Egypte, Tunisie et autres pays arabes : La révolte des peuples, seule thérapie ?

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Ce qui se déroule en Egypte et en Tunisie est bien l’aboutissement des contradictions sociales que génèrent les régimes oppressifs. Cela fait peur aux Occidentaux, car ils sont complices des turpitudes de Moubarak et de Ben Ali. La révolte populaire reste la seule thérapie.

L’Algérie y est déjà passée en octobre 1988. Elle a permis le passage du parti unique au pluralisme ; en tout cas vers un système plus libre et plus démocratique, qu’il ne l’a été, malgré les insuffisances dues aux récupérations et aux ingérences. Sa démocratie reste inachevée. Les Tunisiens et les Égyptiens viennent d’entrer, par ce moyen, dans un processus irréversible de changement de système politique qui se veut aussi démocratique.

Le régime Moubarak, qui donnait l’impression qu’il est la seule alternative, est confronté à une révolte qui couve depuis les dernières législatives entachées de fraudes qui ont poussé l’opposition à se retirer, mais aussi depuis le projet de faire hériter la présidence au fils Gamal. La coupe était donc pleine après 30 ans de gouvernance sans partage et négative en tout point de vue, surtout social et politique — avec son alliance aveugle à Israël — malgré l’aide des Américains qui trouvent en lui un fort allié au Moyen-Orient et un rempart à l’islamisme. Mais face à l’ampleur des événements, l’Amérique a vite viré dans le sens des aspirations des Égyptiens en appelant les autorités à s’abstenir de toute violence devant des droits qu’elle juge universels ; tout en confirmant son alliance à l’Égypte et la nécessité de procéder aux réformes. Il est suivi, comme à l’accoutumée, par l’Europe. Israël a demandé d’aider au maintien du régime, pour ne pas perdre son dernier allié. La partie n’est pas encore jouée à cause du pouvoir de l’armée et des rapports de force. Des analystes avancent que la clé est entre les mains des militaires ; comme depuis Nasser.

La révolte des Tunisiens, en balayant un régime qui a duré 23 ans, visait à sortir du népotisme des injustices et des humiliations de la part de celui que l’Occident affectionnait. Ils ont entrepris d’éliminer les moindres aspects de ce régime, y compris dans ses symboles. Les tentatives de diversion de l’Occident, qui s’efforce de faire croire à une révolte contre la pauvreté et non contre un système politique, semblent avoir échoué. Les brouilleries pour le choix des membres du “gouvernement de transition” et les réactions de refus pour exiger des ministres non issus de l’ex-régime, avec l’élimination de tout ce qui l’évoque, en sont les preuves. Les Tunisiens, constatant que le “bénalisme” persiste, prennent en charge la situation en passant à la vitesse supérieure, en chassant eux-mêmes tous ceux qu’ils jugent collaborateurs, proches ou symbolisant le régime déchu. Ce n’est pas encore terminé, mais ce qui est sûr, c’est que les Tunisiens sont dans une nouvelle ère ; on ne les bernera plus jamais ! La transition restera difficile à cause des ingérences qu’ils devront affronter.

L’expérience de l’Algérie peut leur faire éviter beaucoup d’écueils. Ils entendront parler de spécificités, de principes, de constantes et biens d’autres balivernes qui viseront à dévier la volonté populaire d’instaurer une vraie démocratie. Aussi bien les ex-colonisateurs que les régimes arabes vassaux ne leur voudront cette démocratie réelle génératrice d’élites toujours avant-gardistes et facteurs de progrès ! Dès lors, ils useront de tous les moyens pour contenir ces révoltes et empêcher qu’elles n’aboutissent à cette démocratie pour disposer de l’alibi des droits de l’homme afin de l’utiliser comme moyen de pression s’ils manifesteraient des résistances à leurs desiderata. Ils essayeront de s’engager avec la volonté populaire en s’employant à la suivre tout en guidant sournoisement le processus qui leur échappe et qu’ils craignent tendre à contrarier leur dessein hégémonique et leurs intérêts en relation avec Israël. C’est bien ces remises en cause qu’ils redoutent et non le sort des dirigeants qu’ils ont soutenus ou la nature du pouvoir qui les remplacera.

L’heure est à plus de vigilance car les prédateurs ne lâcheront pas prise de sitôt, pour laisser se défaire leurs intérêts mal acquis, leurs privilèges et leur pouvoir. Ils doivent surtout compter sur eux-mêmes. Ils sont les seuls à voir mieux ce qui les arrange sans se laisser guider par des milieux dont les travers à se mêler des affaires des autres mènent au désordre ou, au mieux, à une démocratie “conditionnelle”.

Amar Djerrad
12 février 2011

Article publié aussi dans le quotidien Liberté

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