’idée de la prise de conscience. Avant Hum, René Descartes en développent une méthodologie réaliste a parlé du doute comme moyen indispensable pour connaître la vérité. « Je pense, donc je suis ». Il mit la capacité réflexive de l’homme au centre du débat. Sa méthode scientifique, exposée au début du 17éme (1628) dans Les Règles pour la direction de l’esprit, puis dans le Discours de la méthode en 1637, a fait la rupture avec la scolastique de tendance religieuse et a noué des liens nouveaux avec l’homme faisait de son savoir positif un socle pour construire un mode de pensée . Le Discours de la méthode s’ouvre sur la fameuse idée qui précise que « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ». Dans les Règles pour la direction de l’esprit, Descartes expose son intention d’orienter les études de façon que l’esprit porte des « jugements solides et vrais ». Il y a nécessité d’élaborer une méthode pour parvenir à la recherche de la vérité, car la méthode est « la voie que l’esprit doit suivre pour atteindre la vérité. » (Règle quatrième).

Bien que considérée par les communistes issus eux même des tendances humanistes, comme philosophie négationniste et résignente, l’existentialisme de Sartre de sa part a rehaussé le ton d’une pensée qui donne plus de considération et de valeur à l’homme en insistant sur son droit indivisible qui est la liberté. L’existentialisme considère donc chaque personne comme un être unique qui est maître, non seulement de ses actes et de son destin mais de l’existence qui précède son essence. Il surgit initialement dans le monde sans but ni valeurs préétablies ; il se définit par la suite à travers ses actes dont il est pleinement responsable et qui modifient son essence.

L’œuvre de J.Paul Sartre, venue à l’existence, connu sous sa formule « je suis libre je suis », a contribué avec autres œuvres semblables à faire de l’idée de la prise de conscience un socle, puis un schéma éclaircissant les schèmes de la pensée occidentale. Les raisons qui nous ont amené à citer ces exemples, ne sont que pour préciser comment le développement politique et social se sont effectués ; une tentative qui parait aventureuse par l’absence de méthodes d’analyse, d’outils et parfois de pusillanimité et incapacité de formuler une réelle problématique. Mais, elle peut tout de même nous laisser s’orienter vers une question essentielle, vers une façon de s’adapter avec cette modernité occidentale devenue dominatrice sur les sociétés y compris la société algérienne. Où se trouve l’Algérie par rapport à d’autres nations ? Quelle sont les bases sur lesquelles celle-ci s’est appuyée pour réaliser son développement politique, économique et social ? L’Algérie actuelle est un peuple regroupé dans un territoire ayant foncement des traits culturels communs ; une mosaïque berbéro-arabophone mais sans âme et conscience ; son inhibition émane du manque de la souveraineté, car celle-ci, si l’on reprend l’expression de T.Hobbs, est une âme artificielle qui « donne la vie et le mouvement au corps tout entier » (4). L’Algérie est figée à l’image de son système politique parce qu’elle n’a pas de souveraineté sur ses décisions, le peuple est souverain si les institutions sont représentatives d’un pouvoir issu de sa propre volonté. Le développement politique de l’Algérie est paralysé parce qu’il y a absence de démocratie et absence de liens fondamentaux ente le peuple et son gouvernement. Il n’y a pas de communication sociale (Karl Deutsch), ni de développement économique (Robert Dall, Lipset ou Bertrand Badie). Le développement se fait selon les théoriciens qu’on vient de citer, à travers la contribution des individus au sein de la même société par leur effort et mérite, où leur émancipation s’arrache par le travail et le savoir-faire, la société impose donc son modèle de développement. Il se fait aussi grâce à la communication sociale, l’émergence de la société civile, partis politiques, organisations syndicales, etc. Le cas de l’Algérie est tout à fait contraire. À la base, le corps politique dont parle mainte philosophes est mutilé, sa naissance ne s’est pas déroulée sous les bonnes auspices, car comme la recommande la sagesse politique par exemple, l’armée qui représente la sécurité et qui est l’essence même de la construction des Etats n’est pas à sa place ; les circonstances historiques compressées par la violence coloniale ont fait de l’armée une force politique incontournable et c’est là où se trouve le problème. L’armée ne pourra jamais être la tête de la nation mais son bras. L’Algérie est certes un pays indépendant mais ce corps politique imaginé selon un Léviathan conçu par Thomas Hobbes est mutilé, dissocié, sans commination, ni mouvement qui donne au corps l’âme nécessaire à sa survie. Si l’on développe l’idée de l’action armée, c’est-à-dire la légitimité historique, on fait abstraction de la démocratie et par ce bais on élimine le peule, il devient populace, et si on gère délibérément son économie par la rente pétrolière considérée comme corruption sociale, on fait abstraction à son développement économique. Il est certain écrit J.J Rousseau « que les peuples sont à la langue ce que le gouvernement les fait être. Guerriers, citoyens, hommes, quand-il veut ; populace et canailles quand il lui plait » (5). Ayant les deux leviers de commandes, celui de la rente et celui de la légitimité historique, l’Etat crée les inégalités, il se livre par ce biais au trafic de la liberté publique entre lui et ses citoyens, l’un l’achète l’autre le vent « vouez-vous donc donner à l’Etat de la consistance, rapprochez les degrés extrêmes autant qu’il est possible ». Rajoute le même auteur. Le pouvoir en accaparant l’Etat l’a coupé de ses racines, il crée un esclavage moderne, il décrète la liberté quand ça l’arrange, une liberté à compte-goutte, il la donne juste pour oxygéner un climat politique étouffé.

