La réconciliose sévit toujours en Algérie : Bertrand Delanoë au secours des séronégatifs

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Entretien (peu imaginaire) avec le Maire de Paris

– M. Le Maire, vous venez de faire une bourde !

– Ben quoi, comme tout le monde, après Fillon,. Kouchner etc. pourquoi pas moi ?

– Non, il ne s’agit pas de la France, mais de l’Algérie. Il paraît que vous avez interdit la tenue dans vos locaux d’un colloque sur l’impunité en Algérie. Quelle mouche vous a-donc piqué, vous l’ancien défenseur acharné des droits de l’Homme ?

– Pas si vite ! Une explication scientifique, je dirais médicale, s’impose : vous savez que la France et d’autres pays européens sont actuellement confrontés à la blue tongue, une maladie contagieuse causée, justement, par une mouche piqueuse d’origine tropicale ; Or, ce que l’opinion ignore, c’est que depuis 2005, une autre espèce de mouche (baptisée Musca algeriana, spp. reconcilia) plus insidieuse, a fait son apparition à Paris notamment. Nos chercheurs, de la DST et de la DGSE, aidés en cela dans le plus grand secret par leurs homologues algériens, ont réussi à l’identifier. Selon ces experts, son biotope, jusqu’ici limité à l’Algérie, est venu s’étendre en France, notamment dans le 1 er arrondissement de Paris. Nos experts ont fini par constater qu’elle ne sévit pas parmi la communauté algérienne en France mais qu’elle reste aussi cantonnée dans les locaux de l’ambassade algérienne et certaines officines parisiennes. Et comme j’avais rencontré plusieurs fois l’ambassadeur algérien, il m’a probablement refilé cette mouche. Comme son nom l’indique, cette mouche provoque la réconciliose nationale chronique.

– Mais quels sont les symptômes de cette maladie ?

– Ah ! C’est assez complexe. J’ai pu observer ces symptômes lors de mon dernier séjour à Alger. Étrangement, le tableau clinique varie selon les quartiers d’Alger où elle sévit. Dans les beaux quartiers, on observe une amnésie à court terme (bizarrement, les patients ne se rappellent pas plus des années quatre-vingt-dix ni même des attentats de la veille) et des accès d’euphorie très marqués, liés en toute évidence à la marche de leurs affaires et à l’évolution de leurs comptes bancaires. Bref, des patients heu-reux ! Comme moi, vous voyez et je ne m’en plains pas. Je ne cesserais de remercier son Excellence l’ambassadeur et ami de m’avoir refilé son germe. A contrario, le reste de la population manifeste des signes d’une immunité que je qualifierais de malheureuse : léthargie, alternance de dépression et d’accès de colère (d’ailleurs vite contenus à la vue des forces de l’ordre). Les tests ont montré que ces « patients » (au sens littéral du terme) sont séronégatifs. Une véritable énigme scientifique.

– Mais comment combattre cette terrible maladie ?

– Paradoxalement, nos experts – et vous en conviendrez – recommandent de traiter les séronégatifs, c’est-à-dire les réfractaires à la réconciliose nationale. En effet, le but est de les euphoriser à coups de Prozac. Mais face au risque d’accoutumance, j’ai eu la géniale idée de proposer, notamment à nos amis Algérois – le reste du pays finira par suivre – d’imposer des vélibs. Les bus, les taxis collectifs, c’est fini !

– Des vélibs à Alger ? Mais c’est une ville toute escarpée ? Vous croyez que c’est pratique ?

– Détrompez-vous, il faut les faire suer, ces séronégatifs. Faire de la grimpe de Bab El Oued jusqu’en haut de la Casbah ou jusqu’à Kouba, ou plus tard, dans les montagnes de Kabylie ou des Aurès, je vous assure, ça guérit son homme. Croyez-moi, le type, enfin arrivé chez lui, rien qu’à sentir la chorba et le couscous qui l’attendent, sera plus qu’euphorique. Et pour la digestion, face à la télé, une bonne décoction de Prozac. C’est pas une thérapie de choc ça ? Et si cela ne leur suffit pas, nous leur refilerons parasols, sable etc… version berbère de Paris-Plage quoi..

– En effet… mais vu le nombre de séronégatifs, il vous faudra des tonnes et des tonnes de Prozac ?

– Justement, nous préparons mon ami Kouchner et moi une opération humanitaire « un sac de Prozac pour l’Algérie ». Bernard a déjà envoyé une équipe en repérage sur la baie d’Alger. Il tient à débarquer du bateau chargé de vélibs.

– Mais, Monsieur le Maire, soyons sérieux… il aurait été à votre honneur d’accueillir ce colloque. D’autant plus que vous-même dites dans votre livre – je vous cite « Osons la vérité historique. C’est une des forces de notre civilisation. ». Cette rencontre aurait fait avancer les choses sur l’histoire récente de l’Algérie. Il y a bien un hiatus entre vos propos et vos actes…

– Permettez-moi de préciser ma pensée et mes amis algériens me comprendront. L’histoire demande du recul. La quête de vérité historique est une longue démarche. Il faut des décennies pour révéler certaines vérités qui, comme l’a dit mon ami et frère Bouteflika, ne sont pas toujours bonnes à dire. Voyez l’exemple de mon regretté maître à penser, François Mitterrand. Ce n’est pas dans les années cinquante que nous avons découvert son passé vichyste et son hochet pétainiste ! Alors, je dis à mes amis et frères algériens : « tenez bon quelques décennies encore et vous aurez vos Pierre Péan ! ». Ah ! excusez-moi, j’ai un appel : « Allo… salut Bernard… tout va comme tu veux ? (…) Quoi ? la Sonatrach ? (…) Eh bien tu n’en rates pas une, toi. ». Il raccroche. « Sacré Kouchner. Lui aussi est euphorique. La Sonatrach vient de lui confier une enquête. 25 000 barils de pétrole pour une journée de boulot ! Plus que Total ! Ca le consolera. Pour Téhéran, ce sera pour une autre fois. »

Propos recueillis par un séronégatif de Constantine

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