Les élections et la leçon !

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« Je sais pour un homme libre, il n’y a pas d’autre avenir que l’exil ou la révolte stérile. Maintenant il n’y a qu’une valeur morale et c’est le courage. Elle sert ici à juger les fantoches et les bavards qui prétendent parler au nom d’un peuple ».
Albert Camus.

Le jour J s’est déroulé comme prévu. Le taux de participation a dépassé les pourcentages comme prévu. Les dénonciations de l’opposition se sont déroulées comme prévu. Les gens sont sortis dans les rues comme prévu. Les rois et les présidents du monde entier ont envoyé un message de « bénédiction », déjà préparé depuis le 12 novembre, comme prévu. De grande entreprise ont loué des pages publicitaires dans la presse pour renouveler leur soutien et leur fidélité comme prévu. Rien au hasard, tout était prévu, même cet article était prévu !

Que se passera-t-il ? La pomme de terre devient un luxe. La viande a déserté nos assiettes et la désertera pour quelques années encore. La corruption, l’injustice, la hogra, le népotisme, etc. tous les problèmes que rencontrent les algériens vont être renforcés, vont s’accentuer par le biais des promotions électorales. Les mêmes personnes seront maintenues en poste, avec quelques changements pour le décor. Comment voulez-vous garder l’espoir quand si ce sont les mêmes personnes qui détiennent les règles du jeu depuis une décennie ? L’abyme entre les classes sociales va se creuser davantage. Les pauvres s’appauvriront tandis que les riches s’enrichiront. Les jeunes continueront de rêver d’un ailleurs. Nous sommes arrivés à un stade de « dégotage » généralisé, surtout sur le plan politique. Je ne suis pas en train de noircir le tableau, c’est la réalité sociale algérienne. Je l’ai écrit et d’autres avant moi à maintes reprises dans mes précédents articles, l’histoire ne sert guère dans notre cher pays qui semble vivre dans l’amnésie généralisée dit-on et/ou occultée !

Après une compagne électorale approuvée, c’est le temps de la récompense pour les fidèles et la sanction pour les rebelles. Des postes importants (1) vont être distribués à chaque personne selon leur fidélité. Même cela était prévu !

Apres tant d’années de revendication, la démocratie en Algérie évolue en sens inverse. Nous avions davantage d’aspiration démocratique dans les années noires qu’aujourd’hui. Tous les observateurs politiques avaient prévu que les régressions sur les plans des libertés individuelles et d’expression s’atrophieraient. Les journaux qui ont osé défier l’ordre établi vont être taxés d’antinationalistes ! Les partis politiques qui faisaient partie du « piège » ou de la pièce de théâtre mais qui n’ont pas respecté la combine connaîtront le même sort. « Osons faire un constat, a écrit Mustapha Lacheraf, sans la moindre intention alarmiste, d’où il ressort, aux yeux de tous et des moins exigeants, que l’Algérie, brisée dans un élan productif et ses capacités créatrices, est devenue à perte de vue et dans tous les secteurs de l’activité humaine, un pays rudimentaire d’éternels apprentis » (2).

Quant à l’opposition, elle est condamnée à unir ses forces, en dépassant ses différends personnels, pour faire face à la corruption généralisée, pratique officieusement légalisée. Cependant si l’opposition échoue, ce n’est pas seulement les partis politiques et/ou organisations qui vont disparaître, mais l’esprit de l’opposition sera enterré à jamais. Les cadres qui forment cette opposition seront contraints à prendre la valise vers un autre monde. L’exil n’est pas la recherche d’une vie matérielle meilleure, non ! C’est nourrir un espoir ailleurs. Un ailleurs où l’espoir est encore possible, où la justice règne, où les droits et les devoirs sont respectés, où les libertés de s’exprimer et de vivre sont acquises, où l’administration répond aux courriers de ses concitoyens, où la corruption est dénoncée et réprimée. Ce n’est pas dans « un Etat enflé de graisse morbide en raison du nombre pléthorique de ses agents médiocre et corrompus(…), un parlement raflant le tout-venant des serviteurs usés jusqu’à la corde et la moelle des os de l’arrivisme et du retournement de veste… » (3) qu’on trouve ces valeurs ! « Aucun peuple sur terre, écrit Amine Maalouf (4), n’est fait pour l’esclavage, pour la tyrannie, pour l’arbitraire, pour l’ignorance, pour l’obscurantisme, ni pour l’asservissement des femmes. Chaque fois que l’on néglige cette vérité de base, on trahit l’humanité, et on se trahit soi-même. ». 

Yazid Haddar
21 avril 2009

Notes

1) Selon le quotidien Chourouk, du 12 avril 2009, Monsieur Belkhadem a dû changer ses numéros de téléphone, vu le nombre d’appels qu’il a reçus après les élections, qui n’étaient pas toujours des félicitations mais sans doute des sollicitations à respecter ses promesses !
2) Cf. Mustapha Lacheraf, Les ruptures et l’oubli, 2004.
3) Idem.
4) Cf. Le dérèglement du monde. 2009.

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