Le poids de l’histoire
 
« Comment recueillir les fleurs de l’histoire et en détacher les fruits les plus doux. C’est l’histoire qui nous permet de rassembler les lois des anciens dispersées çà et là, pour en opérer ici la synthèse ; en réalité le meilleur du droit universel se cache bien dans l’histoire… les mœurs des peuples, sans compter l’origine, l’accroissement, le fonctionnement, les transformations et la fin de toutes les affaires publiques. » (6)

Depuis presque un millénaire, les berbères de l’Afrique du Nord, toute catégorie confondues, se trouvent combinés dans une structure sociale unique de son genre. L’Algérie avait subi toute sorte d’invasion ; nous avons assisté à l’invasion roumaine (-25 à 430), Vandales (430 – 477), Byzantine (534-647), Arabe (647 -1514), Turque (1514-1830), et finalement Française (1830-1962). Le poids de l’histoire est considérablement ressentis et ressassé de manière assidue, l’Algérie n’a jamais été elle-même ; son développement politique fut absent. La diversité historique de l’Algérie peut représenter une richesse mais aussi un handicap, l’Algérie algérienne n’existe que 50 ans et, plus particulièrement après le départ des français et, même après l’indépendance, elle est restée tributaire du nouveau colonialisme ne sortant pas encore du giron français. Ayant l’esprit de domination et de conquête, les romains avaient mis en valeur une stratégie militaire et guerrière incontestable, ils ont fait abstraction à la culture, à la philosophie et à la spéculation intellectuelle considérant tout ce qui était en dehors de leur culture comme barbare. Ils ont exploité les terres fertiles de l’Afrique du Nord à outrance et n’ont quitté l’Algérie que parce que l’empire roumain soufrait des schismes importants amenant à sa disparation. Les byzantins en se montrant plus ouverts et plus compréhensibles à l’égard des autres cultures ont pu dominer et rester en Algérie plus de deux siècles. Les arabes quant à eux, ont fait deux expéditions, la premières en 647 ayant pour but de transmettre l’islam, et la deuxième fut pour la colonisation. Les banni Solaym et banni Hilal, où des historiens tels Pierre Montagnon, en reprenant plus particulièrement les travaux Ibn Khaldoun, ont signalé le système de déculturation entreprit par les arabes, ces derniers ont modifié la morphologie de l’Algérie, ruralisé les villes et transformé leur mode de vie. Bien que considérée par un bon nombre d’historiens comme protectrice des invasions Espagnols de Charles Quint, la présence turque en Algérie ne fut pas comme prévue ; les turques ont installé un système administratif et fiscal en leur faveur n’impliquant pas les autochtones dans les affaires politiques et sociales. Et finalement, les français ayant couverts leur colonisation éradicatrice par la transmission de la liberté et les bonnes valeurs, christianiser ou évangéliser, moderniser et démocratiser, ils ont éradiqué complètement l’identité culturelle algérienne. Pour reprendre que l’histoire moderne ou contemporaine, nous relevant l’idée de l’absence du caractère publique de l’Etat. Le baylec turc, les biens vacants français, et finalement le FLN ou l’Etat, conçu comme un corps étranger par rapport au peuple, coupé de ses racines par les gouvernements qui succèdent, y compris celui de l’Algérie indépendante. Cette forme de vicissitude historique a faussé le développement politique de l’Algérie ; le peuple fut absent, non impliqué aux affaires politiques qui sont les seins. Et puisque ce n’est pas l’élection et la démocratie qui détermine le rapport du pouvoir avec la société, celle-ci a subi toute les formes d’exclusions ; elle est devenue autiste coupée du monde et les évolutions en cours. De cette situation d’autisme, nous relevons les traits psychologiques pour définir les spécificités sociales et décrypter les codes anthropologiques qui régissent le peuple algérien. La présence turque qui avait hiérarchisé la société, aghas, pachas, bachaghas, en tenant fermement l’administration et en faisant abstraction à la population, l’avait exclue du champ de la décision politique plus de trois siècles. Puis, les français qui, par la violone, ont voulu complètement éradiquer l’identité culturelle algérienne. « Nous étions plus barbares que les barbares que nous voulions civiliser et on se plaint de ne pas réussir auprès d’eux », écrit un général français, faisant le témoin oculaire aguerrit. Après les français fut l’Algérie du FLN et non du reste, de la légitimité historique, coupée de la légitimité populaire, de ses racines, de la démocratie et l’Etat du droit. Citoyenneté, élection, alternance, opposition et contre-pouvoir sont complètement omit, écartés du jargon politique. L’Algérien fut toujours un être marginalisé, n’ayant rien avoir avec le pays