Peut-on parler de la faillite de l’opposition ?

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Est-il possible de construire un projet de société en étant contre quelque chose? Dans un passé un peu lointain, les Algériens ont pu arracher l’indépendance du pays en combattant le système colonial. Mais, force est de reconnaitre que cela n’a pas permis de construire un pays sur des bases solides. De même, il y a 22 ans, les Algériens ont voté contre le régime en place. Conséquence de ce choix par dépit, l’Algérie a vécu sa plus longue et pénible période de barbarie.

Toutefois, malgré la violence érigée en règle par le régime, il restait une poignée d’hommes politiques pouvant proposer un projet alternatif. Hélas, de cette infime quantité, une partie a tiré sa révérence (Abdelhamid Mehri) et une autre, forcée par le poids des années (Hocine Ait Ahmed), s’est retirée de la politique. Au jour d’aujourd’hui, il n’en reste quasiment rien. Et quand le peu d’hommes qui restent prennent la parole, on attend forcément beaucoup de choses d’eux.

Hélas, la déclaration des trois personnalités nationales, Ali Yahia Abdenour, Ahmed Taleb Ibrahimi et Rachid Benyelles, n’est malheureusement pas à la hauteur des attentes. Et pour cause! Ils ne sont d’accord que pour être contre la candidature de l’actuel chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika. Bien qu’une éventuelle candidature de A. Bouteflika soit une absurdité vu son état de santé, le fait de réduire la faillite du système à une seule personne est tout aussi absurde.

En effet, n’est-ce pas le régime, à sa tête le DRS, qui a érigé le système Bouteflika en 1999? À deux reprises par la suite, en 2004 et 2009, le même régime, au nom de la stabilité du pouvoir et non à la quête de celle du pays, a reconduit le même homme.

Cela dit, il ne s’agit pas, dans cette modeste note, de remettre en cause le constat des trois personnalités. Ce qui m’intrigue le plus, c’est de voir les chevronnés de la politique se positionner contre quelques et non pour quelque chose. « Nous signataires de la présente déclaration, disons non à une quatrième candidature de M Bouteflika et appelons toutes les forces saines du pays -et notamment celles attachées à la justice sociale et à la moralisation de la vie politique – à exprimer leur refus par tous les moyens pacifiques qu’ils jugent utiles », déclarent-ils.

Cependant, pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté, je n’ai aucune sympathie pour A. Bouteflika. En fait, un quatrième mandat, si le régime l’impose au peuple algérien, sera une injustice, mais aussi une insulte à la mémoire de ceux qui ont libéré le pays pour qu’on puisse vivre dans la dignité. D’ailleurs, même au temps de la colonisation, dont le mépris du peuple algérien atteignait son paroxysme, les autorités coloniales tenaient compte de la réaction des « indigènes ».

Or, malgré un lourd tribut payé pour se débarrasser de ce système honni, voilà que le régime algérien –au nom des intérêts claniques –ne veut rien lâcher, ni rien entendre. En divisant le peuple –le  système  colonial a fait autant, mais il a laissé une certaine autonomie aux partis nationalistes –, le régime abuse de cette domination.

Par ailleurs, bien que beaucoup de concitoyens partagent cette approche, force est d’admettre qu’ils ne peuvent pas aller au-delà de la dénonciation. On n’a pas les capacités, faut-il le préciser,  requises pour porter ce projet. Mais, quand on voit des personnalités, ayant acquis une réputation incontestable, reprendre les mêmes arguments, on se dit que l’Algérie va vraiment très mal. D’ailleurs, cette remarque vaut pour tous les acteurs pouvant proposer une alternative.

En revanche, ce que l’on sait, c’est que cette alternative doit se faire contre le régime. Car, à moins qu’on soit utopique, il est difficile de croire que la solution puisse émaner de ce régime. Et pour ceux qui recherchent un repère, ils n’ont qu’à revisiter le combat de Hocine Ait Ahmed. Un homme, qui jusqu’à son retrait de la tête du FFS, a toujours préconisé une rupture avec le régime. Hélas, depuis ce retrait de la scène politique, on assiste au mieux à une dénonciation de l’un des clans du pouvoir. Ce qui compromet fortement les chances de changement, bien sûr.

Pour conclure, il va de soi que le régime a planifié cette situation depuis des lustres. En phagocytant les organisations autonomes, le régime s’offre aujourd’hui le luxe de se diviser sans pour autant risquer de perdre les rênes du pouvoir. En effet, bien qu’il soit traversé par une crise interne sévère, l’absence, sur le terrain, des forces de changement prolongent sine die sa durée de vie. C’est en ce sens que l’initiative des trois, que la presse nomme “le front anti quatrième mandat” me parait improductive.

Boubekeur Ait Benali
18 février 2014

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