dans lequel il vit, ne contribue ni à la construction de son Etat ni à l’édification des institutions de son choix. Exclus de la sphère politique, passif, historiquement autiste, celui-ci manifeste des symptômes d’une personnalité perturbée psychologiquement, contradictoire jusqu’à la schizophrénie. L’Algérie ne fut que terre de violence, de guerre et de sang. Cette réalité historique s’est reflétée implacablement sur le comportement des individus ou des groupes sociaux ; une méfiance exagérée, des réactions inattendues, souvent aléatoires et intempestives caractérisent le comportement de l’algérien. Le délire, l’absence de la pensée réaliste et logique font les traits marquant de sa personnalité. L’algérien est dans les nuages, un rêveur sans trouver des soubassements à son rêve, coupé souvent de la réalité, déboussolé, sans repères, matraqué médiatiquement, sans planification ou espoir en l’avenir. Si la notion du passée, considérée par l’école psychanalytique freudienne comme un mécanisme psychologique tout à fait normal auquel revient chaque individu de manière automatique pour reprendre de la force, résoudre une situation difficile, a fait, sur le plan collectif, le bonheur de l’Europe puisque cette dernière n’a fait que reproduire son passé et le revoir à la lumière de la modernité ; l’Algérie retrouve un passé tumultueux. Violence, exclusion, incertitude et alternance des colonisateurs a fait de son histoire une forme d’énigme, un code anthropologique que personne ne veut décrypter ; son passé reste refoulé faisant un complexe et un symptôme grave qui se reflète de temps à autre sur les comportements. Cela explique plus aux moins le recours cyclique à la violence pour résoudre les problèmes et faire table rase de tant années d’échec qui se combinent de manière successives et alternées. Le manque de la civilité a fait défaut, et l’exclusion historique qu’avait subie le peuple algérien a fait de lui un être coupé de l’histoire, inapte, incertain et incapable de se faire une personnalité propre. La violence fut pour toujours un moyen de communication, soit pour refouler les éventuels colonisateurs, soit pour régler les problèmes quotidiens et les rapports sociaux de façon générale, l’algérien ne fait que reproduire la violence qui a été exercée sur lui. Physique ou verbale, elle est un régulateur commun, un moyen de communication et une ultime solution à laquelle il faut revenir à chaque reprise. Peu importe la définition symptomatique de la violence et, en l’absence d’une culture politique et sociale bien enracinée, l’algérien recours souvent à ses instincts primitifs pour résoudre ses problèmes. Il faut une thérapie de groupe comme l’ont exprimé les psychologues, la psychologie de la foule pour faire le diagnostic de son être. La psychologie nous a montré deux structures : la névrose et la psychose. Ce sont des cas normaux, ne nous sommes pas ici en train de parler de cas pathologique, celui-ci se manifeste quand les symptômes sont exagérés et les troubles de personnalité sont visibles. Il est tout à fait normal qu’on trouve du stress et de la peur chez un individu, le problème quand la peur devient phobie et l’angoisse une névrose, c’est exactement le cas de l’Algérien stressé sans savoir les raisons, peur de l’avenir par manque de visibilité. Il vit dans un état de déprime général, mélancolique, dépressif, incapable de se reprendre en charge. L’exclusion historique qui avait subi même durant son indépendance l’avait rendu autiste, inhibé psychologiquement devant des questions tout à fait banales que présente la vie quotidienne, il se retrouve renfermé dans un état de contradiction permanent. La contradiction est l’essence même de l’être, le problème est quand cette contradiction devient une ambivalence, dans ce cas, elle serait handicapante faisant de l’algérien un être coincé, renfermé sur lui-même, partagé entre une culture orientale faisant son identité culturelle propre et une attirance maladive vers l’occident. L’Algérien dit Mohammed Harbi louche, il a un regard vers l’Orient, l’autre vers l’Occident. Cela a fait de lui une psychiatrie tourmentée, a précisé Mahfoud Bousebci, ou comme l’avait exprimé ouvertement la charte nationale « l’Algérie est un pays arabe, musulman, africain, maghrébin, du tiers monde et non aligné, mais c’est un pays méditerranéen, berbère, partiellement francophone, industriel et agricole, riche et pauvre, développé et sous-développé, socialiste et ouvert au monde capitaliste.» (7). Rachid Boujdra avait exprimé aussi cet état de contradiction « l’Algérien est en effet coincé entre sa part de vitalité et sa part de passivité. Il est pris entre sa part de modernité et sa part de tradition. Il est comme stupéfait entre sa part de progrès et sa part d’archaïsme » (8).

Outre les symptômes qu’on vient de citer se trouve la psychasthénie et la folie de grandeur, elles représentent l’idée de la contradiction qu’on est en train de développer depuis le début de ce décernement, car la psychasthénie est souvent définie par une fatigue psychologique où l’individu capitulé devant son sort, se trouve dans un état psychologique paralysée, incapable de rien faire, sans motivation ni désirs de changer sa situation. La psychasthénie est une difficulté d’agir, d’idées d’obsédantes, et d’inhibition. On trouve aussi le sentiment d’incomplétude des manières ou de phobie, mais c’est précisément l’inadaptation de l’individu à la vie, son échec et son incapacité de réagir.

98% des revenus de l’Algérie proviennent des hydrocarbures, que font les algériens à côté ? Ils se contentent de la rente pétrolière et demeurent sans réactions ; que font-ils par rapport à d’autres nations qui n’ont pas richesse minière, ni conditions naturelles aidant leur développement. Le PIB par habitant est parmi les plus faibles du monde, le taux de chômage les plus élevés, le mal est partout ; non seulement le gouvernement se contente de droguer son peuple par la rente le rendant inerte afin d’obtenir une paix civile lui grandissant la permanence du pouvoir, mais aussi le citoyen lambda trouve son compte dans cette situation de paresse car elle le désengage de sa responsabilité et le rend son image de frilosité et de passéisme. Dans cet état d’échec généralisé, et pour justifier son fainéantise pathologique, l’Algérien recours à ses propres mécanismes de défense, précisément la récompensassion considérée par la psychanalyse tel un moyen de s’adapter avec des situations difficiles. La folie de grandeur est visible chez l’algérien ; elle représente une façon d’être pour surpasser l’état psychasthénique qui caractérise son être. Elle consiste aussi à une surestimation de ses capacités, elle se traduit par un désir immodéré de puissance et un amour excessif du soi. Elle peut être un signe d’un manque affectif, elle se classe parmi les familles des psychoses. La faiblesse, la fatigue psychologique est récompensée par la parole jusqu’à la violence verbale, incapable de rien faire l’algérien a développé une fierté souvent mal placée, il a développé son égo non par le travail mais par le verbe vu comme un délire maladif.

Conclusion

Ce climat de délitement politique, de déliquescence sociale, de dégradation culturelle, de nonchalance, de pusillanimité, de doute et de manque de confidence en soi caractérise de plus en plus la société algérienne. Certes, celle-ci est sortie triomphante du joug coloniale mais, le vrai combat, celui de développement, de construction de l’homme en sens véritable du terme, a été loupé et, à maintes reprises, à cause de la politique volontariste des années 70, le climat de guerre et de conflit factrice des années année 90, et surtout la dégradation morale impitoyable, chamboulement de valeurs et de mœurs qui a pris son cours dans les années 2000 à telle enseigne que la corruption est devenue la règles et la loi l’exception. Une société ne peut pas aller dans le bon sens si elle entre en contradiction avec les lois naturelles et universelles qui régissent l’humanité. L’Algérie n’a pas de modèle de réussite par le travail, voilà la première contradiction. Ayant vécu et survécu sur la mamelle de la rente, devenue une condition sociale nécessaire, la société s’est retrouvée dans un état de dépendance mortel ; tout se crée à travers la rente, celle-ci dicte les normes, fait la promotion des classes sociales, crée des lobbys et des groupes de pression. Nous avons assisté à une opération de transfert sociaux les plus élevée du monde arabe ; certes la cumulation primitive du capital écrit Marx c’est de la rapine, mais la bourgeoise en Europe a créé l’Etat, l’Etat dans toute ses formes jusqu’à l’Etat providence. La bourgeoisie est un mode de vie, une culture, une histoire ; elle est accompagnée d’une philosophie, de repères intellectuelles, bref, elle ne se décrète pas. En Algérie, dans laps de temps, des bagaras se sont retrouvés avec des fortunes qui ne savent pas gérer, une richesse ayant comme source un système mafieux qui rien avoir avec les règles économiques universelles, une richesse boule de neige qui se fond vite sous le soleil, car elle n’est pas créée grâce au travail et le savoir-faire mais sur la prédation sauvage non soumise à la loi. Une classe rentière parasitaire où l’enrichissement en lui-même est le but et les moyens. L’accès au pouvoir signifie en vérité l’accès à la rente où l’Etat, normalement chose publique ou bien commun, devient l’ultime accesseur sociale, tout le monde veut prendre part, peu importe le moyen, même jusqu’à tuer l’Etat. Celui-ci perd finalement sa force, c’est-à-dire le soubassement populaire ; il se privatise grâce à la domination de l’esprit patrimonial de ceux qu’ils le gèrent. Autrefois écrit Montesquieu : « le bien des particuliers faisait le trésor public, mais pour lors le trésor public devient le patrimoine des particuliers. La république est une dépouille ; et sa force n’est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous » (9).

Hammou Boudaoud
30 avril 2014

Notes de référence :

1) Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale, Chronologie et Préface de François Dagnet, Editons, Flammarion, Paris, 1968.
2) Nemo Philippe, Histoire des idées politiques, aux temps modernes et contemporains, PUF, Paris, 2003.
3) Brahmi Frédéric, Introduction au traité de la nature humaine de David Hum, PUF, Paris, 2003, p. 125.
4) Chevalier Jean-Jacques, « Les grandes ouvres politiques de Machiavel à nos jours », op.cit., p. 53.
5) Rousseaux Jean-Jacques, Du contrat social, Editions, Flammarion, 1966.p. 64.
6) Chevalier Jean-Jacques, « Les grandes ouvres politiques de Machiavel à nos jours », Editons Armand Colin, paris 1968. p. 40.
7) Cubertafon Bernard, Algérie contemporaine. PUF, Paris, 1980 p.99.
8) Boudjedra Rachid, Le F.I.S de la haine, Pamphlet, Editions, Denoël, Paris 1992.
9) Chevalier Jean-Jacques, « Les grandes ouvres politiques de Machiavel à nos jours », op.cit., p105.

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